Solitaires Intempestifs

  • Sur une scène de théâtre, au cours de la répétition d'une pièce, six personnages font irruption. Issus de l'imagination d'un auteur qui a refusé de leur donner une existence artistique, ils sont livrés à eux-mêmes et demandent l'assistance du metteur en scène.

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  • Adaptation de François Berreur, d'après le Journal de Jean-Luc Lagarce.

    À travers la relation très particulière que Jean-Luc Lagarce entretient avec son journal se dessine le portrait d'un homme qui consacre sa vie au théâtre et se projette dans l'éternité de l'oeuvre, apostrophant au-delà de sa disparition le lecteur. C'est le feuilleton avec Théâtre Ouvert, ses espoirs, ses déceptions, ses rebondissements. Le feuilleton de sa maladie, sept années de doute, de lutte et de courage. Le feuilleton de ses mises en scène, ses succès comme ses échecs désespérants. C'est surtout le feuilleton de son écriture, de ses interrogations permanentes sur sa capacité à devenir un écrivain.
    F. B.

    Lagarce, le style fait l'homme.
    Soirée magique que cette Ebauche d'un portrait de Jean-Luc Lagarce à Théâtre ouvert. Jean-Luc Lagarce, oui, encore et encore. De pièce en pièce, de J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne à Juste la fin du monde (que l'on peut voir à la Comédie-Française dans la belle mise en scène de Michel Raskine), l'auteur, mort en 1995 à 38 ans, s'est peu à peu imposé à l'égal d'un Tchekhov contemporain.

    Mais à Théâtre ouvert, c'est encore un autre choc, une autre découverte : celle du Journal que Lagarce a tenu inlassablement de mars 1977 - il a 20 ans - à septembre 1995, quelques jours à peine avant sa disparition. Un peu comme quand, en France, on a découvert, bien après ses pièces, l'ensemble des nouvelles de Tchekhov, le Journal apporte un éclairage inappréciable sur le rapport au monde et à l'écriture de Jean-Luc Lagarce.

    C'est donc cet ensemble d'une incontestable qualité littéraire que François Berreur, ami et ayant droit de Jean-Luc Lagarce, publie aux éditions Les Solitaires intempestifs. Et qu'il porte au théâtre, en un travail formidablement émouvant, drôle et subtil.

    Ce qui frappe, d'abord, dans le prélèvement opéré dans la masse de ces notes sur les travaux et les jours, traversées par les échos du monde, c'est l'extraordinaire acuité du regard de Lagarce. Et la manière dont son rapport au monde, cette sorte d'élégance stoïque, se construit à travers l'écriture.

    C'est cela qui fait tout le prix - et le statut littéraire - de cet écrit intime. Un être, dans sa singularité, sa subjectivité, tisse dans l'écriture, en une sorte de vaste palimpseste, sa vie et sa mort, ses amours et sa maladie, cette maladie, le sida, qui dégrade à toute vitesse des corps jeunes et beaux.

    Il y a dans ces allers-retours entre l'écriture, la mort et la vie quelque chose de très troublant, presque dérangeant. En janvier 1981, bien avant de se savoir malade, Lagarce écrit : "Je ne cesse de me complaire depuis une semaine ou deux dans l'idée ô combien satisfaisante que je vais mourir lentement d'une maladie terrible (...). Mourir d'une longue maladie, à chaque moment, chaque instant, est-ce que cela ne suffirait pas à remplir ma vie, à me rendre intéressant à mes propres yeux..." Et en 1993 : "Je suis juste en train de mourir et je n'ai pas d'amour vers qui me tourner pour poser des questions." Et puis il y a les allers-retours entre l'intime et le monde : le procès Barbie, en 1987, dont il suit avec passion les comptes rendus de Sorj Chalandon dans Libération. Jeudi 18 juin, il écrit ceci : "Essayer de comprendre l'humain, tellement humain (trop ?)." Sa tendresse n'est jamais sentimentale, sa cruauté, qui peut être impitoyable, jamais mesquine. Lagarce ou l'art de la distance, c'est-à-dire du style. François Berreur et l'extraordinaire Laurent Poitrenaux en ont trouvé l'exacte traduction scénique. Le comédien n'incarne pas le personnage de Lagarce, bien qu'il soit entouré, sur le petit plateau du théâtre, par des objets ayant réellement appartenu à l'écrivain - ses livres, sa machine à écrire... Ce qu'il incarne, c'est sa langue, avec une précision, une élégance et une ironie toutes lagarciennes.
    Lagarce, Tchekhov, oui, décidément. Même travail de forçat sur le métier de vivre et d'écrire, même modestie orgueilleuse, même solitude peuplée d'amis et de fantômes.
    Et cela, aussi : ces "sortes de choses glissées entre deux phrases" - cette façon d'approcher l'indicible.

