Grasset

  • Magellan

    Stefan Zweig

    C'est sur un paquebot trop confortable, en route pour l'Amérique du Sud, que Stefan Zweig eut l'idée de cette odyssée biographique. Il songea aux conditions épouvantables des voyages d'autrefois, au parfum de mort salée qui flottait sur les bougres et les héros, à leur solitude. Il songea à Magellan, qui entreprit, le 20 septembre 1519, à 39 ans, le premier voyage autour du monde. Un destin exceptionnel...
    Sept ans de campagne militaire en Inde n'avaient rapporté à Magellan le Portugais qu'indifférence dans sa patrie. Il convainc alors le roi d'Espagne, Charles-Quint, d'un projet fou ; " Il existe un passage conduisant de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Donnez-moi une flotte et je vous le montrerai et je ferai le tour de la terre en allant de l'est à l'ouest " (C'était compter sans l'océan Pacifique, inconnu à l'époque..). Jalousies espagnoles, erreurs cartographiques, rivalités, mutineries, désertions de ses seconds pendant la traversée, froids polaires, faim et maladies, rien ne viendra à bout de la détermination de Magellan, qui trouvera à l'extrême sud du continent américain le détroit qui porte aujourd'hui son nom.
    Partie de Séville avec cinq cotres et 265 hommes, l'expédition reviendra trois ans plus tard, réduite à 18 hommes sur un raffiot. Epuisée, glorieuse. Sans Magellan qui trouva une mort absurde lors d'une rixe avec des sauvages aux Philippines, son exploit accompli.
    Dans ce formidable roman d'aventures, Zweig exalte la volonté héroïque de Magellan, qui prouve qu'" une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis et que toujours un homme, avec sa petite vie périssable, peut faire de ce qui a paru un rêve à des centaines de générations une réalité et une vérité impérissables ".

  • Après ses vies de Magellan, de Marie Stuart ou de Fouché, faut-il rappeler le génie de biographe de Stefan Zweig ? Marie-Antoinette (1933) rétablit la courbe et la vérité d'un destin obscurci par la passion ou la honte posthumes. L'auteur a fait le ménage dans la documentation, puisant dans la correspondance de Marie-Antoinette avec sa mère, Marie-Thérèse d'Autriche, et dans les papiers de Fersen, grand amour de la reine.
    Qui était Marie-Antoinette faite, l'année de ses quinze ans et par raison d'Etat, reine de France ? Une débauchée futile ? Une icône pour la Restauration ? Nous la suivons de la chambre de son époux, qu'elle appelait son « nonchalant mari », le falot Louis XVI, jusqu'au lit de la guillotine. Quel voyage ! Quelle histoire ! Le monde enchanté et dispendieux de Trianon, la maternité, le début de l'impopularité, l'affaire du collier, la Révolution qui la prit pour cible, la fuite à Varennes, la Conciergerie, l'échafaud...
    Zweig s'est penché sur Marie-Antoinette en psychologue. Il ne la divinise pas : elle « n'était ni la grande sainte du royalisme ni la grande « grue » de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire ». Il analyse la chimie d'une âme bouleversé par les événements, qui, sous le poids du malheur et de l'Histoire, se révèle à elle-même et se rachète, passant de l'ombre de la jouissance à la lumière de la souffrance. « A la toute dernière heure, Marie-Antoinette, nature moyenne, atteint au tragique et devient égale à son destin ».
    Davantage qu'un livre d'histoire : un roman vrai.

