Syllepse

  • Cette histoire de la boxe noire et des plus grands boxeurs noirs des 19e et 20e siècles s'ouvre sur les combats des esclaves contraints de s'affronter sous les yeux de leurs maîtres respectifs. Cette scène est le point de départ d'une généalogie dont l'engagement et la carrière de Muhammad Ali constitueront, quelque 150 ans plus tard, l'aboutissement.
    De la période esclavagiste au mouvement des droits civiques des années 1960, en passant par l'entre-deuxguerres, la figure du boxeur noir n'a cessé de cristalliser les espoirs de la population africaine-américaine.
    Que ce soit Tom Molineaux, ancien esclave qui connut la célébrité lorsque ses victoires portèrent atteinte au prestige racial blanc, Peter Jackson, victime, comme tant d'autres boxeurs noirs, de la barrière de couleur qui le priva de la consécration suprême sur le ring, ou encore Jack Johnson, premier champion du monde noir poids lourds en 1908, dont le fameux combat de 1910 donna lieu à des campagnes de lynchages qui firent une dizaine de morts.
    C'est cette douloureuse histoire que nous raconte l'auteur et où l'on croise bien d'autres boxeurs comme Battling Siki, Joe Louis ou encore Sonny Liston.
    À travers ces portraits, c'est aussi une histoire du peuple africain-américain et des États-Unis que nous propose ce livre.
    La figure du boxeur noir, à laquelle s'identifie largement une partie de la communauté afro-américaine, cristallise la haine, car elle défie le suprématisme blanc dans la certitude de sa supériorité raciale et la question obsédante de sa virilité. La victoire d'un boxeur noir est perçue comme un assaut contre la citadelle blanche.
    Cette Histoire politique du ring noir constitue une contribution majeure où sport et politique, racisme et histoire des États-Unis s'entremêlent et dessinent des figures comme autant de coups portés, reçus et esquivés.

  • « On fabrique, on vend, on se paye », voilà ce qui s'affichait au fronton de l'usine Lip (Besançon) en 1973. Les images feront le tout du monde.
    Lip, c'est d'abord l'histoire d'une horlogerie renommée mondialement, de tradition et d'excellence à Besançon, qu'une multinationale rachète pour la marque, avec l'intention de licencier des centaines d'hommes et de femmes qui y travaillent.
    Charles Piaget, porte-parole des Lip, se fait le témoin et la mémoire de cette grève qui marqua l'actualité politique et sociale de la France des « années 68 ».
    Il explore les formes, alors inédites, de la lutte :
    Une intersyndicale, des commissions impliquant l'ensemble des salarié·es, des assemblées générales qui décident des actions et qui désignent et contrôlent les porte-parole, l'autogestion.
    Et surtout, il nous rappelle que les Lip vont aller au-delà de ce qui était imaginable en franchissant la ligne jaune de la légalité et du droit de propriété en se saisissant des stocks de montres pour en faire leur « trésor de guerre ». Pis, ils iront jusqu'à remettre l'usine en route pour fabriquer des montres, pour les vendre, et pour se verser un salaire.
    Enfin, Charles Piaget nous raconte les suites de la grève de dix mois, l'engagement de réembauche de tout le personnel, les six années de rebondissements, d'avancées et d'obstacles, avec la création de coopératives.
    Photographies et documents donnent à ce « Coup pour coup » le choc des images.
    À près d'un demi-siècle de distance, c'est une histoire très proche de l'actualité de la crise sanitaire et sociale dans laquelle nous sommes, avec ses fermetures d'entreprises, ses licenciements et toujours les abus de pouvoir des multinationales.

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  • «De telles listes sont dressées depuis les années 1970. Compilées par plusieurs générations de militants, elles sont enfouies dans les caves des archives associatives et présentent toutes le même format, à la fois sec et funeste. On y trouve la date du crime, le nom de la victime, suivis d'une ou deux phrases laconiques. Elles frappent par leur rudesse, leur longueur et leur nombre. Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l'idée d'une injustice. Elles dénoncent le racisme et l'impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n'est pas un non-lieu qui est venu clore l'affaire.
    Elles disent en substance que la racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d'asseoir un rapport de pouvoir et d'en tirer profit, tue deux fois. La première violence touche à l'intégrité physique de la personne. La seconde violence a lieu à l'échelle institutionnelle. Elle est une conséquence du traitement pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés.» De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, cet ouvrage, issu d'une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l'heure où le racisme institutionnel et l'action de la police continuent chaque année à être à l'origine de nombreux morts.

  • Au Loong Yu vit à Hong Kong et a participé activement à la révolte contre le projet de loi sur l'extradition imposé par la Chine.
    Il nous propose une plongée au coeur de cette rébellion qui a débordé sur la question démocratique, notamment sur le droit au suffrage universel.
    Il nous propose de suivre le déroulement des évènements, de découvrir ses acteurs et ses actrices et s'interroge sur l'avenir de ce soulèvement.
    En ouverture, l'ouvrage revient sur les événements de 2019 et les différentes tendances politiques qui traversent la révolte de Hong Kong, en particulier les « localistes » antichinois.
    L'auteur se concentre également sur le rôle-clé joué par la jeunesse, les salarié·es et leurs organisations syndicales.
    Il retrace la montée de la « génération 1997 », qui a constitué l'épine dorsale de la révolte. Et revient sur les temps forts de la protestation : les manifestations, les occupations ou les journées de grève générale les plus importants. Les lecteur·trices peuvent ainsi comprendre ce qui s'est passé réellement sur le terrain et prendre connaissance avec précision ce que les manifestant ·es ont dit et fait.
    Au Loong Yu analyse également la nature de la révolte. Profond mouvement démocratique pour la liberté ou réaction de droite, voire raciste contre les Chinois, comme certains l'affirment ?
    Le chapitre intitulé « Événements » nous propose un récit de la montée du mouvement puis de son reflux.
    Les modes d'organisation et d'action des différents courants protestataires sont également abordés.
    Enfin, Au Loong Yu explore la politique du Parti communiste chinois à l'égard de l'île, les luttes de fractions en son sein, la nature de ce régime et les raisons de sa volonté de domestiquer les Hongkongais.
    Il revient également sur la gestion de la pandémie de Covid-19.