    Fabienne Darge, Le Monde, 26 mars 2008

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  • Adaptation Nicolas Bouchaud, Éric Didry et Véronique Timsit d'après Itinéraire d'un ciné-fils, un entretien avec Régis Debray.

    C'est à notre propre rapport à l'art que nous renvoie Daney. L'art du côté du présent et de la vie‚ c'est-à-dire du côté de l'expérience. Il suffit de se souvenir que le cinéma prend sa source dans notre enfance et qu'un photogramme aperçu en passant à l'entrée d'une salle peut changer sensiblement le cours des choses en nous. Imaginons donc un acteur jouant un spectateur...

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  • Moi, qui suis tronqué de belles proportions, Frustré d'allure par la fallacieuse Nature, Difforme, inachevé, expédié avant l'heure Dans ce monde pantelant, à peine à moitié fait, Si bancal et si laid Que les chiens aboient à mon pas de boiteux ;

    Eh bien, moi, en ces temps de paix où fredonnent de frêles pipeaux, Je n'ai aucun plaisir à passer le temps, Si ce n'est d'épier mon ombre au soleil Pour porter le contrechant de ma difformité ;

    Et donc, si je ne puis me montrer amoureux Ni savourer ces beaux jours de beaux parleurs, Je suis déterminé à me montrer criminel Par haine des vains plaisirs de ces jours.

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  • S'imaginer encore un peu Presque éternel Presque immortel Juste avant de se dire adieu Ça va tomber par où ça penche La fin du monde est pour dimanche Si la fin du monde est pour dimanche, à quel jour finit l'enfance, à quel jour commence l'âge adulte ? Et à propos, j'en suis où, moi ? Jeudi ? Vendredi ?


    Création en avril 2013 à la Coursive, Scène Nationale de la Rochelle, dans la mise en scène de Benjamin Guillard avec François Morel.

    Tournée dans toute la France d'octobre 2013 à juin 2014.

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  • Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins ; vous pouvez resserrer ou rompre les liens de l'amour à votre guise ; votre seul malheur est de ne point gagner. Dans cette partie inégale, notre fortune, à nous femmes, est de ne pas perdre et, sans cesse, nous devons faire preuve de talent, de perspicacité, de ruse pour y arriver et surmonter bien des obstacles.



    « Adapter, c'est travailler le texte au corps...? Rencontrer un texte brut, sauvage, foisonnant, touffu, insolent, hors des sentiers battus, dont les mots sont sculptés dans une langue inimitable... Voyager en territoire inconnu, traverser des labyrinthes, se perdre dans les contrées fictives d'un auteur... S'immiscer, se mouvoir dans les méandres et les soubresauts d'une pensée... S'enivrer, s'étourdir dans des flots de mots jusqu'au vertige... de là, naît le désir d'adapter une oeuvre pour la donner à entendre. » Christine Letailleur.

