• Communisme ou barbarie, l'alternative est à nouveau sous nos yeux, peut-être même l'est-elle pour la première fois à ce degré d'acuité. Cette fois c'est la planète elle-même qui nous somme. Ou plutôt la planète telle que nous nous la rendons à nous-mêmes inhabitables. Sur ce front-là, on ne tergiverse pas, on ne négocie pas, on n'atermoie pas. Le changement climatique est en marche et, pour la première fois, la Covid-19 nous a fait apercevoir que nous n'aurions pas seulement à en souffrir les canicules, les épisodes météorologiques extrêmes ou les pieds dans l'eau, mais également la libération de virus dont celui qui nous met presque à genoux en ce moment est sans doute l'un des plus "bénins" .
    Posée l'urgence de la situation, c'est l'urgence de penser la situation qui est posée avec elle. Mais peut-être "penser" n'est-il pas le mot le plus approprié quand il s'agit de donner le plus de chances à la bonne branche de la bifurcation. "Imaginer" pourrait être meilleur. Car la politique, dès lors qu'elle n'a pas pour seule ambition de reconduire l'ordre des choses à l'identique, au moment même où elle fait face à l'obligation impérieuse de faire advenir du radicalement différent, la politique, donc, est affaire d'imagination, au sens littéral du mot : d'offrir des images.
    Ou des figures. Aller vers un avenir suppose de s'en être donné des figures. C'est ce que ce livre s'essaye à faire, à partir d'une position de principes fondamentaux, dont le premier énonce qu'une société communiste a pour devoir de relever les individus de la précarité, de les libérer de l'angoisse des lendemains dans laquelle le marché capitaliste, qui détient toutes les données de leur reproduction matérielle, les plonge inévitablement - et l'effrayante crise sociale qui s'annonce à la suite de la crise sanitaire se chargera d'en donner l'illustration.
    L'instrument de cette libération s'appelle "la garantie économique générale" . Elle est directement inspirée des travaux de Bernard Friot sur le "salaire à vie" . Et se pose très explicitement la question d'un nouveau mode de production, c'est-à-dire des nouveaux rapports sociaux propres à soutenir une division du travail développée en ses multiples échelles : du local au global.
    Sous cette condition, tous les rapports sociaux peuvent être repensés - et en l'occurrence les rapports du capitalisme abolis : rapport salarial, rapports de propriété privée des moyens de production, rapports financiers. C'est ici qu'aident les figures : à donner des images de ces perspectives constamment renvoyées au registre de "l'utopie". Là où les figurations progressent, les disqualifications par l'utopie s'effacent.
    Mais ça n'est pas tout d'avoir des figures : il faut aussi imaginer les trajectoires politiques qui permettent de les rejoindre. Au moins en poser les données fondamentales : le type de résistance que la bourgeoisie opposera à la disparition de son monde, le type de dynamique politique que cette résistance appellera, le type de bloc social à constituer pour prévaloir, notamment les alliances à passer entre luttes anticapitalistes et luttes antiracistes, enfin la manière dont se redéploie la question internationaliste.

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  • Que veut dire « vivre sans institution » ?
    Tout processus de destitution n'impliquet- il pas de réinstituer quelque chose ?
    Le slogan « soyons ingouvernables » contient-il, au-delà du cri de ralliement, la formule d'une vie sans police, sans économie, sans travail, sans pouvoir ?
    Dans cet échange vif avec Eric Hazan, Lordon fait d'abord oeuvre de clarification et de définition, « pour éviter les malentendus inutiles », et ouvre un débat stimulant avec quelques-unes des thèses les plus fortes du Comité invisible.

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  • Disons les choses d'emblée : la condition anarchique ici n'a rien à voir avec l'anarchisme qui intéresse la théorie politique. Lue étymologiquement, comme absence de fondement, an-arkhé, elle est le concept central d'une axiologie générale et critique. Générale parce qu'elle prend au sérieux qu'on parle de « valeur » à propos de choses aussi différentes que l'économie, la morale, l'esthétique, ou toutes les formes de grandeur, et qu'elle en cherche le principe commun. Critique parce qu'elle établit l'absence de valeur des valeurs, et pose alors la question de savoir comment tient une société qui ne tient à rien.

