De nombreuses traductions des Sonnets de Shakespeare sont disponibles: est-il nécessaire d'en publier une de plus? La présente traduction vaut réponse à cette question. Du fait de l'extraordinaire richesse de ces sonnets, chaque traduction privilégie certains de leurs aspects et en écarte d'autres (traduire en incorporant tous les aspects reviendrait à copier le texte anglais); cette traduction choisit de ne pas »rendre» le vers de Shakespeare, de ne pas se préoccuper de la rime, de laisser tomber les jeux de mots, les allitérations et les enjambements, de ne pas transposer dans un français de la fin de la Renaissance - d'autres traductions s'y attachent et y parviennent à divers degrés. Cette traduction ne tente évidemment pas non plus de »recréer» les Sonnets en français, il faudrait être poète, ce ne serait plus une traduction, et ce ne serait sans doute plus du Shakespeare. Les aspects qu'ici j'ai tenté de reproduire représentent, pour simplifier, l'enveloppe des 154 sonnets, le discours du narrateur - du »je», à ne pas confondre avec Shakespeare -, les mots dont il se sert, leur ordre de même que leurs répétitions et leurs échos dans chaque sonnet et dans l'ensemble des sonnets. Il ne s'agit pas d'une traduction en prose - selon Valéry: »On met en prose comme on met en bière» - mais de poèmes en prose, avec leur scansion, leur rythme, leur musique. Le sonnet shakespearien (douze vers en trois quatrains non séparés par un interligne, et un couplet de deux vers, ou distique) est ici présenté en deux paragraphes: les quatrains, séparés par une espace longue, et le couplet. Quatrains et couplet forment donc l'unité structurelle de chaque sonnet traduit; cette unité plus grande que le vers permet d'éviter la contrainte qu'aurait requise la régularité du vers, contrainte que les aspects retenus pour cette traduction rendaient intenable. Bernard Hoepffner, 1999 Nous republions la traduction de B. H. (Mille et Une Nuits, 1999).
Nous poursuivons après Bécon-les-Bruyères (2009) et Arrestations célèbres (2015) le travail d'édition de l'oeuvre d'Emmanuel Bove sous une forme nouvelle.
Bove n'a pas encore trente quand en 1927 paraît Armand, son deuxième livre. Il est auréolé du succès de Mes Amis, publié deux ans auparavant. La critique est élogieuse et admirative. On compare le jeune écrivain à Proust et Dostoïevski.
Armand est dédicacé à »Madame Colette». »Un livre humain, une émotion surhumaine», c'est ainsi que les éditions Émile- Paul annoncent le roman.
L'atmosphère créée par Bove, avec ses descriptions minutieuses, ses ombres denses et ses lumières surexposées, cette »photographie» si singulière, est proche de l'expressionnisme allemand. »Bove sait peupler, surpeupler ces silences de tout ce qui recouvre le mutisme de ses héros: non seulement les sensations qui les bouleversent, mais ces infinitésimaux effets, ces minuscules échos du monde extérieur, qui, à toute minute s'enchevêtrent avec les réactions de notre esprit ou de notre coeur.»
écrivain, critique d'art, secrétaire de la célèbre revue blanche, éditeur de rimbaud, de laforgue, félix fénéon entre au matin en 1906 pour y tenir, au titre de rédacteur anonyme, la rubrique des " nouvelles en trois lignes ".
Il y exerce insidieusement un humour ravageur qui s'en prend au conformisme bourgeois et aux rites de la france républicaine, justifiant plus que jamais le jugement de mallarmé : " il n'y avait pas, pour fénéon, de meilleurs détonateurs que ses articles. " " f. f. " subvertit la logique du fait divers en jouant de toutes les ressources du langage. il traite la nouvelle de presse comme un genre littéraire qui sous sa plume devient une sorte de haïku journalistique.
Tout comme alphonse allais ou jarry, il s'y révèle l'un des maîtres de la fumisterie " fin de siècle ". jamais l'art de jouer du désastre n'aura été aussi précis et salutaire que dans ce recensement de l'actualité à la belle époque.
« Prenez cette oeuvre à la fois neuve et ancienne, recherchée et libre, consciente de la tradition et ancrée dans le présent, l'oeuvre de ces mains diligentes, ce film magistral d'une vie d'artiste ! Suivez le héros et mêlez-vous au monde multiple et étrange des hommes, étonnez-vous, riez, et laissez-vous emporter ! » Extrait de Thomas Mann, Frans Masereel, 1927, publié en préface de cette édition.
Cette nouvelle de Huysmans est resté inédite jusqu'en 1964, date à laquelle Maurice Garçon la découvre et la publie chez J.-J. Pauvert.