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  • Jean-Jacques Rousseau‚ à la longue, se fatigue‚ on l'a trop attaqué‚ trop poursuivi‚ or il continue de dire des choses excessives qui sont exactement ce que le monde est‚ ce qu'il risque de devenir. Alors les pensées de Rousseau se cassent‚ se recouvrent doucement l'une l'autre‚ comme les nuages gris dans la Lune‚ et‚ en fin de compte‚ il se tait‚ derrière un arbre‚ et les nuages parlent pour lui parce qu'il a touché juste.
    Michel Cournot.

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  • Défricheurs et dénicheurs de textes contemporains depuis plus de quarante ans, Micheline et Lucien Attoun ont croisé, parmi celles de tant d'autres jeunes auteurs, la route de Jean-Luc Lagarce et emprunté à ses côtés le long chemin de l'écriture.
    Des premiers mots convenus aux clins d'oeil plus intimes, nous suivons cette relation fidèle avec « Attoun et Attounette » (comme les appelait tendrement Jean-Luc Lagarce) à travers leurs correspondances et leurs entretiens radiophoniques, éclairée par les lettres à un ami fidèle resté au "pays lointain".
    C'est le récit d'une relation éditoriale et théâtrale semblable à beaucoup d'autres, affectueuse et conflictuelle, construite autour de l'espoir d'une reconnaissance dont la désillusion est souvent l'amer quotidien. Un parcours souterrain qui nous permet d'entendre des écritures nouvelles que le temps, parfois, rend "classiques" !
    Création à Théâtre Ouvert à Paris le 14 octobre 2013, dans la mise en espace de François Berreur avec Laurent Poitrenaux.

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  • Je veux être maltraité et trahi par la femme que j'aime. Plus elle sera cruelle, mieux cela vaudra. C'est aussi une jouissance.

    Sans doute, La Vénus à la fourrure est-elle l'une des premières oeuvres marquantes de la littérature du XIXe siècle ; dans une certaine lignée avec le roman courtois, elle s'attache à décrire de manière précise, et sans concession, une relation amoureuse, sensuelle et érotique, entre un homme et une femme, sous la forme d'un esclavage librement consenti et dont les clauses sont celles d'un contrat.

  • Adaptation d'après la traduction d'André Markowicz.

    Deux ingénieurs arrivent à Verkhopolié, lointaine province oubliée par la culture et le progrès, pour installer le chemin de fer. Agissant comme des révélateurs, ils vont agiter les vagues de la vulgarité de l'âme humaine. Les intrigues se nouent, se côtoient, se croisent, progressent, se perdent, et parfois se résolvent. Elles sont toutes teintées de pouvoir, de passion, de pulsions, sombres souvent. On pourrait se croire chez Tchekhov admiré par Gorki et avec qui il entretint une correspondance régulière, mais on sent passer le souffle de Dostoïevski. Une grande pièce digne d'un roman aux accents crépusculaires qui ne donne pas de réponse quant à son étrange titre : Les Barbares, qui sont-ils? La mesquine société de Verkhopolié ou les étrangers porteurs de « lendemains radieux » ?
    É. Lacascade.

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  • On nous a dit « la terre est à toi ». Vis, lutte, aime, hais, construis de tes mains ton bonheur, considère ton corps comme un trésor et ton intelligence comme un privilège, ta force physique comme une gloire, un alcool, une ivresse ! Et au sommet de cette fête, la guerre ! Jetés en pâtures à ces monstres ! Une guerre contre les fantômes, les fauves, les bêtes nocturnes, la peur, la soif, le vide ! Vivre ! Alors que tout dit « meurs » ! « Meurs » !

    En pleine guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay (1932-1935), un bataillon bolivien tombe dans une embuscade et se disperse dans les bois pour éviter d'être encerclé. C'est dans cette nature hostile, ce Chaco aride semé de broussailles et de forêts sèches impénétrables, qu'un groupe d'hommes (comme il y en eut beaucoup dans cette guerre) va se perdre, tenter de trouver une hypothétique lagune, dormant le jour, marchant la nuit pour survivre à la chaleur écrasante.

    Mais la réserve d'eau s'épuise, les hommes aussi, et l'espoir.