    Aux deux questions, une même réponse : les affects collectifs. Ce sont les affects qui font la valeur dans tous les ordres de valeur. Ce sont les affects qui soutiennent la valeur là où il n'y a aucun ancrage. Dans la condition anarchique, la société n'a que ses propres passions pour s'aider à méconnaître qu'elle ne vit jamais que suspendue à elle-même.

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  • Dans ce livre, Frédéric Lordon se penche sur le centre nerveux du capitalisme : le rapport salarial. Il l'envisage de manière marxiste, c'est-à-dire comme configuration des structures sociales, et, moins classiquement, d'un point de vue spinoziste : quels sont les affects qui font fonctionner ces structures ? Comment rendre les dominés heureux ? Que veut dire consentir ? Qu'entend l'entreprise par " motivation ", " réalisation de soi ", " épanouissement au travail " ? Comment certains salariés en viennent-ils à faire cause commune avec le Capital ?
    Lordon nous le montre avec brio : le projet capitaliste est un projet de possession intégrale des âmes, des intériorités. Le totalitarisme est son stade ultime.
    Lordon réouvre une porte vers une réponse communiste à l'entreprise : " une vie humaine ".

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  • Voilà que les sciences sociales contemporaines se prennent de passion pour les « émotions ». Mais le risque est grand que ce « tournant émotionnel » les fasse tomber dans un individualisme sentimental qui porte à son comble l'abandon des structures, des institutions et des rapports sociaux, par construction coupables de ne pas faire de place aux choses vécues.
    Comment articuler les affects et les désirs des hommes avec le poids de détermination des structures ? Comment penser ensemble ces deux aspects également pertinents - et manifestement complémentaires - de la réalité sociale, que rien ne devrait opposer en principe ? Tel est le projet d'un « structuralisme des passions », à travers lequel Frédéric Lordon s'attelle à la destruction du socle métaphysique de la pensée libérale.

  • Que la politique soit en proie aux « passions », tout le monde l'accordera. Autrement malaisé serait de faire entendre que les affects constituent son étoffe même. La politique n'est-elle pas aussi affaire d'idées et d'arguments, et les « passions » ne sont-elles pas finalement que distorsion de cet idéal d'une politique discursive rationnelle ?

    Le point de vue spinoziste bouscule la fausse évidence d'une antinomie entre les « idées » et les affects. On émet bien des idées pour faire quelque chose à quelqu'un - pour l'affecter. Et, réciproquement, les idées, spécialement les idées politiques, ne nous font quelque chose que si elles sont accompagnées d'affects. Faute de quoi, elles nous laissent indifférents. En « temps ordinaires » comme dans les moments de soulèvement, la politique, idées comprises, est alors un grand jeu d'affects collectifs.

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  • Aujourd'hui, la gauche sociale et politique est en panne de réflexion sur l'État. Pourtant, la critique de l'État y est toujours fréquente, des professions de foi internationalistes jusqu'à l'anarchisme ou communisme libertaire. Pour Frédéric Lordon, ces positionnements constituent le plus souvent une posture et ont tendance à fuir le vrai problème posé par l'État : toutes les communautés humaines semblent se référer à une entité verticale, que ce soit sous la forme d'une autorité charismatique, d'un ensemble de règles communément partagées ou sous la forme rationnelle et bureaucratique de l'État propre aux sociétés contemporaines.
    Que faire de ce principe vertical qui traverse les sociétés ? Certains (les républicains, les étatistes) célèbrent ce principe et promeuvent un « vrai » État-nation, une république « sociale ». D'autres voudraient en finir avec ce principe, en imaginant une société humaine transparente à elle-même, intégralement cosmopolite et strictement fondée sur le principe d'association et de réciprocité.
    Frédéric Lordon s'oppose à ces deux propositions et fait à nouveau travailler les concepts qu'il a forgés dans Capitalisme, désir et servitude. À travers une lecture contemporaine de Spinoza, l'auteur propose de repenser l'État non comme un corps étranger face à la « bonne » société civile, mais comme une nécessité intrinsèque du social. Chez Spinoza, ce principe de verticalité a pour nom imperium : l'imperium est l'expression d'une puissance, celle de la multitude, incommensurablement supérieure à celles de chacune de ses parties constituantes prises séparément. Sous cet angle, il ne faut plus penser l'État sur le modèle des États « bourgeois » modernes, ni celui des royautés, des grands Empires féodaux ou esclavagistes.
    L'État au sens large est le nom qu'on peut alors donner à tout groupement politique persévérant, quelle qu'en soit la forme. Contre les libéraux - et aussi les libertaires - qui pensent que le lien social est réductible à des contrats, ou à des pactes, passés dans la transparence de la conscience, il faut dire que les hommes tiennent en groupements nombreux non sous l'effet de promesses explicites et d'engagements transparents mais, comme le dit Spinoza, par l'effet d'un affect commun.
    En ce sens, si l'on veut penser l'État comme une forme politique potentiellement dominatrice, il faut reprendre le fil de Capitalisme, désir et servitude :
    La servitude n'est que rarement l'imposition d'une contrainte étrangère aux désirs de la multitude. Elle est la forme politique prise par la multitude pour réaliser ses priorités, sa puissance. C'est la puissance de la collectivité qui est par là même capturée par les « entrepreneurs de pouvoir », et cette capture est facilitée par tous les États en tant que principe vertical et contraignant.
    Penser l'État, c'est donc répondre à une question plus que jamais d'actualité : comment résister à la dépossession de notre puissance par l'État ? Comment accroître notre puissance collective ? Mais pour y répondre, il faut au moins abandonner le registre de la posture, les impasses de la dénégation, et être un peu au clair sur la réalité des forces passionnelles qui sont l'étoffe de la politique : ne pas se raconter des histoires.

