• Après la fin des utopies, sur quel socle intellectuel et moral pouvons-nous bâtir notre vie commune ? Pour Tzvetan Todorov, il n'y en a qu'un : le versant humaniste des Lumières. Ce petit essai majeur ne se contente pas de dégager dans une synthèse limpide les grandes lignes de ce courant de pensée : il le confronte aux événements tragiques du XIXe et du XXe siècle avant d'interroger sa pertinence face aux défis de notre temps.

  • Comment différencier les sciences humaines des sciences de la nature ? comment les intellectuels peuvent-ils renouer avec ce qu'on appelait jadis les " sciences morales et politiques " ? cette exigence invite à repenser la fonction critique de l'intellectuel : fini le temps des prophètes ou des pourfendeurs de la démocratie ; le rôle de l'intellectuel est d'agir sur la société en essayant de la rendre plus proche de l'idéal dont elle se réclame déjà.
    Ainsi socrate aimait à se décrire comme un taon attaché au flanc de la cité, l'aiguillonnant sans lui laisser de répit : il ne se voyait ni habitanat d'une tour d'ivoire, ni serviteur de l'etat ou de la révolution. tzvetan todorov met en pratique cette " science morale et politique ", en se posant deux questions principales : comment vivre la liberté à l'intérieur d'une société ? comment pratiquer l'égalité entre sociétés différentes ? occasion pour lui de ranimer des débats d'époques très variées, entre socrate et les sophistes, montaigne et montesquieu, spinoza et locke, le vicomte de bonald et benjamin constant, léo strauss et raymond aron.

  • Penseur aux masques multiples, la rochefoucauld appartient à la courte liste d'auteurs anciens qu'on lit encore volontiers aujourd'hui; il reste notre contemporain, comme il l'a été des lecteurs des siècles précédents.
    Nous trouvons dans les maximes une version particulièrement dure de la thèse augustinienne selon laquelle l'homme n'est que misère et néant - une thèse un peu oubliée sous sa forme originelle, mais dont la psychanalyse et la philosophie contemporaines ont souvent repris la substance. les maximes nous présentent une description lucide des ruses auxquelles ont recours nos pulsions inconscientes. mais on y découvre en même temps l'indication d'une voie par laquelle, sortant des pièges de l'amour-propre, on peut accéder à une vie plus authentique.

  • Que nous a apporté le xxe siècle oe Le pire : un régime politique inédit, le totalitarisme, dont les deux variantes, communisme et nazisme, ont provoqué la mort de millions d'êtres humains, la torture, la déportation, l'humiliation de millions d'autres ; pourtant, ses protagonistes aspiraient au bien, non au mal. Heureusement pour nous, la démocratie l'a vaincu ; mais elle-même n'est pas immunisée contre la tentation du bien, qui peut la conduire à cultiver chez soi le « moralement correct », et, à l'étranger, à larguer ses bombes, atomiques ou « humanitaires ».
    Le meilleur : quelques individus au destin dramatique, à la lucidité impitoyable, sillons lumineux dans un siècle de ténèbres, qui ont continué malgré tout de croire que l'homme mérite de rester le but de l'homme ; ils nous aident aujourd'hui à ne pas désespérer. Vassili Grossman et Margarete Buber-Neumann, David Rousset et Primo Levi, Romain Gary et Germaine Tillion nous montrent qu'on peut résister au mal sans se prendre pour une incarnation du bien.
    Ce livre décrit l'un et l'autre.
    Le bon usage de la mémoire est celui qui sert une juste cause, non celui qui se contente de reproduire le passé.
    T. T.

  • En cette fin de siècle, les Européens, et plus particulièrement les Français, semblent obsédés par le culte de la mémoire.
    Nous devons faire en sorte que soit maintenu vivant le souvenir. Mais faut-il sacraliser la mémoire ?
    Il nous faut veiller à ce que rien ne nous détourne du présent ni de l'avenir. Aujourd'hui, racisme, xénophobie et exclusion ne sont pas identiques à ce qu'ils étaient hier. Et que seront les barbaries de demain ?

