Editions Rue d'Ulm

  • Parues en feuilleton dans le magazine satirique Punch, entre 1847 et 1848, sous la forme d'une correspondance fictive entre un vieil oncle et son neveu, les Lettres à un jeune Londonien sont un vade-mecum existentiel et un guide du savoir-vivre. Cet inédit offre une introduction savoureuse à l'un des meilleurs auteurs de langue anglaise et une belle récréation aux amateurs de Thackeray, qui retrouveront le style singulièrement mordant du grand victorien.

  • Le sens de cet essai est clair : la pandémie à la Covid-19 est une forme inédite de la mondialisation, dont le management consiste à susciter une peur folle, en grande partie coupée de sa dangerosité réelle. Cette peur, caricature jumelle de la « mauvaise précarité » contemporaine, s'oppose à la « bonne précarité », autre nom de la solidarité entre personnes vulnérables, indispensable à la fabrique de la confiance nécessaire pour vivre en société.
    Un exemple simple. Depuis quelques décennies, il est possible de voyager deux heures en TGV, de Paris à Lyon, sans que nos voisins immédiats nous parlent, nous sourient, nous regardent, même si nous tentons d'engager la conversation ou juste d'échanger quelques mots : c'est avoir le masque par une peur contagieuse de l'autre proche, peur que l'on retrouve... dans la pandémie. Et cela pas seulement en France, et avec des variations évidentes selon les régions du monde et les personnes.
    Dans ce contexte, le sujet humain est réduit à l'angoisse constante de perdre sa vie biologique, otage d'un état d'exception permanent, ou urgence sanitaire, qui le rend fou d'incertitude quant à la fiabilité des liens sociaux et à la notion même d'avenir. C'est l'effet pervers du biopouvoir.
    Les antidotes ? Tout ce qui facilite le retour à une bonne précarité et permet de vivre avec les autres, dans le grand temps. Et la compréhension du contexte dans lequel cette pandémie prend place : ni fantasme ni apocalypse, elle révèle et exacerbe le monde où nous habitons.

  • Écrit directement en français il y a exactement un siècle, en 1921, à l'occasion du sixième centenaire de la mort de Dante, De Francesca à Béatrice est le premier essai original de V. Ocampo. Très tôt, le texte de Dante est devenu pour elle le lieu d'une méditation personnelle, comme chez T. S. Eliot ou O. Mandelstam. Mais quand Eliot formule, à travers le Florentin, sa conception personnelle de la poésie, quand Mandelstam se penche avec lui sur la douleur de l'exil, Ocampo revient, avec Francesca, avec Béatrice, et guidée par Dante, à la méditation de « l'amour incorruptible, impérissable, qui émeut encore le monde ».
    Publié en 1924 dans une traduction espagnole présentée par J. Ortega y Gasset, le texte ne parut dans sa « version française » originale qu'en 1926 (Paris, Bossard) : la présente édition le restitue pour la première fois aux lecteurs français.

  • Paru chez Einaudi en 1962 et régulièrement réédité depuis, La Guerre des pauvres fait revivre, à partir du journal tenu par l'auteur, un chapitre héroïque méconnu de l'histoire de l'Italie, depuis la campagne de Russie (il s'engage en juillet 42) jusqu'à la Libération (Cuneo est libérée fin avril 45).
    Officier du corps expéditionnaire italien sur le front de l'Est dans la division Tridentina, Revelli raconte l'immense défaite et la retraite tragique qui, à la suite de la contre-offensive russe sur le Don, jettent à travers la steppe gelée des dizaines de milliers d'hommes, dont peu survivront. Après, écrit-il, sa vie ne sera plus la même. Quittant l'armée, il prend les armes dans le maquis des Alpes et mène au jour le jour, comme chef partisan puis en tant que commandant de l'une des brigades antifascistes Giustizia e libertà, un autre combat - contre les détachements mussoliniens de la République de Salò et contre les troupes hitlériennes.
    Au fil des jours et des pages de ce livre-vérité s'affirment la cohérence d'un destin individuel, la dignité des humbles pris dans la folie absurde de l'histoire, la force du témoignage sur « la guerre vue d'en bas ». Portées par une prose sèche et abrupte, une écriture blanche de mémorialiste qui s'invente en marchant et en luttant, loin de la rhétorique du combat ou du sentiment.
    Entre Le Sergent dans la neige de Mario Rigoni Stern (1953) et La Guerre sur les collines de Beppe Fenoglio (1968), une autre voix s'élève, qui confère à ces antimémoires de guerre la dimension d'une épopée.