  • Lily  ? Lily Pastré  ? La Lily Pastré  ? Célèbre auprès des mélomanes pour avoir été à l'origine du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, la comtesse Pastré (1891-1974) a été bien plus qu'un riche mécène. Voici le récit de la vie d'une grande excentrique, d'une grande généreuse, d'une grande amie des artistes, des années folles aux Trente Glorieuses en passant par le tourbillon de la Deuxième Guerre mondiale.
    Née à Marseille, héritière des célèbres apéritifs Noilly Prat, elle épouse un aristocrate et vit à Paris dans un entre-deux-guerres tourbillonnant de fêtes et de concerts. Sa passion première, c'est la musique. Elle est l'amie des plus grands compositeurs et interprètes du moment. Dans sa villa du sud de Marseille, elle reçoit des personnalités aussi diverses que Christian Bérard et Édith Piaf, Luc Dietrich et André Masson. Pendant la guerre, au risque de sa vie, elle cache et aide des musiciens juifs, tels Clara Haskil et Darius Milhaud, les sauvant d'une mort certaine. Elle apporte son soutien à l'Américain Varian Fry, qui a arraché des milliers de vies à l'occupant nazi.
    Dilapidant son immense fortune en transformant son domaine en une Villa Médicis du sud de la France, elle cofonde le festival d'Aix qui, à la sortie de la guerre, signifiait le retour de la France comme grande nation artistique.
    À travers le destin hors du commun d'une femme à la personnalité fascinante, c'est aussi une partie méconnue de l'histoire de Marseille qui revit. Lily Pastré incarne la démesure d'une cité au caractère insoumis depuis la nuit des temps et la liberté d'une Provence cosmopolite dont tant d'artistes sont tombés amoureux.

  • Fouché

    Stefan Zweig

    Joseph Fouché (1759-1820) a servi avec zèle la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Monarchie. Homme de l'ombre, disciple de Machiavel, Fouché aura survécu à tous les changements de régime sans jamais se départir de cette « absence de conviction » qui fascina Balzac autant que Stefan Zweig.
    Elève chez les Oratoriens, il devint sous la Révolution un pilleur d'églises. Conventionnel modéré, il vota la mort du roi et participa activement au massacre des Lyonnais royalistes. Ambassadeur du Directoire à Dresde, il cambriola son ambassade. Ministre de la Police, à l'abri derrière ses fiches et ses mouchards, il tint tête à Talleyrand et à Bonaparte. Signataire du premier manifeste sur l'égalité, il meurt richissime, duc d'Otrante et sénateur.
    /> Joseph Fouché, c'est l'art du reniement, la grâce du traître. Il n'y a pas de personnalité plus décriée que cet homme politique au sang froid. Stefan Zweig nous fait découvrir, à sa manière subjective, une figure cachée et essentielle de l'Histoire française.

  • «  Cette histoire me hante depuis l'enfance...  »
    S'interrogeant sur la manière dont son grand-père paternel, Léonce Schwartz, a échappé à la déportation, Anne Sinclair découvre un chapitre méconnu de la persécution sous l'Occupation  : la «  rafle des notables  ».
    En décembre 1941, les Allemands arrêtent 743 Juifs français, chefs d'entreprise, avocats, écrivains, magistrats. Pour parvenir au quota de mille détenus exigé par Berlin, ils adjoignent à cette population privilégiée 300 Juifs étrangers déjà prisonniers à Drancy.
    Tous sont enfermés au camp de Compiègne, sous administration allemande  : un vrai camp de concentration nazi d'où partira, en mars 1942, le premier convoi de déportés de France vers Auschwitz (avant la Rafle du Vél' d'Hiv de juillet 1942).
    En reconstituant la coexistence dans ce camp de bourgeois assimilés depuis des générations et de Juifs étrangers familiers des persécutions, ce récit très personnel raconte avec émotion une descente aux enfers.
    «  Essayer de redonner un peu de chair aux disparus est devenu pour moi une obsession  », écrit l'auteur, dont le fardeau intime sert de fil rouge à une oeuvre de mémoire collective.
    De sorte que l'enquête familiale sur le destin énigmatique de Léonce se fait peu à peu enquête historique sur la tragédie de Compiègne, puis hommage à ceux qui n'en sont pas revenus.

  • Après le succès d'Histoires d'oeils, Philippe Costamagna applique sa science d'historien de l'art et du goût à quelqu'un que l'on n'aborde jamais sous cet angle  : Napoléon. Dans ce premier livre sur la question, il aborde à la fois le Napoléon intime et le Napoléon public par ses goûts, tous ses goûts, et parfois ses dégoûts.
    Quel était le goût de Napoléon en matière de mobilier  ? De vêtements  ? De littérature  ? De théâtre  ? De peinture  ? De cuisine  ? De femmes  ? Parmi la quantité de détails et d'anecdotes sur le général, Premier consul, empereur des Français et exilé le plus célèbre du monde, on découvrira sa passion pour les rougets, mais aussi pour les vers de Corneille, qu'il se faisait réciter par des acteurs, pour la couleur mauve dont il a fait tapisser le palais de l'Elysée, ou encore pour le jeu de barres (une variante du chat-perché). Et chaque fois, en plus de ces goûts, sa décision bien à lui de vouloir les imposer à tous, parfois pour notre plus grand bien, comme quand il a peuplé Paris de fontaines.
    Derrière la légende des canons et des conquêtes, des cavalcades et des codes, voici la vérité d'un homme qui s'est profondément révélé par ses choix esthétiques.   Ce passionnant Goûts de Napoléon est un trésor d'anecdotes méconnues et une mine d'informations inattendues sur un des grands hommes de l'histoire de France.

