Alma Editeur

  • Si l'Afrique ancienne n'a pas d'écritures, elle a bien sûr une histoire depuis longtemps sous-estimée lorsqu'elle n'est pas simplement niée. À partir des traces laissées par des civilisations brillantes et les traditions orales, François-Xavier Fauvelle-Aymar reconstitue de manière captivante la richesse de ce continent retrouvé. En trente-quatre courts essais, Le Rhinocéros d'or offre un panorama de l'Afrique subsaharienne du VIII ?au XV ? siècles.

    Sur commande
  • « Nous sommes les descendants de ces hommes et femmes qui ont survécu à tous les aléas, depuis des millénaires, grâce à leurs fromages, leurs poissons saumurés et leurs saloirs remplis de viandes et de chou fermenté. Nous sommes humains parce que nous cuisons nos aliments, certes, mais aussi, et surtout, parce que, depuis encore plus longtemps, nous les faisons fermenter.
    L'aliment fermenté n'est pas un aliment comme les autres : la fermentation apporte à l'alimentation une sorte de verticalité qui nous conduit dans un autre domaine : la nourriture ne sert plus seulement à sustenter le corps, mais elle acquiert un sens, elle entre dans la dimension des relations humaines, de la mémoire individuelle et collective, de l'histoire, de l'identité des groupes sociaux, voire du sacré. Entre le cru et le cuit, le fermenté a accompagné les humains depuis le début de leur existence, et il est probable qu'il ne s'éteindra pas tant que l'humanité habitera cette terre. »

    Sur commande
  • Elle choisit très tôt de se consacrer à Dieu et à l'enseignement des pauvres - particulièrement des femmes. Quittant la Côte-d'Or, non sans mésaventures, elle fonde en 1807 la première et la plus importante congrégation missionnaire féminine du xixe siècle : les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, toujours actives aujourd'hui.
    Un séjour en Afrique marque profondément la « sainte entreprise » à laquelle Anne-Marie consacre sa vie voyageuse et ses combats. Mais c'est en Guyane, au cours des années 1830, que le projet se concrétise, inspiré par les missions jésuites du Paraguay. Malgré le mépris et l'hostilité de la structure esclavagiste - qui multiplie embûches et vexations -, elle fonde le village de Mana, véritable monde à l'envers. Ici, le pouvoir ne revient à aucun homme blanc et propriétaire. Les cheffes y sont aussi pauvres que ceux qu'elles dirigent.
    Soutenue par une documentation largement inédite, voici l'histoire d'une femme d'exception dans un monde d'hommes. Anne-Marie Javouhey paya durement le prix de sa détermination. Sous ses apparences conformes au monde révolu de son enfance, son engagement dépassait alors les bornes de l'acceptable, sinon de l'imaginable.

  • " Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable ", disait Paul Valéry. Alors que les impôts font partie du quotidien des Français, la complexité du système fiscal et budgétaire empêche les citoyens comme les parlementaires de se prononcer utilement sur ces questions. L'impression de se perdre dans un labyrinthe confisque le consentement à l'impôt. La fabrique de l'impôt et de la dépense publique appartient pourtant aux citoyennes et citoyens.
    C'est à eux qu'il revient d'y consentir, d'en contrôler l'usage et de demander aux responsables publics de rendre compte de leur action. Devenu à 34 ans le nouveau rapporteur général du budget - le plus jeune à ce poste - Laurent Saint-Martin porte un regard neuf sur le travail parlementaire. Il entend permettre à chacun de comprendre l'élaboration du budget et se réapproprier le fonctionnement des finances publiques.
    Car l'impôt n'a de sens et d'efficacité que si le citoyen en comprend et en contrôle la " fabrique ". C'est le seul moyen pour que le consentement à l'impôt, essentiel à la vie civique, ne soit pas une simple formule de style.