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  • Dans le premier chapitre du Capital, Marx caractérise l'économie vulgaire en ces termes?: elle «?se contente des apparences [...] et se borne à élever pédantesquement en système et à proclamer comme vérités éternelles les illusions dont le bourgeois aime à peupler son monde à lui, le meilleur des mondes possibles?». Et ce tout simplement parce qu'elle ne parvient pas ou renonce même à «?pénétrer l'ensemble réel et intime des rapports de production dans la société bourgeoise?».
    Or, de même qu'il existe ainsi une apologie vulgaire du capitalisme, il en existe une critique non moins illusoire. Même ignorance radicale des rapports capitalistes de production, même fascination exercée par leurs apparences fétichistes (la marchandise, l'argent, la comptabilité nationale et ses instruments statistiques, etc.), même volonté d'en rendre compte en termes de pseudo-lois transhistoriques, même enfermement dans le cadre d'une idéologie sacralisant la propriété privée, la liberté d'entreprendre et l'égalité réduite à sa dimension juridique, qui limite du même coup ses propositions de réforme à des mesures de redistribution des revenus et de la propriété.
    C'est à démontrer que Thomas Piketty en reste au niveau de cette critique illusoire que cet ouvrage s'emploie, tout en développant en contrepoint les éléments d'une critique radicale.

  • «Ce livre est parti d'un désir et d'une nécessité: partager les expériences, les rencontres et les émotions qui nous ont traversées au coeur de la révolution du Rojava. Un désir, parce qu'autant de beauté, d'énergie et d'espoir doivent être diffusés le plus largement possible et doivent pouvoir imprégner chacune de nos vies, chaque lutte à travers le monde. Une nécessité parce qu'il est de notre responsabilité de ne pas faire de ce temps au Rojava une expérience personnelle, mais de faire connaître le projet et la réalité révolutionnaire de celles qui nous ont tant appris.».
    L'ouvrage que vous tenez entre vos mains a été pensé collectivement et écrit par des femmes : internationalistes, mères, journalistes, militantes, principalement françaises, qui ont passé de quelques jours à plusieurs années au coeur de la plus jeune révolution du Moyen-Orient.
    Avec ce récit, elles nous invitent à découvrir le projet et la réalité des femmes du Rojava et du nord-est syrien, qui depuis 2012 travaillent minutieusement à la création de leurs structures autonomes : autodéfense armée et civile, éducation, coopératives, démocratie de base...
    Textes de réflexion, poèmes, contes, extrait de journaux intimes, lettres, interviews, autant de formes différentes qui font palpiter ce livre et permettent d'approcher les émotions les plus intimes, la pratique quotidienne et les enjeux géopolitiques.
    Une porte ouverte aux réflexions et discussions pour se nourrir ici de ce qui est expérimenté là-bas.

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  • La crise sanitaire a achevé de dédiaboliser la démondialisation, soit l'idée d'un recul de l'interdépendance des économies, longtemps accaparée par la droite populiste.
    La nécessité de récupérer des formes de souveraineté politique sur la production et l'échange de biens met désormais tout le monde d'accord, ou presque.
    Si, derrière la rhétorique, la plupart des dirigeants envisagent des ajustements pragmatiques, soit le rapatriement des secteurs industriels jugés stratégiques, une défiance plus forte vis-à-vis du libre-échange s'est installée dans l'opinion occidentale.
    Elle est alimentée par les délocalisations, la paupérisation des classes populaires et la conversion au « local » d'une classe moyenne « ouverte sur le monde », mais tourmentée par la crise environnementale.
    Le rôle de champions du libre-échange a-t-il dès lors été récupéré par les pays émergents, que d'aucuns présentent comme les gagnants de la mondialisation ?
    En partie seulement, comme le montre la décision de l'Inde de tourner le dos à l'immense zone de libreéchange asiatique.
    Plus largement, l'intégration aux chaînes de valeur internationales coexiste avec la volonté de se recentrer sur les marchés intérieurs et de protéger des importations certains secteurs productifs.
    Dans le même temps, la prétention des États au monopole du contrôle sur les territoires, au nom du développement national, est contestée par des acteurs paysans et indigènes, qui défendent une conception plus populaire et locale de la souveraineté.

  • Proclamée le 18?mars 1871, la Commune de Paris fait paraître, du 20?mars au 24?mai, son Journal officiel qui publie les décisions qu'elle prend, avant d'être écrasée par les troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante.
    Les décrets et les rubriques de ce Journal officiel rendent compte de l'action des communard·es, dans le domaine de la ­transformation sociale comme sur le plan militaire.
    Au fil des jours, nous croisons nombre de figures anonymes ou connues, tel Gustave Courbet, membre de la Fédération des ­artistes, qui se préoccupe des besoins et des destinées de l'art.
    Le Paris communard n'est pas isolé. Le 22?mars, apparaît dans les colonnes du Journal officiel une déclaration d'une ­Commune de Marseille. Six jours plus tard, est publié le message de soutien de la Commune ­d'Algérie. Le 16?avril, c'est le meeting de Londres pour la Commune de Paris qui y est relaté.
    Le 150e anniversaire de la Commune de Paris est l'occasion de revivre au jour le jour cette effervescence et cet espoir.