  • Sur Vichy et la Shoah, on pensait tout savoir. Ce livre démontre qu'il reste encore beaucoup à découvrir. Répondant à une série de questions clés, Laurent Joly renouvelle profondément l'histoire de la persécution des juifs sous l'Occupation et balaie bien des idées reçues.
    Pourquoi, dès l'été 1940, le régime du maréchal Pétain a-t-il impulsé une politique antisémite  ? Pourquoi a-t-il accepté de contribuer aux déportations massives décidées par les nazis en 1942 et d'assumer pleinement ces opérations, à Paris comme en zone libre  ? Dans quelle mesure l'administration a-t-elle collaboré à la politique génocidaire  ?
    S'appuyant sur de nombreuses sources inédites, restituant les marges de manoeuvre des agents (du dirigeant étatique jusqu'au simple gardien de la paix) et les effets concrets de leurs décisions, Laurent Joly écrit une histoire incarnée, au plus près des exécuteurs, des victimes et des témoins.
    Le lecteur apprendra ainsi que le statut d'octobre 1940 n'est pas une simple transposition de la tradition antisémite française  : Vichy cherche surtout à suivre le modèle nazi. Sur le Vel d'Hiv, il découvrira une histoire qu'on ne lui a jamais racontée  : l'opération du point de vue policier. Enfin, il réalisera que l'idée selon laquelle la persécution des juifs a été occultée par la justice de l'épuration mérite d'être fortement nuancée.
    Au bout du compte, Laurent Joly montre que si toute la puissance de l'État a été mobilisée pour persécuter puis rafler les juifs, les logiques propres à l'appareil étatique, ses objectifs contradictoires, ses pesanteurs et finalement les résistances ont contribué à ce que la majorité des juifs de France, frappés de plein fouet par la persécution, échappent malgré tout à la mort.
     

  • "Rechercher les causes de la Révolution n'est pas sans danger pour l'historien". Que dire de celui qui l'aborde à la lumière d'un sujet à la fois magnifié et tabou en France - l'alcool - et qui n'est pas historien de formation mais précisément alcoologue de métier  ? Face à ces résistances, Michel Craplet s'attaque, en spécialiste de l'addiction, aux grandes heures de la Révolution.
    La prise de la Bastille, les massacres de Septembre, l'arrestation du Roi à Varennes, la chute de la royauté lors de la prise des Tuileries, les clubs bruyants où Girondins et Montagnards s'empoignent et philosophent, les banquets républicains, la Terreur et son redoutable comité de Salut public, les guerres de Vendée  : autant d'épisodes célèbres de la Révolution que l'auteur revisite pour y déceler, sous les ors glorieux et tragiques de ces années tumultueuses, l'influence cachée de l'alcool.
    On le découvre dans le livre, les boissons contenant de l'alcool, y compris les vins les plus courants, étaient des produits rares et chers sous l'Ancien Régime. Seule une infime partie de la population pouvait en consommer régulièrement. Offrir à boire était donc un cadeau. Voici l'histoire explosive de ces cadeaux aux effets puissants et difficiles à maîtriser, dont on suit la circulation au coeur de la Révolution.
    Il ne s'agit évidemment pas d'affirmer un parti-pris contre-révolutionnaire. Michel Craplet décrit sans détours les comportements pathologiques de tous les camps, y compris des aristocrates. Sans exempter Louis XVI, auquel est consacré un long et fascinant chapitre. L'auteur est le premier à aborder la triple addiction du monarque qui allie trop plein d'alcool, excès de tables, passion de la chasse et sexualité problématique. Ni idéologue, ni naïf, Michel Craplet ne prétend pas expliquer la riche chronologie de la Révolution française par un déterminisme réducteur. La consommation d'alcool, qui n'est jamais la cause, est cependant très souvent en cause. Une enquête inédite et passionnante sur l'histoire secrète de l'alcool en temps de Révolution.