  • La folie Fischer

    Christian Carisey

    Champion du monde d'échecs en 1972 contre Boris Spassky, Bobby Fischer est le premier Américain à avoir remis en cause la suprématie des joueurs soviétiques. Pourtant, des années plus tard, le héros national devient un véritable pestiféré au point de se réjouir publiquement des attaques du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center.
    La folie Fischer retrace le parcours d'un joueur en ces temps de Guerre froide où les échecs sont considérés comme un « sport » éminemment politique. De Che Guevara en 1964 à La Havane jusqu'à Slobodan Miloševic, en 1992, alors que la guerre de Serbie fait rage, c'est à qui réclamera la présence de Bobby Fischer.
    Quitte, pour celui-ci, à se placer en porte à faux contre les États-Unis.
    La folie Fischer est aussi le récit d'une descente aux enfers. Persuadé qu'on le bombarde d'ondes magnétiques, le champion déchu fuit d'imaginaires complots du FBI, du KGB ou du Mossad. Il rejoint l'Église Universelle de Dieu en plein délire postapocalyptique. Proscrit, malade, il poursuit une partie sans fin. Mais qui est l'adversaire ? Et quelles sont les règles du jeu ?

  • Quand, au XVe siècle, les Portugais franchirent le cap de Bonne-Espérance pour aborder le sous-continent indien ils ne disposaient guère de témoignages directs sur ces immenses contrées connues depuis l'Antiquité mais essentiellement légendaires. Très vite les Anglais, les Hollandais, les Français les Italiens et les Allemands leur emboîtèrent le pas. Marchands, diplomates, missionnaires, militaires et savants : ils furent nombreux à tenter l'aventure. Dans cette étonnante suite de portraits, Sanjay Subrahmanyam montre que leurs points de vue sur l'Inde - ou les Indes - dépendent largement de leur nationalité et de leur profession, sans compter les traits de caractère personnels. Du XVIe siècle jusqu'à la veille du XIXe siècle et de la colonisation britannique c'est tout un savoir sur l'Inde qui se constitua mais aussi une certaine manière de penser... l'Europe et le christianisme !

    Enquêtant aussi bien dans les registres des diverses Compagnies des Indes, que dans les archives des jésuites, les mémoires, les correspondances diplomatiques ou les communications des sociétés savantes, le grand historien indien étudie comment le regard européen (histoire, géographie, politique, religion) fut orienté par les collections de manuscrits, de peintures et d'objets qui passèrent de l'Orient à l'Occident. Il montre une nouvelle fois combien il est difficile de parler d'une « rencontre » des cultures : l'objet « Inde » construit par les Européens a nourri leur réflexion sur le langage, la religion et le commerce plus qu'il ne leur en a appris sur l'Inde elle-même. La connaissance que l'on a de l'autre doit toujours être comprise en tenant compte du contexte et des circonstances de la rencontre.

  • De l'Écosse jusqu'à la Mésopotamie, de l'embouchure du Rhin jusqu'aux contreforts de l'Atlas, Rome a dominé durant près de cinq siècles un immense territoire. Le démembrement rapide de sa partie occidentale a d'autant plus frappé les esprits que l'empire a remporté jusqu'au bout des succès décisifs, notamment contre Attila en 451.

    Pour faire comprendre ce paradoxe, Peter Heather rouvre le dossier en déplaçant le point de vue. Brassant une superbe documentation avec un art consommé du récit, il s'intéresse autant à la vie culturelle, économique et politique de l'Empire qu'à celle des « barbares ». Ceux-ci, en effet, ne viennent pas de nulle part. Qu'il s'agisse des peuples germaniques ou, plus encore, des Huns, Peter Heather fait revivre de l'intérieur la logique des adversaires de Rome. Une logique qui, tout autant que celle des héritiers d'Auguste, façonnera le Moyen Âge européen. On découvre ici l'histoire de la fin de l'empire d'Occident autant que celle des débuts de l'Europe.

    On appréciera notamment les pages puissantes sur la constitution de l'autre empire rival : celui des Huns. L'auteur raconte la géopolitique d'Attila, la déstabilisation des empires d'Orient et d'Occident puis la victoire finale (mais trop tardive) d'Aetius, le dernier grand consul et stratège romain. On découvrira aussi de nombreux personnages que Heather fait revivre à partir d'archives peu connues: diplomates de Rome et de Byzance toujours sur les routes, généraux, chefs barbares, impératrices ambitieuses, poètes, philosophes, théologiens...