  • Deleuze. La guêpe et l'orchidée est paru en 1999 aux éditions Belin dans la collection « L'extrême contemporain ». Cet ouvrage était prêt pour l'essentiel des années auparavant et avait été lu en manuscrit en 1985 par Gilles Deleuze, qui en évoque la lecture dans une lettre privée, publié pour la première fois dans ce livre. Épuisé depuis longtemps, l'ouvrage est ici réédité avec l'adjonction d'un chapitre introductif, insistant sur l'apparition, à côté de Deleuze et de Guattari, d'une sorte de tiers que l'on peut nommer D&G. Les progrès considérables de la littérature secondaire sur l'oeuvre majeure de Gilles Deleuze n'ont pas paru devoir inciter à renoncer à cette réédition, qui permet entre autres d'accéder à une lettre essentielle de Deleuze sur les raisons qui légitiment une publication en philosophie, et à ses réponses à un questionnaire où il affirme notamment qu'il « se sent pur métaphysicien ».
    C'est le premier livre écrit sur Deleuze, antérieur par exemple à celui de Jean-Clet Martin (Payot, 1993, rééd. format poche 2019).

  • Traduit une première fois en 1953, ce roman faulknérien servi par une écriture splendide devait être réédité. Il égale, à plus d'un titre, les plus belles réussites de la littérature sudiste contemporaine, et c'était celui de ses six romans que Shelby Foote préférait.
    Ampleur de la période historique embrassée, de la fin de la guerre de Sécession à la Seconde Guerre mondiale, ingéniosité de l'intrigue, personnages inoubliables, subtilité de l'analyse psychologique, richesse des thématiques abor­dées, exigence non dénuée d'humanité, portée par un humour parfois désespérant - L'Amour en saison sèche démontre de manière exemplaire ce que peut être une fidélité vraiment créatrice.
    L'oeuvre nous transporte dans ce Sud qui a toujours fasciné les lecteurs français à travers ses plus brillants représentants : Edgar Poe, Eudora Welty, Flannery O'Connor, Truman Capote, Erskine Caldwell, William Styron...
    Une redécouverte.
    Du même auteur sont disponibles en français : Shiloh (Rivages, 2019), Tourbillon (Imaginaire Gallimard, 2006), L'Enfant de la fièvre (nouvelles, Imaginaire Gallimard, 1986), Septembre en noir et blanc (10/18, 1984).

  • La crise de la dette souveraine de la zone euro au début de l'année 2010 et plus encore les conséquences de la crise de la Covid sur l'activité et les besoins de financement des dépenses publiques ont relancé une vieille idée : celle de la « monnaie hélicoptère » qui permettrait d'injecter de la monnaie dans l'économie sous forme de transferts directs aux individus plutôt que par l'intermédiaire d'interventions des banques centrales sur les marchés des titres ou par des prêts aux banques.
    Cette idée est plus que jamais d'actualité. L'hélicoptère monétaire a des effets sur l'activité, l'inflation, l'efficacité de la politique monétaire, la distribution des revenus, distincts des canaux traditionnels de la politique monétaire. Elle soulève la question de l'indépendance de la politique budgétaire par rapport à la politique monétaire et de la légitimité démocratique de cette dernière dans le contexte d'une union monétaire et d'un institut d'émission indépendant.
    Fondé sur une conférence organisée par le CEPREMAP, l'École d'économie de Paris et la Fondation Banque de France qui réunissait des chercheurs de niveau international, cet ouvrage présente l'essentiel des enjeux de l'hélicoptère monétaire de manière accessible à un large public informé ainsi qu'à des étudiants en économie de tout niveau.