  • Très proche du couple Helmut et June depuis plus de cinquante ans, j'entendis un soir June me dire  : «  Tu devrais écrire notre histoire, tu la connais si bien.  » Plus de cinquante années d'amitié...
    Je me suis alors plongé dans mes souvenirs, relu Autoportrait d'Helmut ainsi que Mr.  Newton de June, les divers écrits et articles consacrés aux deux photographes qu'ont été Newton et June dite Alice Springs, dont les Éditions du Regard publièrent le premier livre en 1983.
    Mon projet fut alors d'évoquer la tragédie qui frappa le petit Helmut Neustädter, juif berlinois, dont une grande partie de l'oeuvre magnifie le désastre, sa rencontre à Melbourne avec June Dunbar, jeune comédienne australienne déjà reconnue, que leur installation à Paris contraignit à abandonner la scène.
     
    En suivant ces deux destinées, j'ai tenté de raconter l'histoire, la vie d'un couple d'exception scellé par la créativité. Un couple dont l'intelligence, la modernité, la liberté émerveillent et interrogent sur la vérité d'une existence à deux.
    Au fil du temps et du travail d'Helmut Newton, la réalité sociale et artistique des années  1960, 1970, 1980 et, dans une moindre mesure, des années  1990 se révèle, montrant une société qui n'était pas encore dominée par les réseaux sociaux, où la liberté de création était totale, non soumise aux diktats pseudo-moraux qui la gèrent aujourd'hui.

  • L'élève officier, le général de brigade, le Premier consul, l'Empereur. Le plus grand homme du XIXe siècle raconté par ceux qui l'ont personnellement rencontré. Les extraits de mémoires rassemblés ici ont été la source de toutes les histoires de sa vie. Amis, ministres, secrétaires, maîtresses, membres de sa famille, ils racontent leur Empereur, le vrai, celui qu'ils ont vu, de son adolescence à sa mort, de Brienne à Sainte-Hélène. Son physique, son caractère, son quotidien, son exceptionnel. Napoléon intime, Napoléon à la guerre. Napoléon et les soldats, Napoléon et les femmes. Sa façon de travailler, ses habitudes, ses bonheurs, ses peines, son génie, sa folie. Pour la première fois, voici Napoléon sans les mensonges des hagiographes, sans les injures de ses ennemis ; Napoléon avec nous, audacieux, décidé, autoritaire, séduisant, vivant.Anthologie réalisée par Arthur Chevallier

  • Publié en 1894, Napoléon chez lui est le premier livre sur la vie quotidienne de Napoléon. Frédéric Masson décrit l'organisation du palais des Tuileries, précise la fonction de chaque pièce du palais, décrivant leur décoration aussi bien que les responsabilités des personnes qui y travaillent, à commencer par Napoléon lui-même. Chambre ou cabinet de travail, quelle que soit la pièce, l'historien explique pourquoi Napoléon l'avait souhaité telle, en quoi cela correspondait à son tempérament, à sa façon de vivre. Aux Tuileries, à Fontainebleau, à Compiègne, la disposition des appartements était la même  : Napoléon détestait le changement, et cela dans un but  : gagner du temps.
    Voici enfin une journée typique de travail de l'empereur, du réveil au coucher, et sa journée du dimanche (quand il a des dimanche  !), où il déjeune en famille.
    Cet «  empereur dans ses meubles  » en donne un portrait vivant, original et inédit.

  • « Je suis entrée comme apprentie chez MM. Durand frères. J'avais alors douze ans ». Ainsi commence le témoignage de Lucie Baud (1870-1913), ouvrière en soie du Dauphiné, femme rebelle et oubliée, en dépit de grèves mémorables. Une ouvrière méconnue peut-elle être une héroïne ? Michelle Perrot s'efforce de comprendre son itinéraire en renouant les fils d'une histoire pleine de bruits et d'ombres, énigmatique et mélancolique. Mélancolie d'un mouvement ouvrier qui échoue, d'une femme acculée au départ et peut-être au suicide, de l'historienne enfin, confrontée à l'opacité des sources et à l'incertitude des interprétations.

