Annie Fourcaut

  • Ces pionniers, néo-banlieusards , inventèrent d'abord seuls, puis sous la tutelle de l'État républicain, des quartiers entièrement nouveaux. Le contexte de l'intervention de l'État est particulièrement bien situé avec l'émergence des lois Sarraut et Loucheur en 1928. L'ouvrage montre grâce à une exploration de sources inédites, les capacités de la société civile à créer son propre espace urbain. essentiel pour mieux comprendre les formes urbaines actuelles dans la périphérie des métropoles; ce livre passionnant révèle un vrai talent de l'écriture de l'histoire.

  • Le mythe de la banlieue rouge, thème majeur du débat politique entre les deux guerres, na pas entièrement disparu. Formé entre 1924 et le Front populaire, il prend laspect dune opposition radicale entre la banlieue, terre deshéritée, abandonnée, vouée par nature à la révolte et à la révolution, et la capitale assiégée, où se concentrent lordre, la civilisation et les symboles du capitalisme : nouveaux communards dau-delà des faubourgs, les barbares, cest-à-dire les communistes, assiègent Paris. Pour comprendre le mythe, et aller au-delà, lauteur rassemble les données démographiques, économiques, sociales qui ont pu favoriser limplantation du Parti communiste. Elle a choisi Bobigny parce que la municipalité y est communiste sans interruption depuis 1920, et que Jean-Marie Clamamus, grande figure des banlieues ouvrières, en fut le député, puis le sénateur-maire. Elle reconstitue avec précision ce que fut, à Bobigny, la vie quotidienne des pionniers des lotissements de lentre-deux-guerres, et montre comment, dans ce milieu original, le Parti communiste assura son hégémonie. La description vivante dun âge dor du communisme banlieusard permet de mieux poser une question dactualité : est-ce la longue crise du modèle politique inventé dans lentre-deux-guerres qui explique la lente disparition de cette ceinture rouge ?

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  • Autour de Paris, enfermés derrière les fortifs et bouleversés par les travaux d'Haussmann, les faubourgs se transforment lentement en une banlieue que le rouge sang de la Grande Guerre fait entrer dans l'ère de l'industrie et de la modernité. La banlieue, "écume battant les murs de la ville", s'étale alors, marée de pavillons et de jardinets, d'usines-pilotes et d'ateliers sordides, de HBM et de lotissements. Commence ainsi l'aventure quotidienne occultée d'un peuple d'ouvriers, d'employés, de zoniers, de chômeurs et de militants dans un décor à la Trauner ou à la Doisneau en perpétuelle mutation. Dans ces années dominées par le PCF, entre Front populaire et gaullisme, la révolution rime avec pavillon, les manifestations sont aussi des fêtes champêtres et l'utopie sociale s'incarne dans des gratte-ciel, des écoles d'avant-garde et des cités-jardins. Tentatives héroïques - et toujours à recommencer pour conjurer la misère et la laideur accablant les "gentils enfants d'Aubervilliers". Revisiter ce monde perdu pour rappeler qu'une banlieue a existé sans émeutes et sans ghettos : elle croyait aux lendemains qui chantent tout en cultivant son potager.

  • La ville divisée

    Annie Fourcaut

    • Creaphis
    • 15 Octobre 1996

    Voici un livre d'actualité.
    Un livre attendu. Issu du colloque " Réalités, évolutions et représentations des ségrégations urbaines en France de la fin de l'Ancien Régime aux années 1960 " tenu en janvier 1994 à l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, cet ouvrage trace le chemin conducteur d'une réflexion nouvelle et féconde sur l'histoire de la ville. Saisie ici sur un espace exclusivement français pour éviter une trop grande dispersion, la question de la division de la ville (dans tous les sens du terme) n'en apparaît pas moins forte dans les intéressantes études de cas régionaux (Paris, Lyon, Bordeaux, Rouen, Strasbourg, Alençon, Vierzon...).
    La perspective de la longue durée permet de relativiser certaines idées reçues sur les ségrégations urbaines et de mieux percevoir leur enracinement dans le temps. La ville d'Ancien Régime s'avère aussi discriminante que les métropoles contemporaines, même si les formes d'exclusion y sont différentes. Ce livre vient également combler un vide historiographique, ainsi que le rappelle Annie Fourcaut dans son introduction.
    Autre originalité : l'approche résolument pluridisciplinaire. Une grande place est faite aux études micro-locales sans pour autant perdre de vue le projet initial de constituer la ségrégation urbaine en objet d'histoire pertinent, entre monographies singulières et analyses transversales et de faire de ce livre un instrument de lecture des lignes de fracture de la ville d'aujourd'hui. Livre d'érudition, La ville divisée est aussi un ouvrage d'une grande lisibilité et d'un accès agréable.
    La précision des exemples régionaux, la diversité des échelles de lecture et l'abondante iconographie originale contribuent à étayer les réflexions fondamentales proposées par Annie Fourcaut en introduction.

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