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  • Economiste, Frédéric Lordon est connu pour ses essais critiques sur la mondialisation financière, qui ont rencontré un grand succès public. Il a ici choisi une forme singulière, celle du théâtre, pour mettre en scène la crise de la finance mondiale. Le rideau s'ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour.
    La pièce peut commencer : complètement lessivés par la crise des désormais célèbres "subpraïmes" (sic), les Banquiers vont bientôt sonner à la porte de l'Etat pour lui demander de mettre la main au porte-monnaie... Frédéric Lordon se révèle un versificateur virtuose, qui a fait le choix de l'alexandrin pour raconter la déconfiture d'un système qui a tous les traits de l'Ancien Régime. Mais si la forme évoque la tragédie classique, D'un retournement l'autre est aussi une farce sinistre qui dresse un portrait dévastateur de notre élite (le lecteur reconnaîtra sans peine ses plus célèbres représentants).
    On rit jaune, à écouter cet aréopage de beaux parleurs affolés par l'interminable maelstrom qu'ils ont provoqué, mais qui jamais n'abjureront leur foi dans les vertus du marché. Crise de la finance, sauvetage public, Explosion de la dette et rigueur hystérique. Et comme d'habitude, à qui va l'addition ? Qui donc de la farce pour être le dindon ? On l'aura compris : le "retournement" à venir n'aura rien à voir avec celui d'un cours de bourse...

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  • On n'aurait pas dû avoir à attendre un événement extrême comme la crise des subprimes pour prendre conscience de l'effrayante nocivité de la finance déréglementée.
    Mais la libéralisme est ainsi fait qu'il tolère aisément les crises qui n'affectent que les dominés et ne s'émeut que de celles qui frappent ses élites. or nous y sommes. la finance étasusienne est en ruine et celle de l'europe ne vaut guère mieux. au moins cette crise met-elle à nu les mécanismes du désastre tels qu'ils sont inscrits dans les structures même des marchés, et force jusqu'aux plus bornés des idéologues à la seule conclusion restante : sauf à risquer de nouveau que les mêmes causes entraînent les mêmes effets, il est temps de tout changer.

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  • Dans La Malfaçon, Frédéric Lordon dénonce une Europe qui se construit sans les Européens, dans le déni de toute expression des souverainetés populaires. Il est urgent de réexaminer de près l'option des monnaies nationales - pour ne pas laisser cette question à la seule extrême-droite - et de réaffirmer que défaire la monnaie européenne n'exclut nullement de continuer à oeuvrer pour l'approfondissement de tous les autres liens entre les peuples européens.

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  • La science économique utilitariste domine largement les sciences sociales. Les courants de sociologie se sont, en majorité, rendus à la théorie du choix rationnel. Cependant, il existe des courants anti-utilitaristes, qui, à l'autre extrême, versent dans la naïveté du geste donateur. Frédéric Lordon, propose un concept élargi d'intérêt de Spinoza, le conatus, qui permet de sortir de cette antinomie improductive.