  • "Parce qu'elle a été la première en France en 1791 à formuler une 'Déclaration des Droits de la Femme' qui pose dans toutes ses conséquences le principe de l'égalité des deux sexes. Parce qu'elle a osé revendiquer toutes les libertés, y compris sexuelle ; réclamer le droit au divorce et à l'union libre ; défendre les filles-mères et les enfants bâtards, comprenant que la conquête des droits civiques ne serait qu'un leurre si l'on ne s'attaquait pas en même temps au droit patriarcal. Parce qu'elle a payé de sa vie sa fidélité à un  idéal."Olympe de Gouges demeure une figure fondatrice du combat contemporain pour l'égalité des sexes. Après le beau succès du roman graphique de Catel paru l'an dernier, Benoîte Groult rend un nouvel hommage à cette pionnière.

  • Tout le monde connaît les soeurs Rouart... sans pourtant les connaître : peintes par Renoir, au piano, elles sont aussi mythiques que les Danseuses de Degas ou les Tournesols de Van Gogh. Leurs visages sont des icônes de l'Impressionnisme.
    Filles du peintre et collectionneur Henry Lerolle, les belles Yvonne et Christine ont grandi au milieu d'artistes de génie. Renoir, Degas, mais aussi Debussy, Ernest Chausson, ou encore Claudel, Gide et Mallarmé étaient des familiers, toujours enclins à peindre ces deux jeunes filles modèles, à les photographier, à jouer du piano avec elles.
    C'est Degas, le peintre préféré de leur père, qui a l'idée de les marier aux frères Eugène et Louis Rouart, les fils de son ami, le collectionneur Henri Rouart.
    Issues d'un milieu libéral, elles allaient se heurter au caractère impétueux et sombres des deux énergumènes, pourtant venus comme elles d'une famille éprise d'art, jusqu'à la folie.
    Elles avaient tout pour être heureuses... L'amour sera leur grande blessure. Leurs mariages, par des chemins détournés, les conduiront de l'insouciance au désenchantement. Jusqu'à la tragédie.
    Derrière les lourds rideaux de ces hôtels particuliers fréquentés par tant d'artistes exceptionnels, ou dans les ateliers des peintres, c'est tout un univers qui renaît avec ses passions et des drames, ses secrets et ses ombres. Ce monde, Dominique Bona le fait revivre dans cette biographie foisonnante, à travers l'aventure de deux soeurs au destin brisé.

  • Aron Jean-Marie Lustiger (1926-2007), à la fois entier et double, croyant dévoué et intellectuel engagé, juif de naissance converti au catholicisme, fidèle aux traditions et tourné vers l'avenir, être de recueillement et de terrain, est une énigme.
    Dans cette biographie née d'une relation de près d'un quart de siècle avec son sujet, et d'après les nombreux témoignages de son entourage et un accès aux archives inédites, Henri Tincq révèle le destin singulier d'un jeune juif devenu cardinal. On y retrouve une enfance foudroyée par la mort de sa mère, Gisèle-Léa, déportée à Auschwitz - un drame qui marquera tous ses choix de vie, humains, sociaux ou religieux ; son intérêt pour la chose politique, notamment ses dialogues avec François Mitterrand et son aversion pour Jacques Chirac ; sa relation privilégiée, presque fraternelle, avec Jean-Paul II ; et son élection, en 2005, à l'Académie française.
    Au-delà de la plus étonnante carrière épiscopale du XXe siècle, se dessine le portrait psychologique, celui d'un insatiable, d'un hyperactif omniprésent. « Il se prend pour Dieu », vont jusqu'à prétendre ses détracteurs. S'il est de tous les combats, le cardinal Lustiger fut en Israël l'homme d'une mission et joua un rôle fondamental dans la maîtrise des tensions. Sacré « cardinal des Juifs », il oeuvra sans relâche pour la paix au Proche-Orient, et pour une meilleure entente entre les peuples.
    Avec érudition, nuance et profondeur, Henri Tincq dresse, de l'intérieur, le portrait de ce grand homme d'Eglise dont l'influence se fait encore sentir dans toute la communauté catholique.