    Publiée en 2005, considérée comme un classique, cette « histoire nouvelle » est enfin traduite en français.

  • « Est sublime ce en comparaison de quoi tout le reste est petit ». Ainsi parla Emmanuel Kant, nous rappelle Daniel Salvatore Schiffer. Comprenons : depuis Socrate on estimait que le Beau pouvait se définir clairement, de façon précise et bien réglée. Il existait un Beau idéal, harmonieux, proportionnel, codifié. Voici qu'Emmanuel Kant (qui n'était pas un fantaisiste) nous dit autre chose. Il parle du « sublime », de ce qui est placé « très haut ». Le sublime, c'est une force qui va, sans mesure. Le sublime, ce n'est pas forcément beau ; le sublime, c'est grand.

    Touché de plein fouet par l'album Blackstar (2016) de David Bowie, le philosophe Schiffer retrouve chez le rocker « glamourous » le traitement superbe et désinvolte de la mort qui hante sa propre réflexion. On parlait jadis d'une « belle mort », acceptée, cadrée, respectant les règles. De Socrate jusqu'à David Bowie, Schiffer invite le lecteur à méditer autrement sur l'art de mourir. À la manière des dandys.

    Dandy suprême, Bowie fait de sa vie une oeuvre d'art, et, de sa personne, une oeuvre d'art vivante. Et sa mort fut une autre oeuvre d'art. Sublime, forcément sublime, eût dit Marguerite Duras. L'« informe » ou le « difforme » - le « laid » - peuvent acquérir en art, lorsqu'ils se voient « sublimés » par le génie de l'artiste, une valeur de transcendance.

    Unissant l'art et l'esthétique, le Traité de la mort sublime se situe aux confins de la philosophie, de la littérature (roman et poésie) et de l'art (esthétique). Généreux, foisonnant, Daniel Salvatore Schiffer célèbre - de manière paradoxale et réjouissante - un dandysme métaphysique. Son manifeste, nourri d'exemples, est aussi une anthologie, riche en découvertes. Outre les maîtres de la philosophie et de la littérature - de Platon à Levinas, de Baudelaire à Cocteau - on appréciera sa joyeuse incursion dans le domaine de l'art, y compris moderne et contemporain, à travers, notamment, Andy Warhol, Luchino Visconti, Leonard Cohen, Serge Gainsbourg, Bashung, Barbara...

  • Se fondant sur des archives exceptionnelles - notamment celles de l'INA et du procès de 1945 - Yves Pourcher analyse la trajectoire d'un petit journaliste agité prêt à tout pour se hisser en haut de l'affiche. Localier magouilleur dans les journaux de Nancy, il devient polémiste politique à Paris. Jean Hérold découvre la radio et ses effets dévastateurs. Sa voie est tracée. Il sera le relais et l'amplificateur de tout ce qui râle et dénonce. D'abord soutien de l'Action française puis animateur du service français de Radio Saragosse, au micro des Franquistes.

    Après la défaite, Hérold-Paquis entre au service de Vichy où son zèle et son agressivité finissent par déranger. Le Maréchal est trop mou ? Hérold-Paquis rejoint les nazis, nouveaux maîtres de Radio-Paris. Après le débarquement, il fuit en Allemagne où il continue son métier de speaker enragé. Arrêté, il est jugé, condamné à mort et fusillé le 11 octobre 1945. À 33 ans.

    Cette histoire est aussi celle des années conquérantes de la radio, l'influenceur le plus puissant de la période 1930-1940. Yves Pourcher en restitue de manière très vivante la profusion, l'inventivité aussi bien que les ambiguïtés. De quoi faire réfléchir, à l'heure tout aussi vertigineuse des réseaux sociaux et des infox...