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  • Quinze ans après la déréglementation des marchés, voilà que se profile la perspective des fonds de pension.

    Cette consécration du pouvoir des grands actionnaires institutionnels frappe d'abord le salariat sur qui retombent tous les risques. mais la vraie menace est dans les fausses promesses d'une réconciliation du capital et du travail autour de l'épargne salariale, dans l'avènement d'une société du patrimoine et l'utopie monstrueuse d'une " démocratie des actionnaires ".

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  • Et si les scandales à la enron n'étaient que l'arbre qui cache la forêt ? sans malversations majeures, vivendi, alcatel et france télécom n'en ont pas moins frôlé la faillite et ruiné leurs salariés-actionnaires.
    Mais il est tellement plus facile de croire que si le capitalisme financier est en crise c'est parce qu'il a manqué d'honnêteté, de rigueur, de transparence et de vérité des comptes. pendant qu'on en appelle à l'éthique et qu'on se figure que la vertu va sauver le monde, au moins on ne parle pas d'autre chose. l'incrimination des individus de petite vertu fait agréablement diversion et laisse inquestionnées les structures de la finance, celles-là mêmes qui sont cause de tout.
    Comme toujours lorsqu'il s'agit de s'attaquer aux lieux communs du moment et de résister à leur pouvoir d'attraction, défaire la thèse du "péché" pour faire voir le travail des structures nécessite de prendre le temps d'un détour.
    A commencer par celui du retour aux logiques qui soumettent l'économie à l'emprise de la finance déréglementée.

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  • L'eurozone a jeté le masque. S'il en était encore besoin, 2015 aura été la date de la pleine révélation, et la Grèce son lieu. Nous savons désormais quel cas l'Union monétaire européenne fait des peuples européens et de la démocratie. La brutalité sans frein, le chantage ouvert, l'humiliation sans pitié : rien n'a été épargné au gouvernement Syriza - mais c'est qu'il s'agissait de faire un exemple. Un exemple pour montrer à tous ce qu'il adviendra à tout gouvernement authentiquement de gauche en Europe.

    Syriza a été broyée. Mais ce sont sa pusillanimité stratégique et le refus d'envisager la rupture qui ont scellé son échec. Il est temps, pour tous ceux qui à gauche ont trop longtemps poursuivi la chimère d'un « autre euro possible », de méditer cette leçon : il n'existe aucune solution institutionnelle de transformation réellement progressiste de l'euro. Les institutions de l'euro ne laissent que le choix de les souffrir, de les fuir ou de les détruire. C'est à la gauche qu'il appartient de rompre, et dans les formes d'un internationalisme enfin bien compris.

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  • D'où vient le malaise de la politique économique ? Impuissante à résorber le chômage, ligotée par les marchés financiers, elle semble souvent frappée d'inefficacité.
    Pourquoi ? Il y a d'abord l'effet d'une désinflation compétitive qui, arc-boutée à la monnaie unique, perdure sans souci de ses échecs répétés et impose une " cohérence " résolument étrangère au problème de l'emploi. Mais, au-delà des impasses propres à la désinflation compétitive, il se pourrait plus largement que la politique économique connaisse une mutation qui en altère profondément les pratiques et l'efficacité.
    Désormais soumise à l'opinion globale, c'est-à-dire à la convergence de tous les regards, elle est en permanence exposée aux jugements et aux interprétations. Et, seul le spectacle de la communauté tout entière rassemblée derrière la " bonne " politique semble pouvoir tranquilliser les marchés. Quand faire entendre une objection suffit pour alarmer la finance, c'est la possibilité même du dissensus démocratique qui se trouve dès lors mise en cause.
    L'Europe permettra-t-elle de dépasser ces limites et de restaurer la souveraineté de la politique économique ? Rien n'est moins sûr, estime Frédéric Lordon, puisqu'il revient désormais aux marchés financiers, ce haut-lieu de l'opinion globale, d'élire la nouvelle monnaie internationale que l'euro voudrait devenir.