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  • Etty Hillesum, Germaine Tillion, Boris Pasternak, Alexandre Soljenitsyne, Nelson Mandela, Malcolm X, David Shulman, Edward Snowden, voici des figures qui ont réussi à concilier au plus haut degré exigence morale et action publique. Elles ont fait face à des ennemis qui n'étaient pas de même nature et leurs réponses furent diverses. Toutes, pourtant, risquant leur liberté, parfois leur vie, ont refusé de se soumettre, tant aux adversaires qui les menaçaient qu'à leurs propres démons : elles ont eu le courage de résister en évitant de céder à la haine.
    Par le récit de ces huit destins emblématiques, et non à travers des concepts désincarnés, Tzvetan Todorov nous offre une passionnante source de réflexion sur les enjeux politiques de notre monde, mais aussi sur ceux, plus ordinaires, de nos vies anonymes.
      L'historien met en exergue des combats individuels. Des formes morales d'engagement qui ont fini par jouer un rôle politique dans l'espace public. Libération. 

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  • « La littérature et les autres formes de discours ; la poésie et la fiction ; l'oeuvre individuelle dans son rapport au genre : tels sont les thèmes qu'abordent les essais ici réunis. Un trait me frappe à la relecture : c'est leur caractère, en quelque sorte, intermédiaire. [.] J'essaie d'éviter aussi bien un impressionnisme qui me paraît irresponsable, non parce qu'il est privé de théorie, mais parce qu'il ne veut pas le savoir, qu'un formalisme terroriste, où tout effort de l'auteur s'épuise à découvrir une notation plus précise pour une observation qui l'est souvent très peu. À vouloir gagner sur les deux tableaux, on risque de perdre ici et là : destin peu enviable, auquel je ne saurais pourtant renoncer. » T. T.

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  • Pour Todorov, la littérature est le meilleur moyen de connaître le monde humain et elle peut apprendre à mieux vivre. Selon lui, en France, une conception étriquée de la littérature s'est imposée ces dernières années. Evoquant quelques auteurs-clés, Todorov révèle les sources anciennes de l'image de la littérature, du temps des Lumières, chez les romantiques ou dans les avant-gardes du XXe siècle.

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  • Potocki, Nerval, Gautire, Villiers de l'Isle-Adam : Tzvetan Todorov nous introduit d'abord au plaisir de les relire en nous enseignant à construire les limites d'un genre : dans l'hésitation non résolue du lecteur entre le naturalisme de l'étrange et le surnaturel du merveilleux. Puis il nous conduit au repérage de deux grands groupes de récits fantastiques que commandent respectivement le rapport du personage au monde et son rapport à autrui : ce n'est pas dans un attirail thématique, mais dans un réseau sous-jacent que s'organise le fantastique. Ainsi comprend-on que le fantastique soit du XIXe siècle très précisément.

  • « La réflexion sur le signe s'est exercée dans plusieurs traditions distinctes et même isolées, telles que : philosophie du langage, logique, linguistique, sémantique, herméneutique, rhétorique, esthétique, poétique. L'isolement des disciplines, la variété terminologique nous ont fait ignorer l'unité d'une tradition qui est parmi les plus riches de l'histoire occidentale. Je cherche à révéler la continuité de cette tradition [...]. » « Il ne s'agit évidemment pas d'une histoire complète de la sémiotique [...]. Ce livre s'organise à partir d'une période de crise, qui est la fin du XVIIIe siècle. Il s'opère à cette époque, dans la réflexion sur le symbole, un changement radical [...], entre une conception qui avait dominé l'Occident depuis des siècles, et une autre, [...] à laquelle je donne le nom de «romantique» ».