  • À l'aube du ve siècle, les Grecs ont pris leurs distances avec les croyances traditionnelles et on voit s'élaborer les premières explications rationnelles du monde. Impliquent-elles une forme d'athéisme ? Ou entraînent-elles de nouvelles conceptions religieuses comme l'ont estimé les historiens de la philosophie jusqu'à une date récente ?
    Dans les écrits fragmentaires des sages présocratiques, les dieux sont présents différemment, les représentations religieuses antérieures mises en question et le langage des mythes se transforme jusque dans le sens des noms. Intégrant les résultats des dernières découvertes papyrologiques, cet ouvrage met en évidence les liens inextricables qui unissent la pensée cosmologique et éthique des Anciens, leurs croyances et leur réflexion sur la langue. Pour penser contre les dieux, il aura déjà fallu les penser.

  • Les Souvenirs de Bao Tianxiao constituent une source extrêmement riche pour l'histoire culturelle et sociale de la Chine à l'époque charnière où le régime impérial s'effondra. De l'atmosphère d'une salle de concours mandarinal à la vie d'un journaliste à Shanghai en 1906, en passant par les stratégies innovantes des revues littéraires ou la fréquentation des «?maisons de thé?», ces mémoires dépeignent le monde des entrepreneurs modernes qui fut le sien. Son parcours révèle comment l'ouverture à la diversité intellectuelle, stylistique, narrative et éditoriale du monde culturel des années 1910 s'est conjuguée avec la première expérience démocratique du pays et avec la diffusion - toujours heurtée - de valeurs républicaines au sein d'un espace public résolument ouvert. Avant le Mouvement du 4 mai 1919, nourri de clivages littéraires et idéologiques, la sphère publique des années 1900-1920 s'est en effet distinguée par une liberté rarement atteinte dans le ton de la presse comme dans la création artistique et l'appartenance politique.

  • Ce texte est né d'une idée originale de De Amicis : faire des tramways à chevaux de Turin à la fin du XIXe siècle un sujet d'écriture romanesque. Pendant les douze mois de l'année 1896 (une année marquée par la funeste guerre d'Afrique entre l'Italie et l'Éthiopie), ces « carrosses pour tous » qui sont un lieu de rencontre des différentes classes sociales, serviront à l'écrivain d'observatoire privilégié. Dans ce roman « expérimental » - qui pourrait aussi être défini comme un singulier récit de voyage et un livre-enquête -, les personnages sont les passagers, dont certains, au gré de leurs apparitions répétées, vont composer une véritable galerie : leurs personnalités, révélées par le regard pénétrant du narrateur, forment un roman choral où les trajectoires des uns et des autres se trouvent reliées au sein d'une structure unitaire. La simplicité de l'invention est compensée par la précision avec laquelle est décrite la société d'une grande ville italienne, fière des gloires du Risorgimento mais vivant à l'enseigne d'une activité intense et de la culture de masse naissante. La « question sociale » joue un rôle fondamental et constitue l'un des filtres du jugement de De Amicis, qui venait d'adhérer au parti socialiste ; sa vision du socialisme ici n'est pas celle de la lutte des classes, mais plutôt d'une collaboration apaisée.
    Le texte est inédit en français.

  • Le Goethe-und-Schiller-Archiv de Weimar conserve un document fascinant : les « Instructions pour la réalisation d'une carte générale des langues » adressées par W. von Humboldt à Goethe le 15 novembre 1812. Elles devaient fournir à ce dernier les indications nécessaires à l'établissement d'une carte des langues d'Europe qu'il avait appelée de ses voeux à la suite d'un séjour commun à Carlsbad en juin 1812. Bien que Goethe se soit attelé à la tâche, jusqu'à faire monter sur des planches à dessin des fonds de carte d'Europe afin de les colorer, rien ne prouve que la carte ait été effectivement produite. Seul subsiste aujourd'hui ce document. Encore inédit en Allemagne, il est reproduit en fac-similé et traduit ici pour la première fois.
    Témoin d'un projet plus vaste de cartographie des langues du monde, le texte ouvre une fenêtre sur un moment particulier de l'histoire, et de la rencontre, des études linguistiques et de la cartographie. Outre la carte elle-même, réalisée aujourd'hui, nous proposons au lecteur des voies d'approche pour mieux comprendre ce projet dans son contexte scientifique et littéraire, en retraçant ses étapes successives, en explorant le rapport entre langues et géographie chez Humboldt, en le replaçant dans le contexte de l'histoire de la cartographie et en éclairant le rôle des représentations spatiales et des cartes dans l'oeuvre de Goethe.
    Édition de David BLANKENSTEIN, Julien CAVERO, Mandana COVINDASSAMY et Sandrine MAUFROY.