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  • Alors même qu'elle n'a pas encore épuisé ses développements propres, la crise financière s'est déjà dépassée elle-même. Elle s'est dépassée économiquement en une récession meurtrière. Elle s'est dépassée politiquement car le dérèglement financier finit par apparaître pour ce qu'il est vraiment : le symptôme d'un dérèglement d'une tout autre nature et d'une tout autre échelle. C'est un modèle d'ensemble qu'une sorte de « catalyse par les points extrêmes » rend d'un coup visible, et surtout odieux. Comment la société a-t-elle pu tolérer si longtemps de tels niveaux d'inégalités ? Pourquoi a-t-il fallu atteindre le point d'obscénité de l'enrichissement de la finance pour produire enfin une mise en question ? Quelles forces ont oeuvré si longtemps à installer et défendre pareille configuration du capitalisme ? Et aussi, maintenant, quelles sont les voies de sortie, à quelles transformations radicales faut-il procéder ? Le livre fait des propositions. De la refonte totale des structures bancaires en un « système socialisé du crédit » jusqu'au desserrement des deux contraintes qui écrasent le salariat - celle de la rentabilité actionnariale et celle de la concurrence internationale sans rivage -, il s'agit de saisir l'opportunité historique d'une « nouvelle donne », seule à même de dénouer une crise sociale extrême.

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  • La New Political Economy découvre sur le tard qu'il y a de la politique dans l'économie, ou plutôt par-dessus. Mais le " politique " n'y est qu'une couche supplémentaire surmontant la structure d'ensemble des marchés, elle-même réputée parfaitement autorégulée... et inopportunément perturbée par les parasitages de la vie politique. Ce livre affirme, à l'inverse, que le politique est immanent aux rapports sociaux du capitalisme. Il s'agit bien sûr d'un concept étendu du politique, compris ici comme (omni)présence des conflits et des rapports de pouvoir ; il a pour lieu d'élection les armatures des capitalismes que sont leurs constructions institutionnelles. C'est un parcours d'une triple diversité que proposent les auteurs. Diversité institutionnelle, puisque conflits et pouvoirs sont aussi bien observables dans le rapport salarial, la monnaie, l'entreprise, que la politique économique. Diversité géographique au travers des cas américain, iranien, argentin et russe. Diversité disciplinaire, convoquant, en plus de l'économie, sociologie, droit, politologie et histoire.

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  • Quand, en janvier 1999, la Société Générale décide de fusionner avec Paribas, la BNP, isolée, n'a pas d'autre choix, pour survivre, que de lancer une double contre-OPE, événement inouï dans le capitalisme français.
    Ce livre suit au plus près ce combat des OPE qui va faire rage pendant six mois, pour en restituer toutes les manoeuvres et tous les mouvements sur l'échiquier du capital.
    Les puissances d'argent ne font pas qu'acheter, vendre ou investir : elles ne cessent de chercher à s'allier, s'influencer ou se dominer.
    Cette politique du capital a moins pour objet le profit que la conservation, l'expansion et l'affirmation de la puissance. Ce livre en trouve le fin mot chez Spinoza qui fait voir derrière les motions déchaînées de la prédation financière l'effort vital déployé par chacun " pour persévérer dans son être ".

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  • Voici le livre du plus brillant et du plus subversif, au noble sens du terme, économiste de sa génération. L'un des rares à marteler depuis près de 15 ans l'absurdité de la financiarisation de l'économie et de n'avoir de cesse de préconiser de véritables réformes et non de maigres mesures qui n'affectent en rien la nocivité du système. Frédéric Lordon est directeur de recherches au CNRS et l'auteur de nombreux livres dont le dernier : D'un retournement l'autre s'est vendu à plus de 20 000 exemplaires.