    Tzvetan Todorov

  • " le capitaine alonso lopez de avila s'était emparé pendant la guerre d'une jeune indienne, une femme belle et gracieuse.
    Elle avait promis à son mari craignant qu'on ne le tuât à la guerre de n'appartenir à aucun autre que lui, et ainsi nulle persuasion ne put l'empêcher de quitter la vie plutôt que de se laisser flétrir par un autre homme ; c'est pourquoi on la livra aux chiens. " diego de landa, relation des choses de yacatan, 32.
    " j'écris ce livre pour essayer de faire en sorte qu'on n'oublie pas ce récit, et mille autres pareils.
    A la question : comment se comporter à l'égard d'autrui ? je ne trouve pas moyen de répondre autrement qu'en racontant une histoire exemplaire, celle de la découverte et de la conquête de l'amérique. en même temps, cette recherche éthique est une réflexion sur les signes, l'interprétation et la communication : car le sémiotique ne peut être pensé hors du rapport à l'autre. ".

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  • On peut regarder l'histoire politique du XXe siècle comme l'histoire du combat de la démocratie contre ses ennemis extérieurs : le fascisme et le communisme. Ce combat s'est achevé avec la chute du mur de Berlin. D'après certains, il se prolonge contre de nouveaux ennemis - islamo-fascisme, terrorisme, dictateurs sanguinaires... Pour Todorov, ces dangers, certes réels, ne sont pas des candidats crédibles à cette succession. Le principal ennemi de la démocratie, c'est devenu elle-même, ou plutôt certains aspects plus ou moins visibles de son développement, qui en menacent jusqu'à l'existence même. Le premier est une forme de démesure, un avatar de la vieille hubris des Grecs : ayant vaincu ses ennemis, certains des tenants de la démocratie libérale sont pris d'ivresse. Quelques dizaines d'années après la décolonisation, les voici lancés dans une succession de croisades où il s'agit d'apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples qui en sont privés. Or cette démesure, non contente d'être plus meurtrière qu'on ne le dit (car les " bombes humanitaires " tuent autant que les autres), est aussi destructrice de nos propres valeurs : on part se battre pour une juste cause, et on se réveille avec le cauchemar d'Abu Ghraïb ou de Guantanamo. Le deuxième est une étrange filiation : pour Todorov, il y a en effet une continuité entre le messianisme européen du XIXe siècle, qui a notamment ouvert la voie idéologique de la colonisation, le communisme et le néo-libéralisme contemporain. Ce sont des doctrines proprement révolutionnaires, dont le but est d'établir un nouvel ordre du monde, et où la fin justifie les moyens. C'est une chose de croire dans l'universalité de ses propres valeurs et de souhaiter les promouvoir ; c'en est une autre de le faire avec une violence moins visible, et sans une considération attentive des peuples objets de notre sollicitude. La troisième menace est la tyrannie des individus : une doctrine de protection des libertés s'est aujourd'hui hypertrophiée jusqu'à donner à quelques puissants le privilège de s'approprier non seulement les richesses, mais aussi le pouvoir politique et la parole publique - bref d'occuper tout l'espace et d'exercer la liberté des renards dans le poulailler... Liberté et barrières, tolérance et responsabilité, balance des contre-pouvoirs - seul un dosage subtil pourra permettre à la démocratie de durer en étant autre chose qu'un paravent ou un faux-semblant : un modèle où les forces contradictoires qui agitent individus et sociétés trouvent une forme d'équilibre perpétuellement instable, et où le " vivre-ensemble " garde un sens.

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  • « La beauté gît dans le geste le plus humble. Quand Steen et Ter Borch, de Hooch et Vermeer, Rembrandt et Hals nous font découvrir la beauté des choses, ils ne se comportent pas en alchimistes capables de transformer en or n'importe quelle boue. Ils ont compris que cette femme qui traverse une cour, cette mère qui pèle une pomme, pouvaient être aussi belles que les déesses de l'Olympe, et ils nous incitent à partager cette conviction. Ils nous apprennent à mieux voir le monde, non à nous bercer de douces illusions; ils n'inventent pas la beauté, ils la découvrent - et nous permettent de la découvrir à notre tour. Menacés aujourd'hui par de nouvelles formes de dégradation de la vie quotidienne, nous sommes, en regardant ces tableaux, tentés d'y retrouver le sens et la beauté de nos gestes les plus élémentaires.