C'est l'histoire d'une commande - et d'un refus. En 1888, en Angleterre, un avocat amateur de littérature, Harry Quilter, avait fondé une revue, The Universal Review. Il entendait rassembler les meilleurs écrivains de tous les pays et publier leurs oeuvres. Huysmans est sollicité et écrit une nouvelle dont il avait esquissé l'idée sur un petit carnet quelques années auparavant. Quilter est déçu. Il attendait de Huysmans quelque chose dans l'esprit d'À Rebours et refuse la nouvelle, que son auteur range définitivement dans un tiroir.
« La quantité de travaux de cet artiste infatigable épuise, comme l'écriture imagée des Egyptiens, toutes les formes du monde contemporain. Si tout était anéanti : livres, monuments, photographies, descriptions, etc. et qu'il ne restât plus que les bois qu'il a gravés en dix ans, on pourrait, avec eux seuls, reconstituer le monde d'aujourd'hui. » Extrait de Frans Masereel. L'homme et l'oeuvre de Stefan Zweig (Maintenant, 1946) publié en préface de cette édition.
Réédition en petit format du livre La Ville (Cent pages, 2008).
Les jeunes Visiteurs (1890) est un classique de la littérature anglaise, maintes fois réédité, et adapté à la télévision, en comédie musicale et sans doute en dessin animé. L'auteur présumé est une jeune fille de neuf ans, Mademoiselle Daisy Ashford. Elle est la nièce de J.-M. Barrie, l'auteur de Peter Pan. Elle écrit Les Jeunes Visiteurs au crayon, sans ponctuation, sur un petit cahier à couverture rouge, cahier conservé aujourd'hui à la New York Public Library. Une première traduction, de Maurice Sachs, a paru dans la revue Le Roseau d'or en 1927. Voici ce qu'en disait alors Jean Cocteau : »Il suffit de lire deux lignes de Daisy Ashford pour comprendre que la supercherie est impossible, pour palper l'étoffe même de l'enfance, étoffe inimitable. Vouloir donner le change serait vouloir faire une toile d'araignée avec les doigts. L'enfance est un règne comme le règne animal ou le règne végétal.»
Anton Tchékhov est un farceur, plus précisément un auteur de farces. Il s'agit ici de deux farces en un acte, datant de 1888 : Une demande en mariage et L'Ours. On y a ajouté en fin de volume un court récit de 1886, une attrape, une petite tromperie, intitulé Raté. Les petites pièces en un acte, ces petites farces comiques et tragi-comiques, sont des tableaux de moeurs où s'exprime pleinement la drôlerie, l'humour particulier de Tchékhov. »La drôlerie de Tchékhov est d'une saveur, d'une violence grotesque incomparables. Elle n'est pas toujours prisonnière de la démonstration satirique, mais sait être folle, échevelée, jongler pour le plaisir avec les mots, les masques, l'absurde et le fantasque.» L'intérêt de l'édition réside aussi dans la fabrication de l'ouvrage. Tout est ici un peu farceur : le papier nappe de la jaquette, la mise en page des dialogues, la couleur des papiers, le petit format. Nous reprenons le format des Demi-Cosaques, une collection dans laquelle ont été publiés les livres de Max Frisch, Frans Masereel, Marcel Proust (Mort de ma grand-mère) et prochainement les Sonnets de Shakespeare. P.-S. : Deux ans plus tard, dans un registre plus grave, Tchékhov partira pour Sakhaline, l'île des bagnards. Il traverse toute la Russie et la Sibérie. Nous avons publié deux volumes relatant ce périple et cette enquête : - L'Amour est une région bien intéressante - Sakhaline.
Mark Twain a écrit plusieurs récits qui ont l'argent pour thème.
Dans son récit le plus célèbre, l'homme qui corrompit Hadleyburg (1899), le mirage d'un sac de pièces d'or entraîne la déchéance morale d'une austère ville de province.
Dans ce récit les instruments de la farce sont un sac, une lettre dans une enveloppe à ouvrir tout de suite, une lettre dans une enveloppe à ouvrir plus tard, dix-neuf lettres identiques envoyées par la poste, diverses missives et apostilles qui tournent toutes autour d'une phrase mystérieuse, authentique formule magique: à celui qui la connaît reviendra le sac d'or.
Dans les romans du XIXème siècle, l'argent occupait une place importante : force motrice de l'histoire chez Balzac, pierre de touche des sentiments chez Dickens; chez Mark Twain, l'argent est jeux de miroirs, vertiges du vide.
Avez-vous déjà volé:
A. De l'argent liquide ?
B. Des objets (un livre de poche au kiosque, des fleurs dans le jardin d'autrui, une édition originale, du chocolat sur un terrain de camping, des crayons bille qui traînaient, un souvenir d'un mort, des serviettes de toilette dans un hôtel, etc.)?