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  • Cet ouvrage propose l'histoire de ce groupe singulier, Socialisme ou Barbarie, qui publiait une revue du même nom, et a marqué d'une empreinte durable et profonde l'histoire intellectuelle et politique française.
    Ce collectif se distingua notamment par une critique radicale de la bureaucratie et du stalinisme et, simultanément, par une critique tout aussi radicale du capitalisme occidental dans la perspective d'une autogestion de l'ensemble des domaines de la vie sociale. Le groupe, affirmant un marxisme antistalinien, s'attachera à développer une critique en actes de l'intelligentsia marxiste, des partis « communistes » et des avantgardes révolutionnaires.
    On peut également lire, dans certaines idées et pratiques de Socialisme ou Barbarie, une préfiguration des courants et débats qui animeront les années 1960 et 1970. De même, de nombreuses passerelles existeront entre ce groupe et le mouvement situationniste.
    Dominique Frager livre dans ces pages une histoire vivante de la genèse et du développement de ce collectif, de sa production théorique et de sa tentative de construction d'une nouvelle organisation politique. Il aborde les ardents débats qui le traversèrent, parfois jusqu'au déchirement, ainsi que les discussions et oppositions avec les autres intellectuels et courant politiques contemporain : Jean-Paul Sartre, Edgar Morin et la revue Arguments, le Parti communiste français, la Nouvelle Gauche...
    Témoin et acteur des dernières années de cette aventure, Dominique Frager a, en outre, eu accès aux archives de Socialisme ou Barbarie. Par ce livre, il entend contribuer à retracer l'histoire d'un groupe dont les idées et les pratiques, ainsi que l'influence, racontent tout un pan de l'histoire de la gauche radicale en France.

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  • 29,6?millions de personnes actives en France, dont plus de 14?millions sont des femmes.
    Elles n'ont jamais été autant diplômées et autant présentes dans toutes les catégories professionnelles. Et pourtant, les inégalités de genre sur le marché du travail persistent et se renouvellent.
    L'enjeu de cet ouvrage est de faire dialoguer la recherche sur le genre au travail et les mouvements revendicatifs de femmes, notamment féministes et syndicalistes.
    La décennie 2010 a été celle du renouveau des luttes sociales et écologistes, où les femmes ont fait entendre leurs voix. Au sein du «?printemps arabe?», des «?Gilets jaunes?», contre les fermetures d'usines, qu'elles travaillent dans les services publics ou privés (maisons de retraite, hôpitaux, écoles, commerce, nettoyage), toutes se sont mobilisées pour dénoncer leurs conditions de travail, de salaire et d'emploi ou la réforme des retraites.
    Ici, chercheuses et militantes reviennent sur ces luttes et interrogent les effets des politiques d'égalité professionnelle, les enjeux genrés de l'espace numérique ou encore les conséquences professionnelles des violences conjugales.
    Interrompues par la crise sanitaire et le confinement, les mobilisations n'ont pas pour autant quitté le terrain médiatique. Au contraire, ce fut l'occasion inattendue de rendre visibles la présence des femmes dans les métiers essentiels, la pénibilité et le manque de valorisation de leurs emplois.

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  • Si bell hooks est connue pour son engagement féministe, l'articulation de cet engagement avec les pratiques dans le domaine de l'édu- cation et de la pédagogie a été peu débattue en Europe.
    Ce livre est un recueil d'essais sur la péda- gogie de l'émancipation qui aborde non seulement l'importance du féminisme dans les salles de classe mais aussi l'articulation de la théorie et de la pratique dans la lutte fémi- niste afro-américaine.
    Hooks y parle de solidarité et d'économie politique, et de la façon dont la pédagogie des opprimés à laquelle elle a été formée par Paulo Freire peut s'appliquer à l'émancipation des Afro-américaines. Des cas particuliers y sont décrits pour souligner l'importance de l'enseignant·e dans la pratique de la liberté.
    La traduction de cet ouvrage présente un intérêt bien au-delà du monde uni- versitaire francophone. bell hooks est une enseignante-chercheuse mais son travail trouve une résonance tant dans la théorie que dans les pratiques politiques. Ainsi, Apprendre à transgresser parlera aux lecteurs·rices intéressées par le féminisme, par les pratiques éducatives et par les stratégies antiracistes. C'est d'ailleurs ce qui la distingue de beaucoup d'ouvrages féministes publiés en français : le déploiement de la théorie en pratique de l'enseignement et la transformation de la salle de classe en lieu d'émancipation.
    Les pratiques éducatives françaises et la sin- gularité des élèves dans le contexte scolaire ont été débattues en France ces deux der- nières années, et ce livre apporte un regard différent en décrivant des stratégies d'ensei- gnement dans un monde multiculturel.
    Par ailleurs, l'intérêt du public pour l'inter- sectionnalité et le féminisme antiraciste s'est développé en France. Le modèle universa- liste français étant réinterrogé et la question de l'identité plus que jamais d'actualité, l'ouvrage de hooks constitue une contribu- tion importante au débat, que ce soit dans le champ disciplinaire des sciences humaines et politiques et dans le milieu associatif fémi- niste, LGBT et antiraciste.

