Jean-Louis Le Moigne

  • Quelles consciences ont ou devraient avoir scientifiques et citoyens des fondements et des méthodes légitimant les « connaissances valables » que les uns et les autres produisent, interprètent et transforment en permanence ? Peut-on continuer à « faire comme si » existait dans l'empyrée des académies quelque gardien discret qui veille sur la qualité scientifique des connaissances, en se référant à une certaine sagesse que l'on pourrait dès lors ignorer ? Depuis près d'un demi-siècle, l'approche constructiviste de l'épistémologie a permis des réflexions et des explorations qui ont profondément renouvelé cette discipline et dont Jean-Louis Le Moigne rend compte dans cet ouvrage.

  • "Veille épistémologique et civique" signifie l'activité normale de citoyens s'assurant de la légitimité des connaissances que chacun "actionne et réfléchit en agissant". L'exercice de la critique épistémologique des connaissances appelle l'explicitation des hypothèses, des points de vue et des intentions : "ce qui est en jeu, ce que sont les enjeux, dans la constitution des connaissances valables". Au fil des jours, scientifique autant que praticien, peut s'y exercer avec sagesse et probité.

  • « Les systèmes ne sont pas dans la nature mais dans l'esprit des hommes. » En croyant en 1865 condamner d'une réplique ce qui allait devenir un engouement durable pour la notion de Système, le grand physiologiste Claude Bernard lui donnait au contraire sa chance. Si le concept de Système est forgé par l'esprit humain, il devient possible de le dessiner de façon qu'il s'avère aussi utile et aussi peu contraignant que possible ; l'homme peut alors, à l'aide de ce concept extraordinairement fécond, se construire des représentations de la complexité dans laquelle il doit vivre et agir sans pouvoir ou devoir la mutiler : modéliser par un système n'est pas appauvrir pour simplifier. Il faut pour cela doter cet objet artificiel qu'est le Système Général (ou le Système en Général) d'un corps de propriétés cohérentes agencées en une théorie ; puis présenter cette construction par son mode d'emploi : une théorie de la modélisation des objets ou des phénomènes complexes (et donc, en particulier, des objets sociaux). Paradoxalement, une telle théorie n'avait pas encore été formulée dans son architecture équilibrée sur les ruines encore fumantes des théories de l'analyse réductionniste et linéaire qui fondaient nos méthodes de modélisation « pour bien conduire sa raison », depuis trois siècles. On propose ici une telle entreprise, moins ambitieuse qu'il n'y paraît grâce aux travaux et aux expériences qui s'accumulent depuis trente ans de par le monde ; la convergence de tant de disciplines, de recherches théoriques et d'expériences passionnantes pouvait et devait être proposée pour servir l'intelligence des hommes dans l'action. Tel est le propos de ce livre qui veut ainsi contribuer à l'émergence théorique, pédagogique et pratique de la systémique. Cette troisième édition incorpore une mise à jour qui intègre la plupart des développements importants qu'a connus la systémique depuis 1976.

  • Les épistémologies constructivistes nous invitent aujourd'hui à reprendre la question trop souvent oubliée de la légitimation des connaissances scientifiques. Les conventions épistémologiques traditionnelles (naturalistes, positivistes ou réalistes) qui la garantissaient sont-elles éternellement invariantes ? Depuis un siècle, nombreux sont les scientifiques et épistémologues attentifs à la pragmatique intelligible des actions humaines. Ils nous proposent d'autres conventions, aussi bien enracinées dans nos cultures. Il importe d'expliciter loyalement les renouvellements des conventions épistémologiques légitimant la formation et l'enseignement des connaissances, ici et maintenant.

  • " Le fait nouveau, et de conséquences incalculables pour l'avenir, est que la réflexion épistémologique surgit de plus en plus à l'intérieur même des sciences " (J. Piaget) ; en particulier des " nouvelles sciences " qui ont émergé dans nos cultures depuis un demi-siècle. Sciences de la communication et de la commande, de l'organisation et de l'information, sciences de l'éducation et de la cognition, sciences de gestion, science informatique, etc... Nouvelles sciences qui doivent être " éprouvée " épistémologiquement autant que pragmatiquement. Il devient nécessaire " de soumettre à une critique rétroactive les concepts, méthode ou principes utilisés jusque-là de manière à déterminer leur valeur épistémologique elle-même.

  • "Modéliser pour comprendre", et ainsi s'attacher à comprendre nos expériences de nos relations au monde: en les représentant par d'artificieux systèmes de symboles, des modèles que nous construisons, par lesquels nous nous exerçons à raisonner et à échanger, nous parvenons à nous rendre intelligible l'étrange aventure de la connaissance dans laquelle, depuis l'origine, l'humanité s'est engagée? Ce tome III poursuit cette "quête inachevée" dont les deux premiers tomes décrivent les premières étapes. Exerçons notre ingenium, "cette étrange faculté de l'esprit humain qui est de relier".

  • De puis plus de vingt ans, nos cultures et notre entendement sont progressivement imprégnées de l'obligation sociale, politique, civique, etc., de rendre intelligible la complexité. Le but premier de cet ouvrage est de témoigner de la prise de conscience de cette imprégnation qui s'accomplit sous nos yeux, à l'aube du XXIe siècle.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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