  • Après la publication du Soi et son cerveau (Rue d'Ulm, oct. 2018), ce volume vient clore la publication des oeuvres de Popper en langue française (à l'exception de textes datés consacrés quasi exclusivement à la physique quantique).
    Les écrits de jeunesse montrent la genèse de l'oeuvre poppérienne dans une Vienne éducatrice et matrice de savoirs neufs (réforme scolaire, néopsychologie, Cercle de Vienne) au sein d'un milieu cosmopolite progressiste, et l'environnement d'un penseur enthousiaste dans ses premières réalisations. Ils traitent aussi bien de la relation élève-enseignant que du processus de mémorisation, de l'idée de patrie que de l'« expérience vécue de la règle ».

  • Cet ouvrage, délibérément multilingue, est un ouvrage de traduction et sur la traduction. Il poursuit le geste du Vocabulaire européen des philosophies publié il y a 10 ans et constitue un manifeste à la fois philosophique et politique pour la diversité des langues. La traduction, comme savoir-faire avec les différences, devient visiblement l'un des meilleurs paradigmes, sans doute aujourd'hui le plus fécond, pour les sciences humaines.

  • Peu d'activités associent le corps, les émotions, la politique, l'argent et la morale de manière aussi spectaculaire que le sport. Que ce soit dans les stades au Brésil ou les parcs en Chine, sur les terrains de base-ball à Cuba ou de rugby aux Fidji, des êtres humains testent leurs limites physiques, investissent de l'énergie affective, parient de l'argent, s'adonnent à la sorcellerie ou ingèrent des stimulants. Le sport est un microcosme de ce qui fait la vie. On analyse ici comment, à la fois, il façonne et est façonné par les contextes sociaux, culturels, politiques et historiques dans lesquels nous vivons. En examinant des sujets aussi divers et essentiels que le corps, le genre et la sexualité, la modernité, le nationalisme, l'État, la citoyenneté, le transnationalisme et la globalisation.

  • Nul, au temps de Shakespeare, n'a su autant que lui transmuer l'obscénité verbale en énergie dramatique, jusqu'à produire sous l'intrigue officielle de ses pièces un tout autre spectacle, fait des péripéties salaces du langage lui-même.
    C'est à cette production parallèle, à cet autre théâtre, le plus souvent désopilant, que nous sommes invités à assister ici. On y découvre un pan méconnu du génie créateur de Shakespeare. Car ce montreur d'hommes est aussi un pornographe hors pair, assurément le plus doué de sa génération. De sa première à sa dernière (39e ?) pièce, il a cultivé systématiquement une double entente saturée d'obscénité, qui va bien au-delà de la trouvaille ponctuelle, dans le cadre d'une véritable stratégie dramaturgique de l'équivoque.
    Ce voyage d'exploration pourra éclairer les anglicistes, les traducteurs ou les gens de théâtre. Il se lit aussi comme un recueil des mille et un contes grivois qui composent, pourrait-on dire, le Décaméron de Shakespeare.

  • « Une anticipation qui tient du rêve » : c'est en ces termes qu'Adorno caractérisait rétrospectivement ses premiers écrits philosophiques. Contemporains du livre sur Kierkegaard (1933), « L'actualité de la philosophie », « L'idée d'histoire de la nature » et les « Thèses sur le langage du philosophe » font ressortir l'unité et la continuité de cette pensée dont ils marquent le coup d'envoi. Témoignage essentiel sur la situation de la philosophie en Allemagne à la veille du nazisme, ces trois textes montrent Adorno aux prises avec Husserl, Heidegger, Lukács, à la recherche d'une nouvelle pensée de l'histoire et de la société qui permette à la philosophie de répondre à la crise de l'idéalisme et à la menace de liquidation que les progrès des sciences font peser sur elle. Profondément marqué par la lecture de Benjamin, le contre-programme que formule Adorno constitue également une sorte de « discours de la méthode » qui fixe le cadre théorique où se déploieront tous ses travaux à venir, jusqu'à la Dialectique négative et la Théorie esthétique.
    Nouvelle édition revue et augmentée de Jacques-Olivier Bégot