  • Grâce aux reportrices et reporters qui, dès l'été 1936, franchirent la frontière, grâce aux journalistes qui frémirent sous les bombes d'un coin à l'autre de l'Espagne, nous plongeons dans un monde ancien qui devient présent.
    De l'enthousiasme mêlé d'inquiétude des débuts à l'horreur des bombardements, de la menace sur l'Europe recélée par cette guerre à l'arrivée des réfugié·es sur le sol français, chaque événement, chaque atmosphère, chaque détail est dépeint par leurs reportages.
    Le livre s'attarde aussi dans les bureaux des rédactions, la parole étant donnée aux éditorialistes, aux commentateurs et commentatrices. Leurs interrogations et réflexions entrent en résonance avec les reportages, et nourrissent le chemin du lecteur et de la lectrice dans cette période.
    Quelque deux cents figures de journalistes accompagnent cette route, dont la plupart sont aujourd'hui méconnues ou inconnues émergent.
    Jamais un ouvrage ne leur avait donné la parole. Jamais on n'avait touché cette «?histoire-en-train-de-se-faire?» en se plongeant dans les articles de celles et de ceux qui se battirent par la plume pour la cause antifasciste.
    Au croisement de l'histoire culturelle, de l'histoire de la presse et de celle des combats antifascistes, 90 ans après la proclamation de la Seconde République espagnole, une histoire toujours actuelle.

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  • À l'opposé de l'air du temps et de la pré tendue « égalité-déjà-là », de l'illusion que des pratiques sexuelles pourraient être « naturelles » et de l'oubli des rapports de domination, Andrea Dworkin aborde le coït en l'intégrant dans les rapports de pouvoir. Elle parle de « la baise » dans un monde dominé par les hommes, une certaine forme de sexe outil et matière de la domination, l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine, l'inégalité sexualisée des unes et des autres.
    L'auteure ne s'adresse pas à un auditoire timoré, passif ou avide de textes consensuels. Le Coït dans un monde d'hommes ( Intercourse en anglais) est un livre violent qui explore le monde sexué de la domination et de la soumission. « Il procède en cercles descen- dants plutôt qu'en ligne droite. Comme dans un tour- billon, chaque spire plonge plus profondément dans ce monde » (Andrea Dworkin).
    Les titres des neuf chapitres ouvrent sur des analyses subversives, dérangeantes : « Répugnance », « À vif », « Stigma », « Communion », « Possession », « Virginité », « Occupation et collaboration », « Pouvoir, statut et haine », « La loi », « Saleté et mort ».
    En 1988, le poète et chanteur canadien Leonard Cohen saluait sa lecture d'Andrea Dworkin en ces termes:
    « La gamme complète des arguments exposés dans ce livre est assez radicale, complexe et magnifique.
    Intercourse est le premier livre que j'ai lu par un au- teur, masculin ou féminin, qui affiche une défiance qui soit profondément subversive au sens sacré - ex- traterrestre. Elle dit que notre monde est entaché par des préjugés humains, que les hommes et les femmes ont des idées erronées - même si ces idées ont dix millions d'années et qu'elles viennent de la bouche de dieu, elles demeurent erronées ! La position qu'elle adopte dans ce livre est si provocante et passionnante qu'elle crée une autre réalité et pourrait arriver à l'actualiser. Dans la situation actuelle, c'est ce genre d'attitude qui crée de nouveaux mondes - j'ai une profonde admiration pour Andrea Dworkin ».
    Andrea Dworkin n'euphémise pas la réalité. Cela ne signifie cependant pas qu'elle exagère. Son travail, écrit-elle, nous entraîne dans les profondeurs de la vie sociale, « aussi étrange, amère ou salissante que soit la plongée ».
    Lire cette immense écrivaine féministe, c'est trou- ver autre chose que ce que l'on pense savoir déjà.
    Enfin, comme le rappelle Christine Delphy, la di- rectrice de la collection « Nouvelles questions fémi- nistes », dans sa préface au recueil de l'auteure, Sou- venez-vous, résistez, ne cédez pas, précédemment publié (Syllepse/Remue-Ménage, 2017) chez les mêmes édi- teurs, « pour défendre sa dignité, il faut d'abord en avoir une ».

  • Ils récupèrent dans les poubelles des objets qu'ils revendent. On les appelle les biffins, de ce vieux mot d'argot synonyme de chiffonniers. Une exploration des marges de la société.
    Ils sont des milliers à Paris. Toujours plus nombreux depuis les années 1980 avec les crises successives et le durcissement des politiques migratoires.
    On les dit aussi «pauvres» ou même «?survivants?». «Marchés aux pauvres», «de la survie», titrent bien des journaux. Et pourtant... Une économie informelle où d'anciens travailleurs, des retraités ou des chômeurs, trouvent un moyen de survie. Des étrangers qui trouvent là un moyen de s'arrimer sur un sol hostile. Des femmes à qui la vente offre le moyen de se libérer de leur ex-mari et de se découvrir capables de parler, de négocier, de s'affirmer.
    Tandis que dans les rues, la récupération laisse place à la chance, dans la vente ils s'éprouvent comme des partenaires égalitaires. Le marché devient un lieu d'interconnaissance et espace par excellence des sociabilités. Ils s'efforcent ainsi de bâtir un monde, à contre-courant des dominants, où s'inclure po­si­ti­vement et à égalité.
    C'est ce combat quotidien dont Mélanie Duclos rend compte dans ce livre, fruit de quelque quatre ans d'enquête de terrain au marché des biffins de la Porte de Montmartre.
    Un récit qui plonge dans les vies des biffins et des biffines pour saisir leur histoire, leurs actes et leurs idées, leurs désirs et leurs souhaits si souvent contrariés, en un mot leur culture, alternative et résistante, et dont le braconnage nocturne des poubelles forme le socle matériel.
    Un récit, enfin, qui restitue ce que peuvent mettre en pratique, en rêves et en mots, ceux-là qui les premiers souffrent de l'ordre établi.