  • A-t-on le droit de sacrifier une vie pour en sauver plusieurs autres ? Jusqu'où doit-on se montrer solidaire envers quelqu'un qui ne nous est rien ? Comment rendre justice quand il y a mort d'homme, mais ni responsables, ni coupables assignables ? Est-il juste de mourir pour ses idées ? Des questions de justice sociale jusqu'aux nouveaux enjeux de la bioéthique ou du droit international, le débat moral s'invite sur tous les terrains.
    Mais la théorie de la justice ne peut pas tout : un scrupule, un souvenir, un doute peuvent submerger ou brouiller la réflexion. Parce qu'elle prend en charge cette part des émotions et de l'imagination, la littérature offre de brillantes et nouvelles ressources pour nous aider à répondre à la question récurrente : qu'est-il juste de faire? Forte de son expérience auprès d'étudiants et de futurs décideurs, Frédérique Leichter-Flack nous propose de réfléchir, avec Kafka ou Gogol, Camus ou Melville, Dostoïevski ou Hugo, aux questions primordiales d'aujourd'hui.
    La littérature est le laboratoire des cas de conscience.

  • Pour les chroniqueurs et théologiens arabes du Moyen Âge, l'expansion de l'islam des premières batailles du VIIe siècle jusqu'à l'islamisation et l'arabisation de ce vaste et prospère empire au VIIIe siècle est l'une des preuves de l'élection divine et de la perfection de la révélation faite à Mahomet, qui fut aussi un chef guerrier. En s'inscrivant « dans la voie de Dieu » (c'est le sens du mot jihad), les conquêtes arabes s'affirmaient comme un indépassable alliage politico-religieux. Pour les chrétiens d'Orient et d'Occident ce succès apparemment irrésistible passa pour un avertissement et un châtiment divin.

    Archéologue et parfait connaisseur des sources écrites, Robert G. Hoyland propose, sans esprit polémique, une approche historienne de ces deux siècles qui virent les empires perse et byzantins balayés par un bouleversement géopolitique toujours à vif en ce XXIe siècle. Dans la voie de Dieu présente ainsi les conquêtes arabes de Mahomet et de ses successeurs au regard des contemporains des événements (VIIe-VIIIe siècle) en dehors de la lecture providentielle privilégiée par les historiens musulmans du Moyen Âge et souvent reprise par de nombreux historiens modernes. Il invite à voir l'expansion arabe, non pas comme un mouvement religieux (ou essentiellement religieux) mais comme un phénomène social, économique et national. Ses pages finales sur les mécanismes et de l'arabisation de l'islamisation de peuples et de cultures très divers apportent un précieux éclairage aux crises que traversent aujourd'hui le Proche et le Moyen Orient.

  • Dans l'Inde du XVIe siècle des cours rivales s'affrontent. La tension culmine entre états musulmans et hindous. Au terme un jeu très élaboré d' « insultes » diplomatiques entre cours la guerre éclate et culmine avec une bataille décisive en janvier 1565. Tout cela nous est raconté au filtre de chroniqueurs, d'observateurs ou de poètes de toutes langues, du persan jusqu'au portugais. À chacun ses codes, à chacun ses symboles. Et l'on découvre à quel point chacun peine à traduire dans son système de valeurs celui de l'autre.
    À l'heure où l'Europe et l'Asie tissent des contacts toujours plus étroits, la rivalité commerciale et politique s'envenime également du fait des incompréhensions religieuses. Celles-ci ont aussi, très souvent, des enjeux de protocoles, d'apparences et de préséances. En témoigne le spectaculaire martyre d'un officier portugais en Malaisie occidentale en 1583.
    Dernier exemple de ces histoires connectées d'Eurasie : les influences réciproques entre peintres de la cour moghole et peintres du Siècle d'Or hollandais. Au gré de la diplomatie et du commerce, artistes, livres et images circulent au XVIIe siècle à travers un vaste territoire allant des Pays-Bas, de la péninsule ibérique et de l'Italie jusqu'à Delhi, Agra et le Deccan.
    Sanjay Subrahmanyam ouvre ici un large champ de réflexion sur l'Islam, la Contre-réforme, le catholicisme, le protestantisme et le monde « hindou ». Certains débats sur des sujets cruciaux de notre monde contemporain, comme la laïcité ou le cosmopolitisme, trouvent un éclairage subtil dans l'étude de ces conflits et interactions au début des temps modernes.