    Si la " finance " a justement constitué un problème politique de premier plan, le terme même est devenu une sorte de fourre-tout où l'on agglomère indifféremment des choses pourtant différentes en genre - et en conséquences (politico)-économiques. Pendant que la finance des marchés de crédit s'effondre à grand spectacle depuis 2007, entre crise de subprime et crise des dettes souveraines, la finance actionnariale elle vit à l'année sur le dos des entreprises - et de leurs corps sociaux- , continuant d'exiger productivité et rentabilité financière, d'impulser délocalisations et plans sociaux. Son lieu propre est la Bourse, mais entendue au sens strict du terme : la marché des actions, marché de la propriété du capital. Quoique ce chancre permanent fasse moins parler e lui en ce moment, il n'en est pas moins l'un des éléments les plus structurants du capitalisme néolibérale - et par conséquent de ceux dont il importe de se débarrasser si l'on veut vraiment en finir avec le néolibéralisme.
    Cet ouvrage entend donc soutenir la thèse dont la radicalité peut sembler un peu raide : il faut fermer la Bourse ! Mais cette impression de radicalité n'est qu'un effet des habitudes que cette thèse contredit : à force d'être dans le paysage, la Bourse passe pour une évidence inquestionnable. La vérité est qu'à ses désastres sociaux le capitalisme actionnarial ajoute une formidable inefficacité économique. C'est ce mensonge de la supériorité économique du capitalisme actionnarial qu'il s'agit de démonter, pour envisager ensuite une palette de mesures visant à l'empêcher de nuire- et dont la dernière, " fermer la bourse ", apparaîtra finalement d'un grand réalisme.

  • La science économique utilitariste domine largement le champ des sciences sociales.
    A ses yeux, tout n'est que comportements intéressés et calculateurs. Si une bonne partie de la sociologie s'est rendue avec armes et bagages au paradigme de la théorie du choix rationnel, tous ses courants n'ont pas cédé. Ainsi, par exemple, le Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales (MAUSS), pour qui les faits de donation et de solidarité échappent à l'empire théorique de l'économicisme. Pour salutaire qu'elle soit, la réaction anti-utilitariste verse néanmoins souvent dans l'exaltation naïve du désintéressement.
    Est-il possible de sortir de cette antinomie finalement improductive opposant un utilitarisme étriqué et les apologies enchantées du geste donateur ? C'est à cette question qu'entend répondre ce travail, à partir d'un concept élargi d'intérêt emprunté à Spinoza : le conatus. Mouvement par lequel " chaque chose s'efforce de persévérer dans son être ", le conatus est l'expression de ce qu'une existence est fondamentalement intéressée à elle-même, et qu'il n'est pas une de ses actions qui ne soit la manifestation de cet " intérêt à soi ".
    C'est alors toute une anthropologie économique et sociale qui se réordonne dans la perspective ouverte par Frédéric Lordon. De la prise violente à l'achat économique, en passant par l'échange symbolique et tous les registres du don - cérémoniel, sociable et charitable -, il n'y a rien d'autre que les expressions de l'intérêt-conatus souverain, et ses métamorphoses.

  • En travail : conversations sur le communisme Nouv.

    Ce livre est l'occasion d'une rencontre que beaucoup attendaient. Bernard Friot est militant du Parti communiste et architecte de la théorie du salaire à vie. Frédéric Lordon construit une philosophie spinoziste des institutions. Ces trajectoires ont a priori peu en commun. L'un et l'autre parviennent pourtant au même constat : le communisme est à l'ordre du jour.
    Ces entretiens portent sur les figures que pourraient y revêtir le travail, la valeur, le salaire, l'investissement, l'État, la propriété. Mais déplient également accords et désaccord sur ce qu'il faut entendre par un « déjà-là »,sur la nature et l'existence d'une classe révolutionnaire, sur les processus de la transition.

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  • Si la philosophie de Spinoza nous parle, c'est par son aptitude à s'emparer, sans aucun égard pour la distance dans le temps, des objets et des problèmes de notre monde, sa puissance de défaire nos manières ordinaires de les penser, et de nous les faire voir autrement. Les contributions réunies dans cet ouvrage ont pour but d'éprouver à nouveau cette puissance et d'en montrer l'actualité. Elles se proposent de le faire à partir du double point de vue qui considère, d'une part, que le social est le milieu de la vie des hommes et, d'autre part, que, de ce milieu, les passions sont l'élément. Les individus n'ont d'existence que sociale, et cette nature sociale consiste en une certaine organisation du jeu des affects. Les passions du social s'en trouvent alors repérables à tous les niveaux : celui de la constitution de l'individualité, de l'opération des institutions, ou des processus de l'histoire.

    Ce recueil est donc par destination une contribution au dialogue de la philosophie (spinoziste) et des sciences sociales. Les secondes offrent les questions qu'elles ont construites à la première, qui leur rend sa manière singulière de les envisager voire de les reformuler. Et cette mise au travail de la pensée spinoziste poursuit par là même l'exploration de ce qu'elle peut.

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