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  • Pendant des décennies, l'Irlande a été une préoccupation d'Engels et de Marx, parce que l'oppression nationale des Irlandais et le racisme dont ils souffraient expliquaient en grande partie l'impuissance du mouvement ouvrier le plus important d'Europe, celui de la classe ouvrière anglaise, à transformer les rapports sociaux. La question irlandaise, écrivaient-ils, nourrit la réaction anglaise qui « [prend] racine dans l'assujettissement de l'Irlande ».
    Au regard du nombre et de l'importance des textes qui lui ont été consacrés, la question nationale irlandaise est manifestement un sujet fondamental aux yeux des fondateurs du matérialisme historique.
    Pour assurer l'indépendance du mouvement ouvrier à l'égard de la bourgeoisie, il importait, selon leur analyse, non seulement que le mouvement lutte pour les droits politiques, sociaux et économiques des groupes opprimés, mais aussi qu'il promeuve leur indépendance nationale, laquelle était une condition de l'émancipation même de la classe ouvrière de la nation dominante.
    Plus encore, si le mouvement ouvrier ne faisait pas la promotion des droits des nationalités opprimées, alors les révolutionnaires devaient envisager de créer des organisations ouvrières des nations opprimées sur une base nationale - non uniquement en fonction de l'État - parce que la classe ouvrière de la nation dominante, par l'entremise de ses organisations syndicales et politiques, avait adopté des positions réactionnaires et constituait désormais une entrave à l'émancipation des classes ouvrières, aussi bien dans la nation dominante que dans la nation dominée.
    Friedrich Engels et Karl Marx ont lutté pour que l'Association internationale des travailleurs fasse sienne la lutte pour l'indépendance de l'Irlande.
    Pour eux, le combat pour le socialisme international passait par la lutte pour la libération nationale de l'Irlande et la fin de l'assujettissement des Irlandais.

  • Dès le début des années 1970, les luttes ouvrières et sociales se multiplient, et par ailleurs la dictature veut devenir plus présentable ; une « transition » avant l'heure qui s'amorce sous la pression populaire. Après la mort de Franco, en 1975, la « transition » s'organise dans le bon ordre avec la participation du PSOE et du PCE et de leurs syndicats associés. Cependant, de nombreux travailleur·euses et habitant·es des quartiers populaires veulent voir satisfaites leurs revendications sociales et changer de société.
    Cette contestation sociale prend la forme de multiples assemblées, pratiquement permanentes et qui décident et organisent ce mouvement social original.
    C'est l'histoire de ce mouvement que nous propose Arnaud Dolidier. Revenant sur les luttes sociales sous le franquisme qui ont préparé l'éclosion de ce mouvement, il fait ensuite le récit de cette turbulente période.
    Appuyé sur d'abondantes sources, cet ouvrage retrace pas à pas les débats qui l'ont traversée et suit les expériences qui ont été menées, notamment deux d'entre elles, étudiées plus en détail.
    Cet ouvrage restitue le rythme des palpitations de ces assemblées ouvrières et populaires qui devront faire face à une sanglante répression. La grève chez Harry-Walker, à Barcelone, en 1970, donne le ton.
    Bien d'autres suivront, elles aussi largement documentées et commentées ici. Elles touchent différents secteurs professionnels, et se déroulent aussi bien à Madrid qu'à Valladolid, en Catalogne qu'au Pays basque. La grève générale de Vitoria ou la lutte de Roca sont particulièrement emblématiques de cette période. C'est une période d'intenses débats : boycott ou détournement des élections syndicales de Franco ?
    Priorité à l'unité ouvrière ou à la construction des outils partisans ? Le pacte de la Moncloa, validé par la droite et la gauche, mais aussi par certains syndicats, constituera un tournant.
    Cette expérience « assembléiste » a marqué les mémoires et a connu des résurgences en Espagne, dont la plus récente est le mouvement des indigné·es (2011) qui a secoué l'Espagne. C'est dire que l'ouvrage n'est pas seulement un livre d'histoire, il s'inscrit dans une réalité politique et sociale plus immédiate.

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  • Le 19 juillet 1979, les jeunes guérilleras et guérilleros du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) chassaient le dictateur Anastasio Somoza du Nicaragua, mettant ainsi fin à une des plus anciennes tyrannies d'Amérique latine.
    La révolution populaire sandiniste se cherchait une voie à part?: respectueuse des libertés religieuses et politiques, elle lançait une campagne d'alphabétisation et encourageait la participation des organisations populaires (jeunes, femmes, paysans, ouvriers, indigènes) aux institutions et à la gestion du pays, à la réforme agraire et à l'«économie mixte».
    Pourtant, Daniel Ortega, qui, au sein du FSLN, l'incarnait à ses débuts, revenu en 2007 à la présidence après avoir perdu le pouvoir dans les urnes, est aujourd'hui considéré comme un tyran.
    Depuis avril?2018, des femmes, des jeunes, des paysans le défient dans la rue malgré la répression.
    Comment en est-on arrivé là? Comment le FSLN, porteur des espoirs de tout un peuple et de tout un continent, est-il devenu un tel repoussoir?
    Cette enquête historique très documentée est nourrie par la connaissance du terrain de Matthias Schindler, qui, depuis plus de quarante ans, a séjourné plusieurs fois au Nicaragua.
    Il tente de tirer des leçons qui dépassent ce pays et qui interrogent toutes celles et tous ceux qui se battent pour un changement de société.