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  • La peinture flamande du XVe siècle est témoin d'une révolution dans les esprits : les peintres de ce temps découvrent que la vie sur terre mérite d'être observée et représentée. Or, montrer le monde tel qu'on le voit, c'est le peindre dans son individualité : celle des objets, des paysages, des animaux et - plus que tout - des êtres humains. Les êtres sont désormais peints pour eux-mêmes et non pour illustrer une leçon pieuse. Nous entrons dans l'ère de l'individu.

    Tzvetan Todorov situe cette révolution dans l'histoire de l'image, il reconstitue le contexte théologique, philosophique et social dans lequel ont été peints ces tableaux. Il analyse l'art des grands pionniers Robert Campin et Jan van Eyck, celui de leurs disciples comme celui de leurs contemporains italiens : pensée et image marchent ici d'un même pas.

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  • Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique, et une véritable " boîte à outils " pour décrypter les enjeux de notre temps.

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  • « La situation de Flaubert dans la modernité littéraire apparaît curieusement ambiguë. [...] Ainsi, l'oeuvre de Flaubert peut apparaître en partie comme une oeuvre morte, qui n'aurait plus rien à nous dire, ni peut-être à nous cacher. Mais, en même temps, nous éprouvons son auteur, irrésistiblement et inépuisablement, comme le premier des écrivains modernes. [...].
    L'oeuvre de Flaubert demeure pour la critique un objet de prédilection, un lieu presque obligé de référence théorique et d'épreuve méthodique : point de repère et pierre de touche [...]. Après d'autres [...], le présent recueil en témoigne par la diversité ? psycho-thématiques, socio-historiques, narrato-stylistiques ? de ses approches, et par leur convergence incalculée ».
    G. G.

    Avec les contributions de Raymonde Debray-Genette, Claude Duchet, Michel Foucault, Claudine Gothot-Mersch, Claude Mouchard, Jacques Neefs, Michel Raimond, Jean-Pierre Richard, Jean Rousset, Jean Starobinski.

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  • Un volume publié en 2010 dans la collection « Bouquins » chez Robert Laffont sous le titre Le Siècle des totalitarismes réunissait 4 ouvrages précédents de Tzvetan Todorov (dont 3 originellement publiés aux éditions du Seuil), portant sur différentes facettes de ce phénomène politique qui aura dominé l'histoire de l'Europe, voire du monde, au XXe siècle.
    Le présent livre contient les études que l'auteur a consacrées au même sujet depuis 1992, mais qui l'abordent par un autre biais : elles évoquent l'expérience vécue de quelques individus (« Itinéraire » : G. Tillion, Pr. Levi, R. Aron, M. Bakhtine, R. Jakobson) ou l'histoire de quelques épisodes et problèmes particulièrement importants (« Histoires » : les avant-gardes artistiques, le sauvetage des juifs, les confidences de Staline, les usages de la justice et de la mémoire).
    Expérience conduite à ciel ouvert dans l'immense laboratoire constitué par plusieurs pays d'Europe et d'Asie, la vie sous le totalitarisme recèle des leçons qui s'adressent aux hommes et femmes d'aujourd'hui.

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  • Le sujet de ce livre est la relation entre « nous » (le groupe culturel et social auquel on appartient) et « les autres » (ceux qui n'en font pas partie) ; le rapport entre la diversité des peuples et l'unité de l'espèce humaine. Cependant, plutôt que d'exposer mes idées sur la question, j'ai voulu interroger les penseurs français qui y avaient déjà réfléchi, de Montaigne à Lévi-Strauss. Ce faisant, j'ai dû renoncer à la réserve de l'historien : tout au long de ce travail, mon but a été d'apprendre, non seulement comment les choses ont été, mais aussi comment elles doivent être. Car il ne s'agit pas d'une question académique : toujours et partout, nous vivons avec les autres.
    /> T. T.

  • « Au XXe siècle, nous avons fait la découverte d'un régime politique extrême, le totalitarisme, et de son extrême à lui, les camps.

    Cette institution macabre se prête à toutes sortes de commentaires, historiques, politiques, psychologiques. Celui que je propose ici, à travers une enquête narrative et personnelle, est différent : il a trait à la morale. Non seulement, contrairement à un préjugé répandu, la vie morale ne s'est pas éteinte aux camps, mais de plus, il se pourrait que nous y trouvions de quoi fonder une morale quotidienne à la mesure de notre temps ».