  • Légende de l'armée américaine, le général McChrystal a repensé la stratégie militaire des États-Unis contre Al-Qaïda. Sa réputation de " grande gueule " a fait oublier la qualité de sa réflexion. La voici, portée par un plaidoyer percutant pour une nouvelle organisation des équipes et de l'action. Bien au-delà de l'armée.
    " Il est important de préciser dès le départ ce que ce livre est, et ce qu'il n'est pas.
    Ce n'est pas un récit de guerre, bien que l'expérience de notre combat contre Al-Qaïda en soit la trame de fond. Au-delà des soldats, c'est aussi l'histoire d'hommes célèbres et d'autres moins, de papillons, de jardiniers et de champions d'échecs. Le lecteur croisera des crapauds gluants, des bêtes mythiques, des machines infernales et des écosystèmes particulièrement fragiles. Nous espérons aider le lecteur, à saisir les particularités de notre monde actuel et la manière de les appréhender au mieux. Nous défendons l'idée suivante : il faut reconsidérer la recherche de l'efficacité qui est actuellement la norme. L'efficacité reste importante, mais la capacité d'adaptation aux changements permanents et complexes est devenue un impératif. En nous appuyant sur notre expérience opérationnelle, associée à un tout un éventail d'exemples tirés du monde des affaires, des hôpitaux, des organisations non gouvernementales, mais aussi de sources plus improbables, nous présentons les symptômes du problème, ses causes profondes, et les méthodes que qui se sont avérées efficaces pour nous et pour d'autres personnes. Les lecteurs saisiront et mesureront le défi auquel ils font face et seront capables de cerner ce qui est pertinent pour eux. "
    Stanley McChrystal
    Fondé sur de nombreux exemples vivants, tirés de l'histoire, de l'économie mais aussi de sa propre expérience sur le terrain, Stanley McChrystal expose sa progressive mise au point d'une stratégie de commandement et d'organisation. L'action militaire - mais aussi celle de la politique, des affaires, des administrations, des hôpitaux... - doit se concevoir comme celle d'une " équipe d'équipes " (" team of teams ") et non pas comme une hiérarchie verticale, bridant l'initiative individuelle. Cet esprit d'équipe implique aussi une nouvelle façon de commander et de gouverner. Le chef doit cesser de s'imaginer en joueur d'échecs. Son modèle serait plutôt le jardinier.

  • En 1798, le Directoire envoie en Égypte une armée d'Orient, placée sous le commandement de l'encombrant général Bonaparte. Il s'agit de fermer aux Anglais la route des Indes.
    L'opération militaire se veut aussi scientifique. Alternant brutalité, cynisme et politique des Lumières, Napoléon quitte l'Orient à temps pour éviter l'échec. Il laisse derrière lui ceux qui l'assistèrent dans le projet d'une Égypte nouvelle : fonctionnaires, soldats, commerçants... Plusieurs centaines d'entre eux le rejoindront en 1801 avec femmes et enfants. On les installe à Marseille. Ils y intègrent une petite communauté arabophone venue de Syrie ou d'Afrique du Nord.
    Mamelouks, marchands, intellectuels, domestiques- les réfugiés d'Égypte sont de toutes nationalités et confessions, souvent issus des minorités de l'Empire Ottoman mais tous familiers de l'islam politique même s'ils ne sont pas musulmans. Non sans drames et violences se constitue une « France arabe » - c'est-à-dire marquée par la culture arabe - dont l'élite intellectuelle se mêle à celle de l'Empire et de la Restauration, jusqu'à ce que la conquête de l'Algérie redistribue les cartes.
    Fondé sur un remarquable travail riche de documents inédits, Ian Coller fait revivre ce choc des cultures, où les incompréhensions et la fascination s'entremêlent. Entre Marseille et Paris voici l'étonnante aventure de personnages hauts en couleurs qui, par-delà l'orientalisme, font vivre à la France une première expérience de la diversité.