  • Les condamnés, nouvelle inédite en français, raconte l'assassinat du gouverneur militaire allemand d'Ukraine en 1918. Ce récit de fiction de Grigori Smolianski, publié en russe en 1926 dans la revue Krasnaia Nov', constitue le coeur de ce livre.
    Né en 1890, membre du Parti des socialistes-révolutionnaires, puis bolchevik, Grigori Smolianski fut l'un de ces « révolutionnaires professionnels », dont l'essentiel de la vie se déroule sur fond d'une violence généralisée. Il s'engage contre le tsarisme dès 1905, et vit l'époque de violence qui déferle en Russie avec la révolution de 1905 et sa répression, la Première Guerre mondiale, les révolutions de Février et d'Octobre 1917, la guerre civile, et qui se termine par la violence stalinienne.
    Pour écrire l'histoire de son grand-père, Natalia Smolianskaia - sa petite-fille -, nous présente un enchevêtrement de sources, un récit imaginaire et pourtant bien réel (la nouvelle), des fragments de Mémoires et autres archives personnelles, des articles de presse, des archives de police.
    Ces sources sont rassemblées autour du parcours de cet homme qui a consacré une bonne partie de sa vie à un objectif : renverser le pouvoir, en commettant des attentats visant des individus bien précis, porteurs et symboles de divers pouvoirs autocratiques ou dominants.
    Durant les dix dernières années de sa vie, Grigori Smolianski vit enserré dans les mailles d'un autre pouvoir, auquel les révolutionnaires russes ne s'attendaient pas, le pouvoir stalinien. Il sera exécuté en 1937.
    Le livre est aussi une interrogation sur la légitimité de la violence politique qui se déroule dans un contexte historique particulier, car on ne peut abstraire le parcours de ce personnage de la période. C'est ainsi, en partie, que le lit Natalia Smolianskaia dans ses commentaires, dans ses introduction et conclusion, en développant une réflexion historique et philosophique sur cette question. Elle explique les logiques sous-tendant la violence politique qui marque l'histoire russe et la trajectoire de Grigori Smolianski, ce « petit garçon d'un ghetto puant et étouffant », né dans la zone de résidence où étaient confinés les Juifs de l'Empire russe.

  • Le constat est implacable : le partage des tâches domes- tiques n'existe pas.
    Il ne s'agit pas, nous disent Christine Delphy et Diana Leonard, du seul produit d'une mauvaise volonté des hommes qui profitent de ce travail gratuit, mais plus fon- damentalement d'un système d'exploitation et d'oppression qui dépasse les relations affectives que peuvent entretenir les individus concernés : le patriarcat, et dans le patriarcat, le mariage, y compris le concubinage et le pacsage.
    Celui-ci s'incarne concrètement dans une exploitation domestique - qui ne s'applique pas seulement au travail dit « ménager » - dont les autrices s'attachent à dévoiler les mécanismes dans cet ouvrage où la lectrice ou le lecteur ne manqueront pas de reconnaître leurs propres moments de vie quotidienne.
    Les autrices proposent ici une nouvelle approche radi- cale de la subordination des femmes dans les sociétés oc- cidentales focalisée sur la famille, en tant que système éco- nomique. Elles révèlent que celle-ci constitue en réalité un système de rapports de production dont les hommes sont les artisans - politiques, juristes et autres gouvernants - et les bénéficiaires - tous les autres. Ce sont la structure hié- rarchique et les rapports de production entre les membres de la famille qui sont ici mis à jour. Pour les autrices, la subordination des femmes constitue un cas particulier d'ex- ploitation économique qui ne réduit pas au capitalisme do- minant dans nos sociétés. Exploitation domestique et ex- ploitation capitaliste ne peuvent se confondre même si l'un et l'autre doivent être renversés.
    Ouvrage de référence du féminisme matérialiste, L'Exploitation domestique est publié ici pour la première fois en français.

  • De Haïti au Soudan, en passant par les rues d'Alger et de Hong Kong, une vague contestataire mondiale vue du Sud.
    La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
    Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»?
    Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué.
    Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
    Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale??

