Gallimard

  • En parcourant le chemin de la Garenne qui traverse et forme une boucle aux abords de Chambois, village où il a grandi et où il possède toujours une maison près de celle de sa mère, Michel Onfray retrouve les souvenirs et les sensations de l'enfance.
    Il se souvient des personnages hauts en couleurs, durs à la peine - ses parents en premier lieu : le père ouvrier agricole, la mère « bonne à tout faire ». L'auteur observe le passage du temps, les ravages de la modernité : les édiles locaux en prennent pour leur grade, les agriculteurs inféodés à l'industrie chimique également, mais aussi les écologistes qui ont fait supprimer les barrages sur la Dives pour favoriser la remontée de saumons dont on n'a jamais vu trace dans cette rivière.
    On trouve des éloges inattendus : celui de la baronne qui a préféré quitter à jamais le village plutôt que de cohabiter avec les nazis qui avaient réquisitionné son château ; celui de Mme Hay, qui avait fondé une petite école catholique à destination des enfants pauvres, à qui l'auteur attribue son éveil intellectuel malgré les cours de catéchisme et les prières obligatoires. La nature est très présente : l'enfance est pleine de grillons, de couleuvres, de crapauds, de fleurs et de plantes longuement évoquées. Teintée d'une mélancolie sincère et d'un authentique attendrissement, la promenade sur le chemin de la Garenne est l'occasion de croiser les figures chères du passé.

  • Michel Onfray part sur les traces de Nietzsche : connaître ce philosophe majeur nécessite de mettre ses pas dans ceux du grand illuminé, et savoir dans quelles conditions physiques son oeuvre s'est élaborée. À Sils-Maria, Nietzsche a trouvé un lieu idéal pour développer sa pensée et tenter de maîtriser son corps douloureux. C'est là qu'il écrira son Zarathoustra.
    Michel Onfray y prononce une conférence en juillet 2018 : « Jouir du bonheur vespéral de l'Antiquité » (la phrase est de Nietzsche, à propos de son attrait pour la pensée d'Épicure).
    Pour Nietzsche, être moderne c'est être grec ; comme pour Rimbaud, c'est être peau-rouge.
    Tous deux, simultanément, marquent le début de la sortie de la civilisation judéo-chrétienne.
    La pensée de Nietzsche a été falsifiée, déformée - notamment par sa soeur pronazie qui a trafiqué des citations pour former un recueil, La volonté de puissance, dont se sont servis les adeptes de Mussolini et Hitler : un faux pur et simple. Michel Onfray s'attache à démonter les accusations de ceux qui ont reproché à Nietzsche d'avoir fourni des armes idéologiques aux nazis ou de ceux qui ont voulu l'embrigader dans la pensée gauchiste du désir tout-puissant.
    Familier des textes de Nietzsche -il a découvert Zarathoustra à l'adolescence-, Michel Onfray met en évidence l'intensité des passions que le philosophe a suscitées depuis plus d'un siècle.

  • Comme il l'avait fait précédemment avec Gauguin et Segalen aux Marquises, Michel Onfray a suivi les traces d'Artaud au pays des Tarahumaras. En 1936, « ethnologue halluciné », Artaud cherche au Mexique - et dans le peyotl - un remède à l'inéluctable décadence de l'Occident et de l'Orient civilisés (en même temps qu'à ses propres souffrances). Mais en vérité c'est en poète et non en scientifique qu'il voit le monde et transporte son corps, supplicié par une syphilis congénitale dont son père était frappé lui aussi. On sait assez peu de choses sur les conditions concrètes du voyage d'Artaud, devenu légendaire. Ce qui intéresse Michel Onfray, c'est de comprendre pourquoi cet esprit libre et souffrant s'intéresse au Popol-Vuh à une époque où seul Le Capital et Freud captivent l'intelligentsia. Artaud, en 1936, veut dépasser le marxisme et le surréalisme : « Je suis venu au Mexique chercher une nouvelle idée de l'homme ». Artaud qui rêvait de trouver dans les rites précolombiens un moyen de rédemption, est rentré chez lui les mains vides et le coeur brûlé au spectacle d'une civilisation anéantie par la chrétienté et la modernité.