C. Une idée?
Novembre Novembre, écrit au cours des années 1841-1842, est une bonne initiation à l'oeuvre de Flaubert. Il s'agit d'un texte de jeunesse hanté par les thèmes romantiques - exaltation de soi, aspiration à l'infini, sentiment de la solitude et de la mort, amour impossible -, qui inscrit Flaubert dans la lignée des écrivains de son temps: Chateaubriand ou Musset. Le personnage féminin du récit est Marie, une jeune prostituée au grand coeur. Son portrait anticipe la place singulière qu'occuperont le désir féminin et l'amour dans l'oeuvre de l'écrivain. Marie, qui affirme la violence de sa sensualité, apparaît comme la face cachée de Madame Bovary Cé renversement marque bien cette lutte intérieure par laquelle Flaubert s'efforcera de gommer son romantisme de jeunesse, d'en maîtriser le lyrisme pour se forger son style.
Le poète est emprisonné par les mots, par leur apparence de signification, le désir qu'il pourrait avoir de leur faire porter...
Quoi ? un message ? Il voudrait lancer un dictionnaire contre les barreaux de cette prison et il nous dit (D): »Tout cela est évident - mais l'est-ce vraiment ? On voudrait simplement dire que l'écrivain ne peut échapper aux mots de son histoire, il ne peut en tout cas pas échapper dans une idée.» Il poursuit immédiatement en tendant de clarifier ce qu'est Splendide-Hôtel: »Ceci est une oeuvre de critique.» Ce n'est donc pas un roman, sans doute un poème (en partie), peutêtre même un résumé de l'oeuvre de Sorrentino, mais c'est surtout une »oeuvre de critique», et c'est également un grand hommage à Arthur Rimbaud et à William Carlos Williams. Comme Beckett, Sorrentino cherche ici à discréditer le langage : »Y forer un trou après l'autre jusqu'à ce que ce qui est tapi derrière lui, que ce soit quelque chose ou rien, commence à suinter - je ne peux pas imaginer de but plus élevé pour un écrivain d'aujourd'hui» (Lettre allemande) La construction du livre est évidente, il s'agit d'un alphabet, ou plutôt d'un abécédaire : 27 lettres ornementales, dont cet étrange R barré entre E et F, sept lignes d'un poème de Thomas Nashe; or cette lettre étrange, symbole de prescription médicale, nous dit que »la beauté n'est que fleur».
Sorrentino tente de redonner grâce à la beauté, une beauté tombée en disgrâce à force de vouloir lui donner un sens, et on retrouve dans ce livre toute son ironie déversée sur l'art prétentieux, l'art message, l'art social, les »artistes» ; il est proche de Flaubert, qui écrivait à Louise Colet : »Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore» et, parlant de Rimbaud, le maître du silence, Sorrentino, écrit : »Méfiez- vous de tous ceux qui pensent que l'artiste ne pense pas ce qu'il dit.» Sur cet alphabet qui peut paraître complètement aléatoire, l'auteur, en grand amateur de jazz, joue des riffs, certains, comme si souvent en jazz, sont déjà présents dans les livres précédents de Sorrentino et se retrouveront dans ses livres postérieurs, sa nostalgie sans sentimentalisme de l'Amérique de sa jeunesse, Sheila Henry, les listes, l'artifice qu'est la création littéraire, son refus de présenter des personnages à trois dimensions bien campés, etc., et justement, les musiciens de jazz, de Clifford Brown à Lester Young.
Communiste et révolutionnaire français dont la devise était : "Le devoir d'un révolutionnaire, c'est la lutte toujours, la lutte quand même, la lutte jusqu'à extinction." Il fut fidèle à cette devise. Il fait le coup de feu en juillet 1830, encore en mai 1839, participe à la révolution de février 1848. Il peut entendre les fusillades des journées de juin enfermé dans la forteresse de Vincennes.
Lors de la Commune il est en prison. Il passera d'ailleurs selon les calculs précis d'un biographe trente-trois ans, sept mois et seize jours en prison, sans compter la résidence forcée, la haute surveillance et l'exil. Il y gagnera le surnom de "L'enfermé". En 1868-69 il rédige ces Instructions pour une prise d'armes qui ne seront publiées pour la première fois qu'en 1930. Il s'agit d'un manuel de la barricade, d'un précis, d'un vademecum de l'insurrection. Les villes, et Paris en particulier, sont des champs de bataille.
Ce programme est purement militaire et laisse entièrement de côté la question politique et sociale.
Cinq nouvelles de Roberto Arlt. On y retrouve l'univers sombre du grand écrivain argentin : ses personnages de contrefaits, de voleurs à la tire, de prostituées, de lâches, son style brutal et sa voix unique.
« Sur un ton acocalyptique et souvent prophétique, Arlt a dit du Buenos Aires des années trente tout ce que les autres intellectuels de notre temps ignoraient ou, pire encore, dissimulaient ». Julio Cortazar