  • 1871-2021, la Commune a 150 ans. Un siècle et demi! Deux écueils possibles: la commémoration acritique, à grand renfort d'images sacrées, de récits hagiographiques (souvent préconçus); l'ignorance d'un pan d'histoire ouvrière inconnue car vieille, combattue par l'ordre, mal ou non enseignée, masculinisée... Dans les deux cas, ce serait ne pas servir nos réflexions et actions d'aujourd'hui, et de demain, pour l'émancipation sociale.
    Roger Martelli, coprésident des Amis et amies de la Commune de Paris (1871) nous invite à croiser les regards sur ces 72 jours, leurs significations, conséquences et enseignements. Finalement, «tout dépendra d'abord de ce que ses héritiers et héritières voudront faire de l'événement Commune de Paris»! Dans une conversation à quatre voix, Ludivine Bantigny, Maryse Dumas, Christian Mahieux et Pierre Zarka explorent ce qui, depuis 1871 tisse ce fil rouge: Communs, Commune, se fédérer, autogestion, révolution.
    Que fut l'oeuvre de la Commune? Gérard Coste retrace l'importance des services publics. Anouk Colombani réhabilite les femmes au travail, puis laboure les étranges résonances entre les débats sur le travail des ouvriers-boulangers et nos débats contemporains sur la démocratie du travail. Jean-François Dupeyron met en lumière les apports des communard·es dans le domaine de l'éducation. Georges Ribeill nous raconte le chemin de fer et les cheminots de 1871. Christian Mahieux exhume le caractère novateur des décisions prises en matière de laïcité.
    Assiégée par l'armée prussienne, affamée et attaquée par la bourgeoisie versaillaise, la Commune n'a pas bénéficié d'un contexte favorable aux expériences sociales. C'est peu de le dire ! Cela ne l'empêcha pas de prendre des mesures qu'aucune institution républicaine n'a renouvelé depuis 150 ans; ainsi des décrets permettant la réquisition d'entreprises que présente Christian Mahieux. Il nous rappelle aussi que la Commune n'échappe pas à son temps: la lutte contre le colonialisme ne fait pas partie des préoccupations. Entre membres de la Commune, débats et divergences ont existé: quels enjeux autour de la définition d'une minorité et d'une majorité?
    Patrick Le Tréhondat nous explique la démocratie en armes, autre innovation communarde que la bourgeoisie s'empressa de faire disparaitre pour laisser la place à « la grande muette ». La Commune, comme tous les mouvements collectifs, ce sont des femmes et des hommes qui s'associent librement, pour lutter, revendiquer, rêver, construire ... «Parmi les insurgé·es, se trouvaient des femmes qui sont invisibilisées.» Avec Elisabeth Claude, sortons-les de l'ombre et faisons connaissance! Christian Mahieux nous propose de découvrir un homme et une femme de la Commune: Eugène Varlin et Léodile Bera, dite André Léo. Éric Toussaint explique les atermoiements face à la Banque de France.
    Malgré les circonstances tragiques, les arts furent si au coeur des préoccupations révolutionnaires. N'est-ce pas somme toute logique, que ce soit au travers d'eux aussi que se joue une guerre d'interprétation de la Commune mais aussi les possibilités de sa perpétuation?
    Un CD accompagne ce numéro. Il mêle des voix militantes d'aujourd'hui, pour la Commune. En italien, en français, en occitan, a capella ou instrumental, enregistré à distance ou ensemble, pris en manif, chanteurs des soirées militantes ou chanteuses professionnelles, chanter la Commune c'est aussi continuer à la faire. A partir des chansons de la Commune, Mymytchell entend «questionner le lien inestimable entre l'expérience politique et le fait de chanter - avec la seule idée de participer à le faire perdurer dans notre esprit et le ranimer dans nos pratiques!» Tandis qu'Anouk Colombani nous livre une interview d'une communarde contemporaine, Dominique Grange.
    Gérard Gourguechon montre le lien qui unit les écrivains contre la Commune aux éditorialistes contre nos grèves : la haine et le mépris de classe. Barbara Issaly montre la place de la Commune dans la Bande dessinée.
    On prête parfois à la Commune des décisions, des actes, voire mêmes des intentions qu'elle n'a pas eu. C'est l'objet d'une des rubriques du blog de Michèle Audin, qui nous confie ici que, non, la Commune n'a pas brulé la guillotine. La Commune: de Paris? Oui, mais pas seulement. Bernard Régaudiat analyse celles de Marseille en 1870 et 1874, Matthieu Rabbe raconte Lyon, les camarades de la revue Solidaritat nous décrivent Nîmes, et Christian Mahieux évoque Saint-Étienne, Narbonne, Toulouse, Grenoble, Le Creusot, et Limoges ; et aussi Montereau ou Brest.
    L'internationale sera le genre humain... Les militant·es de la Fundación Salvador Segui explique le retentissement de la Commune en Espagne. Nara Cladera nous fait découvrir les communards en Uruguay. Cybèle David nous parle de l'autonomie zapatiste et Richard Neuville de la Commune d'Oxaca, au Mexique.
    Quelques repères sont nécessaires, pour mieux appréhender tout ceci. C'est ce que nous proposent Philippe Barrre et Alice Rodrigues, avec deux chronologies: de 1789 à 1871, en passant par 1792, 1830 et 1848; de la Commune proprement dite. Renvois vers le dictionnaire biographique Maitron et plusieurs sites internet consacrés à la Commune, ainsi qu'un court lexique complètent cet ouvrage. Enfin, Charles Jacquier revient sur les 100 ans d'une autre Commune, celle de Cronstadt.
    Les dessins originaux de Tardi et d'Hélène Maurel, ainsi que deux textes de Jacques Prévert participent de la réussite de ce numéro. Une fois de plus, Serge D'Ignazio nous a généreusement offert plusieurs de ses photos. Merci aussi à Jihel.