    T.T.

  • La relation entre le message transmis par une oeuvre et la manière de vivre de son créateur n'est jamais simple, même si on n'est pas toujours conduit à un choix aussi cruel que celui entre « la bourse ou la vie ! ». Le premier des essais de ce volume, « Le cas Rembrandt », décrit d'une part la leçon d'humanité et d'universalité qui se dégage des tableaux et des gravures du peintre ; d'autre part, il rappelle ce que nous savons de ses rapports avec ses femmes et compagnes, enfants et autres proches. Le second, « Art et morale », résume d'abord le conflit séculaire entre les conceptions demandant la soumission de l'art à la morale et celles qui affirment l'autonomie de l'art. Il tente de montrer ensuite que l'amour du monde, et singulièrement du monde humain, est à la base tant de l'art que de la morale.

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  • "Le discours soviétique officiel décrit progressivement la réalité du pays en termes qui ne correspondent pas à l'expérience commune, comme si les mots pouvaient créer les choses. L'importance de cette doctrine dépasse de loin le domaine esthétique, elle représente à l'état pur l'un des traits dominants de la société soviétique sous Staline car elle consacre le règne universel du mensonge". A la fois connaisseur de l'Union soviétique et grand penseur des oeuvres d'art, Tzvetan Todorov a souhaité éclairer les rapports idéologiques entre ceux qu'il nomme les "artistes créateurs" et le pouvoir politique à partir de la révolution d'Octobre.
    Comment les artistes ont-ils annoncé la révolution ? Comment ont-ils ensuite obéi ou échappé au réalisme socialiste désireux d'annihiler toute création ? Todorov explore le destin d'artistes phares, Maïakovski, Pasternak, Boulgakov ou Mandelstam, et s'attarde sur le parcours singulier du peintre Kasimir Malevitch, dont la pluralité des voies artistiques fait écho à l'intensité de son engagement. Le Triomphe de l'artiste, c'est finalement le pouvoir de l'art sur celui qui veut sa mort.

  • La peinture ne naît jamais dans un monde isolé, elle entre en résonance avec les mouvements sociaux et intellectuels de son époque, et participe elle-même de la pensée. Il s'agit là d'un échange à double sens : les artistes sont imprégnés de l'esprit de leur temps, que pourtant ils transforment et enrichissent. Au XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières bouleversera l'ordre de la société ; notre modernité en est issue.

    La peinture des Lumières place l'être humain comme objet central de la représentation. Elle renonce à figurer les surhommes (dieux, personnages mythologiques, héros légendaires), pour se tourner vers des personnes ordinaires, engagées dans leurs activités quotidiennes. Elle met en scène leur variété, montrant hommes et femmes, enfants et vieillards, riches et pauvres, de toutes professions, y compris ceux qui se trouvent en marge de la société, fous, criminels et prostituées. Elle exprime les facettes multiples de la nature humaine : l'amour sous toutes ses formes, mais aussi la violence, les réjouissances et les désespoirs, les activités religieuses et politiques. Parallèlement, les règles de la représentation se transforment. En rupture avec les écoles du passé, cette peinture abandonne les sens symboliques traditionnellement attachés aux objets et aux actions, et les montre pour ce qu'ils sont. La peinture des Lumières propose une interprétation du monde, favorisant l'invention, la fantaisie, le « caprice ».

    Cet ouvrage, illustré par une centaine de tableaux, dessins et gravures en couleurs, analyse la peinture des Lumières dans deux séries de chapitres. Les uns sont consacrés à la figure de quatre grands peintres européens : Antoine Watteau, Alessandro Magnasco, William Hogarth, Francisco Goya. Les autres chapitres examinent quelques sujets révélateurs : les personnages situés aux marges de la vie sociale (enfants, gueux, étrangers), les activités illustrant les marges de l'esprit (fantasmes, érotisme, travestissements), ou encore certains sous-genres picturaux, comme les portraits, les paysages, ou les natures mortes.

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