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  • Dans les années 1960-1970‚ Jean-Louis Bory et Georges Charensol s'illustrèrent dans l'émission radiophonique « Le Masque et la Plume »‚ sur France Inter. Deux approches différentes des films critiqués mais une semblable sincérité jusque dans la mauvaise foi. Une verve‚ un humour‚ un goût certain pour les mots et la théâtralité mais surtout une passion commune pour le cinéma rendirent leurs échanges inoubliables. Une véritable complicité fondée sur une mésentente parfaite.
    François Morel

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  • L'imagination ne nous sert que quand notre esprit est absolument dégagé de préjugés : un seul suffit à la refroidir... Ce qu'il y a de plus sale, de plus infâme et de plus défendu est ce qui irrite le mieux la tête... c'est toujours ce qui nous fait le plus délicieusement décharger.

    Adapter, c'est travailler le texte au corps...
    Rencontrer un texte brut, sauvage, foisonnant, touffu, insolent, hors des sentiers battus, dont les mots sont sculptés dans une langue inimitable... Voyager en territoire inconnu, traverser des labyrinthes, se perdre dans les contrées fictives d'un auteur... S'immiscer, se mouvoir dans les méandres et les soubresauts d'une pensée... S'enivrer, s'étourdir dans des flots de mots jusqu'au vertige... de là, naît le désir d'adapter une oeuvre pour la donner à entendre. Je pense à Jahnn, à Sade, à leur démesure, à leur rage d'écriture, à leurs textes-fleuve. Aussi, le passage à la scène nécessite une relecture ainsi qu'un travail de coupe; les lois qui régissent le plateau et la représentation sont autres que celles qui président à la lecture personnelle, seul, le livre en main.
    Christine Letailleur

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  • Un général arabe impulsif et jaloux qui tue sa jeune épouse vénitienne avant de se donner la mort. Une servante dévouée à sa maîtresse, assassinée elle aussi - c'est amusant - par son mari au moment où elle criait la vérité, qui sort toujours de la bouche des enfants ou des pauvres gens - j'affinerai pendant la traversée.

    Le tout conduit par l'esprit diabolique d'un sous-lieutenant psychologiquement déséquilibré, servant peut-être les intérêts d'une société secrète en lien avec une organisation terroriste.

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  • C'est une pièce avec un homme, une femme et un sofa... C'est l'histoire de la rencontre de cette femme et de cet homme, du dialogue qui naît entre eux, c'est l'histoire de ce dialogue également...
    L'homme, quant à lui, est extrêmement jeune, ne connaissant rien de la vie en général, des femmes en particulier, de celle-là en face de lui, tout précisément. C'est un jeune homme qui fait son entrée dans le monde, un jeune homme « qui n'est jamais sorti », inquiet bien évidemment de n'être donc nulle part, ni dehors ni dedans, dans l'embrasure d'une porte, ouverte ou fermée...
    La femme pour sa part, est à peine plus âgée que lui, plus « grande », disent les enfants, connaissant plus de choses, ayant déjà joué la pièce peut-être, « ayant déjà vécu », disent les adultes.
    Le sofa, au centre, le sofa vieilli. Nous dirions qu'il en a vu d'autres, souffert, subi d'autres... (C'est aussi, encore, un ouvrage du même auteur, une autre histoire.) L'homme cherche à rattraper le temps perdu, connaître ce qu'il ignore, savoir ce que la femme sait de plus que lui. Elle, la femme, cherche à conserver son avantage, ne rien céder. C'est l'histoire d'un cours de rattrapage, « cours du soir », de cette stratégie militaire pour faire dire ce qu'on ignore, pour taire ce qu'on ne veut pas révéler. (Que restera-t-il d'elle lorsqu'elle aura tout dit ?) C'est l'histoire d'une éducation, d'un léger vieillissement, à peine, imperceptible, d'une toute première histoire d'amour. Cela se passe au siècle des Lumières.

    Jean-Luc Lagarce, Précisions

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