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  • Elles sont des milliers à travailler dans nos hôtels et centres commerciaux. Invisibles, avec leurs seaux et leurs balais, levées tôt, parties tard et mal payées.
    Femmes de chambre, femmes de ménage mais surtout femmes de l'ombre.
    Un salariat invisible, essentiellement féminin, plus qu'exploité, en situation précaire et souvent sans défense, employé par des entreprises de nettoyage sous-traitantes et peu respectueuse du Code du travail.
    De nombreux conflits récents dans de grands hôtels ont brisé le mur du silence sur leur situation.
    Ce livre parle d'elles.
    L'histoire des femmes de ménage en charge des toilettes d'un des plus grands centres commerciaux d'Europe, celle des femmes de chambre de sept hôtels ou encore les femmes agents de service hospitalier d'une clinique de l'ouest lyonnais. De leur vie, de leur travail et de leurs souffrances.
    Leur témoin, Marielle Benchehboune, l'autrice de cet ouvrage, est une « organisatrice syndicale », ce qui n'est pas une fonction courante dans le syndicalisme français.
    À leurs côtés, elle organise des rencontres sur le lieu de travail, des tête-à-tête discrets, des formations à la négociation.
    Elle nous raconte comment ces femmes écrasées ont trouvé les capacités individuelles et collectives d'agir face aux injustices dont elles sont victimes.
    Marielle Benchehboune nous livre un récit poignant, ponctué de témoignages de salariées et d'extraits de son carnet de bord.
    Dans la veine du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, elle nous propose un état des lieux de conditions de travail de ces salariées et des combats que plusieurs d'entre elles ont menés jusqu'à la victoire.
    Elle nous raconte notamment la lutte des femmes de ménage et des femmes de chambre de la région lyonnaise.
    La postface de Karel Yon apporte un éclairage sur ces nouvelles formes d'organisation du salariat dont le rôle a été souligné pendant la crise sanitaire.

  • Les utopiques N.17 ; des combats pour l'enfance à la jeunesse en lutte Nouv.

    Cette livraison d'été des Utopiques comporte un dossier sur l'enfance et de la jeunesse. Si nous avons l'émancipation au coeur, c'est bien dans la société entière que celle-ci doit pleinement se réaliser et à chaque âge de la vie. Loin de faire le tour de la question, le numéro s'intéresse à l'enfant dans les pédagogies alternatives et émancipatrices, aux droits de l'enfant, comme à la place à donner à « l'enfance » en tant que telle, mais aussi aux mythes et réalités autour de l'adoption internationale.
    Nara Cladera revient, témoignages poignants inédits à l'appui, sur les « enfants volés » par la dictature argentine dans les années 70 et sur le mouvement des grands-mères de la Place de mai. Deux articles traitent des enfants dans la Commune de Paris, poursuivant ainsi le précédent numéro intégralement consacré à cet épisode majeur des espoirs révolutionnaires.
    Ludivine Bantigny, historienne, replace l'histoire de la jeunesse dans celle de la France capitaliste. De quels outils collectifs se doter dans la jeunesse, comment garantir son auto-organisation ? Les combats syndicaux des lycéen·nes et étudiant·es sont évoqués : la lutte contre le CPE en 2006, l'expérience des Jeunesses syndicalistes, les conséquences du confinement lié à l'épidémie de Covid-19.
    La réalité de la « démocratisation » scolaire est interrogée : d'un point de vue général comme au travers de « celles et ceux des lycées pro ». La jeunesse, c'est aussi celle qui est « sans-papiers » : le jeune Madama ou, plus globalement, les Mineurs non-accompagnés ou Jeunes isolé·es étranger·es.
    Enfin, deux sujets sont proposés à la réflexion, « hors-dossier » : les porte-paroles de l'Union syndicale Solidaires, Simon Duteil et Murielle Guilbert, invitent à réfléchir sur le rôle et le sens du syndicalisme ; Gilbert Achcar s'intéresse aux contours de l'impérialisme aujourd'hui.
    Enfin, à l'occasion de la 4e rencontre internationale, prévue à Dijon en septembre 2021, nous présentons le site et les activités du Réseau syndical international de solidarité et de luttes.

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  • Une extraordinaire écrivaine féministe. Des textes poignants, la colère face aux meurtres, aux viols, à la pornographie, à l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine.
    La première partie est composée de deux textes à orientation biographique. Dans la seconde, l'auteure aborde, entre autres, le travail de l'écriture, New York, le féminisme radical, Kate Millett, la pornographie, la misogynie, la critique du déterminisme biologique, le judaïsme, le pouvoir des hommes, le viol, la fétichi- sation des corps, les actes et la violence sexuelle, la colère de la survivante... La troisième partie de l'ou- vrage est consacrée à la « fierté lesbienne », à la nuit et aux dangers, aux actions « Reprendre la nuit », au racisme et au masculinisme, aux assassinats de femmes comme politique sexuelle, à la résistance face à la ter- reur et la torture, à la prostitution...
    Les livres d'Andrea Dworkin, dont ce recueil offre une palette, restent d'actualité en ces temps de remise en cause des droits des femmes au nom de « tradi- tions » ou du fantasme de l'égalité-déjà-là : « Souve- nez-vous-en, mes soeurs, durant les temps obscurs qui s'annoncent. » Son style, très novateur, mêle la radicalité des ana- lyses féministes et la beauté de la langue : « J'ai utilisé l'écriture pour emmener le langage là où était la souf- france des femmes - et leur peur - et j'ai continué mes fouilles à la recherche de mots capables de porter le fardeau de dire l'indicible ».
    L'intransigeance face aux violences contre les femmes et l'onde puissante des mots. Il ne s'agit donc ici ni d'analyses universitaires ni d'indignations désin- carnées, mais bien d'une voix littéraire, nouvelle et forte, qui bouleverse notre compréhension de la do- mination masculine.

    Sur commande
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