    Sur commande
  • Qu'il raconte la pérégrination en compagnie de l'ambassadeur Zhang Qian envoyé dans « les territoires de l'ouest » en 139 avant notre ère ; la réunion à Porto Alegre du premier Forum social mondial en 2001 ; les amours de la princesse Pocahontas et de John Smith au début du XVIIe siècle ; l'analyse en 1937 de la crise de l'économie mondiale par un universitaire nazi ; l'expédition du marin Vitus Béring, au service de Pierre le Grand, vers le détroit qui portera son nom..., Vincent Capdepuy installe une méthode passionnante.

    Ceci n'est pas « une histoire, mais un ouvroir d'histoires. » Ainsi Vincent Capdepuy présente-t-il son travail inspiré par Le château des destins croisés d'Italo Calvino et d'Au pas de l'oie d'Antonio Tabucchi. « Imaginez un damier de cinquante cases. Chaque case est une fenêtre sur le labyrinthe de la mise en Monde de l'humanité. Chaque case est une histoire à la croisée d'autres histoires. » Ce livre est donc constitué de 50 chapitres à la fin de chacun desquels le lecteur est appelé à choisir le chapitre suivant - à partir des propositions faites par l'auteur. Au gré de sa lecture, de sa réflexion et de ses envies.

    Bienvenue dans l'archipel planétaire.

  • L'historien, Hervé Guillemain s'est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Écrire l'histoire du point de vue des cliniciens n'aurait apporté rien de neuf. La schizophrénie, cette maladie du siècle, a déjà une histoire. C'est bien celle des schizophrènes et de leur prise en charge médicale, politique et sociale qu'il convenait d'écrire avant que cette appellation, considérée par de nombreux médecins comme fragile, inopérante et stigmatisante, disparaisse des classifications mondiales.

    Il en ressort que l'un des premiers buts de cette « nouvelle maladie », née sur les beaux restes de la mélancolie, fut de prévenir l'essor des psychoses juvéniles. Plus généralement, ce sont aussi bien des domestiques en difficulté, des migrants confrontés à la crise que des jeunes adultes aspirant à l'émancipation qui formèrent, sous l'égide de la science et de la pratique médicale, un nouveau sous-ensemble de population reconnaissable à ses postures, ses gestes, la résistance aux thérapies et son inadaptation au nouveau modèle sélectionniste scolaire, militaire ou professionnel.

    Il en ressort aussi que des années 1900 aux années 1970 ces sujets considérés comme incurables ont été soumis à une double peine : la représentation socialement négative accolée à leur souffrance s'est doublée d'une intensification de leur traitement et d'une dégradation alarmante de leurs conditions de vie.

    Pourquoi et comment une nouvelle maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle, meurt-elle ? C'est à cette question qu'Hervé Guillemain répond en écoutant la voix de ceux qui furent à la fois les sujets et l'objet d'un épisode phénoménal.

  • « Loué sois-Tu, mon Seigneur, par toutes Tes créatures, spécialement messire le frère Soleil, lequel est jour et Tu nous illumines par lui... » Devenu presque aveugle, retiré dans l'un de ses ermitages, François d'Assise (1181/1182-1226) compose son Cantique de frère Soleil vers la fin de sa vie. Il le chante haut et fort au pire de ses maladies et jusqu'à sa mort. Évoquant le soleil, la lune et toutes choses créées, François bouleverse la poésie tout comme son idéal de vie a bouleversé le christianisme.
    Ce chant qui compte parmi les textes fondateurs de la littérature italienne a une histoire passionnante et méconnue. En suivant sa genèse et les circonstances de sa composition, Jacques Dalarun fait revivre l'aventure spirituelle d'un homme formé dans la culture courtoise et chevaleresque des élites du XIIIe siècle qui décida brusquement de « suivre nu le Christ nu ». On redécouvre ici le « petit pauvre » et sa fraîcheur révolutionnaire mais aussi tous les paradoxes, étonnamment contemporains, d'un renversement des valeurs par la seule force de la faiblesse et de la joie.