    Quatre-vingts ans plus tard, Michel Onfray découvre à son tour ce qui reste des Tarahumaras et de leurs rites : un peuple acculturé, détruit par la tuberculose et l'électricité, vidé de sa mémoire, promis à la disparition - comme tant d'autres peuples « premiers » décimés par les conquêtes coloniales et religieuses.
    On retrouve ici la méthode de pensée de Michel Onfray, et sa ligne directrice : marcher sur les pas des grands réfractaires (Nietzsche, Segalen, Gauguin, Artaud - artistes, poètes, écrivains, philosophes), dans les lieux de leurs visions fondamentales et prolonger leur réflexion sur la décadence et la mort des civilisations. L'Occident chrétien, dit-il, a commencé par détruire les autres civilisations avant de s'auto-consumer. Nous pouvons contempler les traces de ses crimes, et nous sommes en train d'assister à sa propre fin.

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  • L'abbé de Rancé a vécu un deuil marquant : celui de sa maîtresse, la duchesse de Montbazon, grande libertine morte à l'âge de quarante-cinq ans. Bien des légendes courent autour de cet épisode, rapportées par Chateaubriand et par les chroniqueurs de la Trappe. Ce qui est certain, c'est que l'abbé a rompu brutalement avec ses pratiques hédonistes, s'est dépouillé de tous ses biens et a refondé l'ordre des Trappistes sur une règle d'une dureté inouïe.
    Michel Onfray, séjournant à l'abbaye de la Trappe, interroge l'étrange relation à la mort et à Dieu qui motive, encore aujourd'hui, le retrait du monde et l'extrême sévérité de la discipline que s'imposent les moines trappistes. Ce texte, d'une vitalité impressionnante, amène également Michel Onfray à évoquer ses propres deuils, celui de son père et celui de sa compagne, comparant les effets de la perte sur sa vie d'athée convaincu et sur celle d'un croyant forcené comme Rancé

  • Michel Onfray s'est enfoncé dans la région de Guyane où vit le peuple amérindien des Wayanas. Cette population, installée sur les rives de cours d'eau, est menacée de destruction par la pénétration des instruments de la modernité occidentale.
    Dans cet immense territoire, la France impose une loi jacobine qui ne correspond à aucune réalité locale. Ainsi, les peuples dits premiers sont, par la faute de l'électricité, d'Internet, de la télévision et du centralisme républicain, devenus des peuples derniers. Ils ont perdu jusqu'à la mémoire de leurs pratiques de pêche et de chasse. Le phénomène des suicides d'enfants qui se multiplient là-bas en est une des terribles conséquences.
    Nager avec les piranhas poursuit brillamment la réflexion que Michel Onfray mène depuis plusieurs années sur la manière dont les civilisations prospèrent sur les décombres de celles qui les ont précédées, avant de mourir à leur tour inéluctablement.

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  • Victor Segalen - écrivain breton, dépressif et opiomane, élevé dans les préceptes d'une religion catholique qu'il ne cessait de rejeter - s'est rendu à Hiva-Oa, une des îles Marquises, pour partir sur les traces de Paul Gauguin. Il y a trouvé un apaisement du corps et de l'esprit.
    Gauguin comme Segalen, au cours de leurs séjours polynésiens, semblent se débarrasser des oripeaux judéo-chrétiens pour accéder à une autre forme d'être au monde, plus vraie, amorale, harmonieuse.
    À travers les récits de ses deux grands prédécesseurs, Michel Onfray retrouve dans le contact avec la nature primitive l'esprit d'un régime libidinal proprement libertaire.
    Ce texte fort mêle de façon convaincante le récit de voyage, concret et sensuel, et la réflexion sur la vie et la mort des civilisations.

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  • L'exposition d'Argentan, présentée et éclairée par Michel Onfray, est un concentré sans ambages de l'oeuvre Femmes du Monde de Titouan Lamazou, Artiste de l'Unesco pour la Paix, montrant les multiples formes de la misogynie dont il a pu croiser les visages au cours de ses voyages et de ses rencontres intuitives.
    Femmes battues, femmes violées, femmes objets, discriminées, prostituées, " pornographiées ", la liste est longue des sévices que fait subir l'humanité à sa "moitié". Dans l'oeuvre de Titouan, ces phénomènes décriés et généraux portent un prénom et possèdent un visage.

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