  • La vie quotidienne est au centre d'interactions personnelles et professionnelles qui constituent l'un des moteurs du comportement et du succès de chacun. M. Comola nous propose de parcourir des situations diverses - recherche d'emploi, transmission d'informations, usage des plateformes numériques, recours aux technologies, mécanismes d'assurance, commerce, ou encore discrimination sociale - dans lesquelles ce sont les liens sociaux qui font toute la différence entre la réussite et l'échec. On constate alors que ces liens, loin de se limiter à la sphère privée, acquièrent une dimension économique qu'il convient de mettre au coeur du débat public.

  • Comme l'indique son sous-titre, Le Soi et son cerveau plaide la cause de l'interactionnisme. Ce n'est pas le premier texte consacré par Popper à ce que les philosophes de langue anglaise appellent le « body-mind problem ». Non plus que son premier texte soutenant que la solution correcte à ce problème est l'interaction des états mentaux et des états physiques. Ce n'est pas non plus la première fois que Popper précise sa théorie en affirmant que cette interaction ne concerne pas seulement le monde des états mentaux et celui des états physiques, mais aussi un troisième monde ou « Monde 3 ». C'est en revanche la première fois qu'il met au centre de son interactionnisme une théorie du self, du « soi », de son existence, de son unité, de son identité, de sa continuité. C'est la grande nouveauté de ce livre, inédit en français.

  • De nombreuses initiatives citoyennes de monnaies locales et complémentaires ont vu le jour à travers le monde en réaction à la crise des subprimes de 2007-2008 et à l'impuissance des gouvernements à prévenir la débâcle financière et économique qui a suivi. Ces initiatives veulent répondre à une incompréhension généralisée du fonctionnement du système monétaire et financier. Une quarantaine de monnaies locales sont aujourd'hui en circulation en France, autant sont en projet. Des milliers de citoyens ont choisi d'utiliser d'autres monnaies que la seule monnaie centrale pour effectuer leurs transactions et leurs échanges.
    Ce livre présente un panorama à la fois conceptuel et historique des expériences monétaires pionnières dans un monde en perpétuel mouvement. Après avoir exploré les réussites mais aussi les limites des modèles actuels de monnaies locales, il analyse les différents leviers qui peuvent permettre la montée en puissance de ces initiatives décentralisées afin qu'elles deviennent des vecteurs de la transition écologique et sociale des territoires.
    Préface de Michel AGLIETTA

  • Dans cet essai inédit en français qui est devenu un classique sur la question du traduire, Folena fait dialoguer avec les grands théoriciens de notre temps nombre d'auteurs anciens (d'Aristote à Cicéron et Jérôme, de Marie de France à B. Latini, Boccace ou L. Bruni...), sans négliger les avancées théoriques de Dante. Comment se définissait l'exercice de la traduction médiévale et humaniste ? Quels étaient ses critères ? Que visait la transposition d'une langue à l'autre ? Facteur crucial de la diffusion de la culture et de l'expérience religieuse et littéraire entre le XIIIe et le XVe siècle, la traduction s'affirme peu à peu, à travers les néologismes traducere ou tradurre, comme une pratique artistique autonome, affranchie de l'autorité des langues sources, ouverte aux échanges entre langues voisines - une nouvelle herméneutique.

    Traduction d'Anouchkka Lazarev et Lucie Marignac
    Édition de Lucie Marignac
    Postface de Christophe Mileschi

  • Dans un monde marqué par la peur, voire la haine, de celui qui vient bouleverser nos repères familiers, chercher à penser une politique qui fasse de l'accueil une valeur centrale revient à s'exposer, au mieux, à la raillerie, au pire, à l'hostilité. Il faut en prendre le risque tant le règne de la barbarie est à nos portes.
    La barbarie sait s'accoutrer pour tromper. Elle sait emprunter d'autres visages, se parer d'autres noms : ceux de la sauvegarde de « notre » identité, de la préservation des valeurs et des principes qui font notre singularité, tant le risque serait grand que les « passants », pauvres et démunis, ne viennent mettre en péril notre modèle social auquel nous proclamons un indéfectible attachement.
    Le choix du cosmopolitisme ici défendu tient à ce qui peut être considéré comme un propre de l'humanité, soit le fait de vivre exposés les uns aux autres, et non enfermés dans des cultures et des identités. Notre essentielle vulnérabilité justifie que nous tissions des solidarités, que nous montrions de la considération à l'égard d'autrui. Considération qui est au fondement de l'exigence cosmopolitique comme de l'idéal démocratique.
    Alain POLICAR est chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Agrégé de sciences sociales et docteur en science politique, il a enseigné durant 26 ans à la faculté de droit et des sciences économiques de Limoges. Ses thèmes de recherche sont principalement le racisme, le libéralisme politique et le cosmopolitisme.