    Sur commande
  • "Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers".
    Aux XIIe et XIIIe siècles, Abélard, Héloïse, Dominique de Guzman, François et Claire d'Assise, d'autres encore, inventent une forme de gouvernement renversante.
    Selon eux, le chef d'une communauté doit se faire le dernier des serviteurs de ceux qu'il guide. Un devoir d'humilité strictement codifié. Voici, en direct, des scènes frappantes où les ardents réformateurs du Moyen Age abaissent les puissants pour exalter les humbles, tout en se dépouillant eux-mêmes des emblèmes du pouvoir.
    Dans le sillage de Michel Foucault et Giorgio Agamben, Jacques Dalarun fait revivre une tradition contestataire judéo-chrétienne différente du modèle gréco-romain, une «puissance de la faiblesse» toujours active dans les démocraties du XXIe siècle.

  • On sait les polémiques suscitées par la traite négrière et par la responsabilité des Européens et des Euro-américains dans l'esclavage et le commerce des esclaves. Randy J. Sparks élargit ce débat en revenant sur le terrain de façon dérangeante : au lieu de choisir les grands ports occidentaux du commerce triangulaire comme Liverpool, Nantes ou Middleburg, son attention s'est portée sur l'Afrique quand la traite atteint son zénith.
    Voici l'histoire du port d'Annamaboe, plaque tournante de la Côte-de-l'Or. Sans jamais perdre de vue la place de la traite dans l'économie-monde des échanges transatlantiques l'auteur fait revivre, avec d'étonnantes archives, ce que vécurent concrètement les hommes et les femmes de ce port où s'entrecroisent Anglais, Français, Danois...
    Tous contraints de négocier avec les grandes familles africaines qui jouent à merveille des uns et des autres. L'action se déroule aussi à Londres, à Paris et aux Amériques.

    Randy J. Sparks est également un conteur. On en jugera par les portraits croisés du fante « Corrantee », chef commercial et politique de la ville, et de Brew, son interlocuteur anglais, principal négociant de la place, toujours furieux de devoir transiger voire s'incliner « là où les Nègres sont maîtres ». On suivra également avec émotion le destin ou les fragments de destins que fait renaître une remarquable documentation. Annamaboe est au coeur d'une première mondialisation. C'est aussi le lieu d'une réalité violente qui nous parle aussi bien de la Côte-de-l'Or que de l'Europe. Comme l'ont remarqué les critiques américains, cette plongée novatrice dans la réalité d'un port esclavagiste africain, est paradoxalement « une nouvelle manière de décrire la naissance de l'Amérique ».

    Sur commande
  • Andreï Gratchev, dernier porte-parole du président de l'URSS Mikhaïl Gorbatchev est un témoin de première main. Acteur et observateur du drame vécu par son pays au XXe siècle, il sait pourquoi et comment la Russie jusqu'à présent n'a jamais réussi à se réconcilier avec le monde.
    Dans ce journal de bord, il raconte à la fois sa vie, l'histoire de son pays, de la Seconde guerre mondiale à ce jour, et réfléchit sur le nouveau monde surgi après l'éclatement de l'URSS et la fin du régime communiste.

  • Né à New Delhi en 1961 dans une famille de hauts fonctionnaires et d'intellectuels - son père fut un spécialiste influent des affaires de stratégie et de défense - Sanjay Subrahmanyam y a reçu sa formation universitaire, enseignant tout d'abord l'économie avant de se faire connaître par ses travaux sur l'histoire de l'Inde aux XVIe-XVIIIe siècles. C'est donc à partir de l'Inde qu'il a développé, en Europe et aux États-Unis, cette « histoire globale de la première modernité » - titre de sa chaire au Collège de France - dont il reste le plus brillant représentant.
    Dans Leçons indiennes, Sanjay Subrahmanyam réunit une vingtaine d'articles (1995-2012) destinés à un lectorat plus large que celui des seuls spécialistes. Publiés dans des magazines, des hebdomadaires ou des quotidiens en Inde mais aussi en Europe et aux États-Unis, ils montrent l'historien au travail mais aussi l'observateur engagé de la vie politique et culturelle, toujours soucieux de « décentrer » son regard. Non pas pour offrir une approche universelle mais une perception multipolaire.
    Le lecteur voyage entre le passé et le présent, de Vasco de Gama jusqu'aux attentats du 11 septembre 2011. L'historien revisite aussi bien les Thugs (adorateurs de Kali qui étranglaient leurs victimes avec un foulard) qu'Indiana Jones ; s'interroge sur la France des terroirs autant que sur Salman Rushdie ou V. S. Naipaul. Contestant la dérive actuelle de la notion de « civilisation », il met en cause avec brio les représentations nationalistes ou intégristes - « le sentiment anti-science, anti moderne, et anti-technique » - à l'oeuvre en Inde et dans le reste du monde.

  • Les chiffres record de l'abstention et le mouvement des gilets jaunes témoignent d'un fossé toujours plus profond entre l'élite et le peuple, les gouvernants et les gouvernés. Qu'elle soit ou non légitime, cette crise de confiance peut ruiner la démocratie. Comment rétablir le lien entre les électeurs et les élus étant entendu que la démocratie directe, sans délégation de pouvoir, serait vouée à un échec dramatique.
    Avocat, familier des procès d'Assises, Paul Le Fèvre s'inspire de son expérience des jurys populaires. Instauré en 1791, le jury est choisi par tirage au sort suivant des procédures très strictes. Il a rempli très honorablement son office depuis plus de deux siècles : pacifier les rapports sociaux ou, au moins, canaliser leurs débordements. Ses décisions peuvent être imparfaites mais aucune décision judiciaire ne l'est, y compris celles rendues exclusivement par des magistrats.
    Pourquoi ne pas étendre le tirage au sort à la vie politique ?
    Selon Paul Le Fèvre, l'expérience des jurys populaires réfute les objections selon lesquelles les « gens » ne sauraient appréhender un domaine complexe qu'ils ne maîtrisent pas. Le fonctionnement des jurys montre aussi qu'il n'y nulle propension de ces mêmes « gens » à céder aux excès ou aux illusions de l'émotion populaire.
    L'introduction du tirage au sort comme mode de désignation des représentants du peuple aux côtés (et non à la place) du mode classique de l'élection contribuera à réconcilier deux mondes qui se servent depuis trop longtemps de boucs émissaires réciproques. Elus et gens ordinaires seront désormais tous à bord du même bateau et responsables ensemble de son cap.

  • Chacun voit le scandale à sa porte. La notion est si plastique. Et si vendeuse. C'est que le mot « scandaleuse » est un stimulant aussi puissant que la racine de gingembre. Devenu un substantif fourre-tout, il désigne cette catégorie de personnes qui n'appartiennent à aucune. On l'a lu accolé, entre autres, aux noms de Zahia, de Christine Angot ou de mère Térésa. Or la vraie scandaleuse, selon Eli Flory, n'est ni une militante, ni une provocatrice, ni une manipulatrice. Le scandale lui tombe dessus parce qu'elle est simplement elle-même.
    Elles s'appellent Catherine de Médicis, Brigitte Bardot, Marie Curie, Jeanne d'Arc, Agnès Sorel, Mata Hari, Violette Nozière, Gabrielle Russier, Mae West, Emilienne d'Alençon, Coco Chanel, la reine Christine de Suède, Madame Claude, Zelda Fitzgerald... Elles traversent les siècles, les milieux, les métiers. Elles furent reines, courtisanes, espionnes, savantes, criminelles, saintes, pop stars. En commun elles ont de s'être lancées dans la vie contre la doxa d'une époque ou d'un pays, sans autre filet que cet activisme du moi que chacune a usé à sa façon. Pour autant pas question d'entrer dans ce livre comme dans un mausolée au fronton duquel on lirait « Aux grandes dames l'Humanité reconnaissante ». Ces femmes ne sont pas nées pour lire leur nom gravé dans le marbre. Et si elles se répondent ici, dans ce livre où elles se rencontrent pour la première fois, c'est par échos, discutant à travers les siècles de ce que c'est d'être libre et d'être soi.

    Sur commande
empty