  • Cris rassemble les nouvelles de la période du 4 mai 1919 où s'épanouit le mouvement pour la Nouvelle culture, qui revendique l'usage de la langue vernaculaire et s'en prend au moralisme confucéen. Certaines d'entre elles, comme «Le Journal d'un fou», publiée dans Nouvelle jeunesse en 1918, ou «L'édifiante histoire d'A-Q», sont devenues canoniques. D'autres, comme «Terre natale» ou «L'opéra de village ,», représentent sur un mode élégiaque la Chine rurale du bas-Yangtse dans laquelle a grandi Lu Xun. Errances, publié en 1926, contient onze nouvelles évoquant, sur un ton souvent mélancolique, l'errance des intellectuels chinois des années 1920.
    Anciens lettrés devenus petits fonctionnaires, ils semblent piégés entre leurs souvenirs d'un passé rural familier mais cruel et la modernité incertaine ou trompeuse des grandes villes occidentalisées, où ils peinent à trouver une place.
    Mauvaises herbes, recueil de vingt-trois poèmes en prose, dont la forme rompt avec la plupart des pratiques poétiques antérieures, rassemble des méditations, oniriques ou nostalgiques, sur le passage du temps et les efforts humains pour changer l'histoire.

  • La position de l'Allemagne impériale soucie Georg Simmel : où doit-elle se situer vis-à-vis de la catastrophe survenant dans la vieille Europe disloquée, et à l'heure de son « américanisation » ? Dans les textes de ce recueil réunis pour la première fois, Simmel s'exprime moins en universitaire qu'en penseur du lien social, à qui les formes et l'intensité de la guerre en cours imposent une difficile épreuve de vérité. Épreuve personnelle aussi, car la Grande Guerre oppose les philosophes de la même école de pensée - comme on le voit en lisant les pages de Simmel en regard des adresses de Bergson à ses collègues académiciens (rééditées aux PUF en 1972 par A. Robinet dans les Mélanges), puis à l'opinion américaine, lors de ses deux voyages aux États-Unis, en 1917.

  • De l'âme du monde (1798) représente un moment clef dans la formation de la philosophie schellingienne,
    et plus généralement de l'idéalisme allemand. Schelling y précise sa philosophie de la nature,
    en s'appuyant sur une analyse extrêmement détaillée des avancées les plus récentes des sciences physiques et biologiques,
    dont il tente d'intégrer toutes les données au sein d'un système cohérent.
    En supposant une identité entre la production des différents objets
    du monde et l'activité de l'esprit humain, il édifie une pensée idéaliste destinée à rendre compte aussi bien du monde qui nous entoure que
    de la connaissance que nous pouvons en avoir. Si lui-même, quelques années plus tard, abandonnera cette voie, il aura entre-temps stimulé toute
    une génération de médecins et de naturalistes qui, dans le cadre des mouvements romantiques, contribueront à l'essor spectaculaire de leur
    discipline dans les premières décennies du XIXe siècle.
    À ce titre, le présent ouvrage constitue une étape déterminante de l'histoire des idées. Le texte est inédit en français.
    Stéphane Schmitt est historien de la biologie (CNRS-équipe REHSEIS). Il travaille en particulier sur l'anatomie et
    l'embryologie, ainsi que sur l'émergence des sciences de l'évolution depuis le milieu du XVIIIe siècle.
    Auteur de plusieurs ouvrages (dont Les Parties répétées. Histoire d'une question anatomique, MNHN, 2004),
    il dirige l'édition critique des oeuvres complètes de Buffon aux éditions Champion.

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