  • Hitler, Mao, Mussolini, Pétain, Churchill, Franco, Kennedy, Staline  : les huit hommes les plus puissants du xxe  siècle ont entretenu des liens passionnels avec leurs médecins. Béquilles de tous les instants, prescripteurs de traitements divers, confidents indispensables, ces praticiens discrets, souvent médiocres, oeuvrent dans les coulisses du pouvoir. Garants de la capacité des chefs d'État à gouverner, ils sont les seuls témoins de leur intimité et de leurs faiblesses. Certains ont été de véritables pourvoyeurs de drogues, à des doses vertigineuses. Parfois qualifiés d'empoisonneurs, d'éminences grises ou d'amuseurs, on leur a prêté une influence sans égale. La confiance absolue accordée par leur unique patient et les secrets en leur possession en font des bombes à retardement. D'où les paradoxes d'un lien aussi fragile qu'étroit.
    Ces portraits stupéfiants nous entraînent de l'autre côté du miroir. Comment fonctionne ce duo souvent indissociable  ? Les médecins au chevet des puissants placent-ils la santé au premier plan  ? Sont-ils compétents ou bien dociles et mégalomanes  ? Quelle a été leur responsabilité lorsqu'ils ont permis à des malades de diriger une nation, même en temps de guerre  ? La découverte fascinante et inquiétante des dessous les mieux cachés du pouvoir.

  • Jusqu'en 1945, leurs pères étaient des héros. Après la défaite allemande, ils sont devenus des bourreaux. Eux, ce sont les enfants de Himmler, Gring, Hess, Frank, Bormann, Hss, Speer et Mengele, ces noms synonymes de l'horreur nazie.
    Ces petits Allemands ont vécu la seconde guerre mondiale en privilégiés, entourés par des parents affectueux et tout-puissants. Pour eux, la défaite allemande a été un coup de tonnerre. Innocents, inconscients des crimes paternels, ils en ont découvert toute l'étendue. Certains ont condamné, d'autres n'ont cessé de révérer ces hommes honnis par l'humanité entière.
    Enfants de nazis retrace l'ascension et le quotidien à la fois fastueux et banal de dignitaires accomplissant chaque jour leur travail de mort avant de s'égayer auprès de leurs familles, installées parfois à portée de vue des camps. Il dépeint ensuite les expériences uniques de ces enfants devenus adultes : la déchéance, la misère, la honte ou le repli.
     
    Quels liens ont-ils entretenu avec leurs pères ? Comment vivre avec un nom à jamais diabolisé par l'histoire ? Quelle part de responsabilité des crimes est-elle transmise aux descendants ?
    Comme ces enfants sont toujours hantés par le destin paternel, le passé nazi reste présent à nos mémoires. C'est en ce sens que leur histoire rejoint l'Histoire. Un document passionnant et de troublants portraits de famille.

  • 22 décembre 2004. Pour la première fois, Simone Veil retourne à Auschwitz avec les siens à quelques semaines du 60e anniversaire de la libération du camp. Le reportage publié dans « Paris Match » avait bouleversé les lecteurs par l'intensité de l'émotion qui s'en dégageait. A l'origine de ce « voyage », Alain Genestar, alors directeur de la rédaction du magazine. Il avait réussi à convaincre Simone Veil de revenir sur les lieux où 1 million de Juifs et 120 000 autres déportés ont été assassiné par les nazis. Si Simone Veil s'était déjà rendue à deux reprises à Auschwitz lors de cérémonies officielles, elle avait toujours refusé les sollicitations des magazines et télévisons du monde entier pour réaliser un grand sujet sur elle à l'intérieur du camp.
    Simone Veil a accepté la proposition d'Alain Genestar,  touchée par le fait qu'il se soit rendu  à Auschwitz avant de formuler sa demande. Mais aussi parce qu'elle estimait qu'il était temps, pour elle, d'engager un dialogue avec ses petits enfants, et que ce dialogue devait débuter sur place, sur ces lieux symboles du plus grand crime contre l'humanité. D'où son souhait: revenir à Auschwitz-Birkenau avec ses petits enfants.
    C'est ce voyage « extraordinaire » que raconte Alain Genestar dans ce petit livre pudique. Il ne dévoile pas les propos échangés entre Simone Veil, six de ses petits-enfants et ses deux fils. Ces mots intimes, ces confidences appartiennent à eux seuls. Mais il restitue les coulisses de ce voyage, et surtout l'émotion qui les envahit et le gagne lui-même. Il décrit cette longue marche familiale dans le camp. Les souvenirs de l'ancienne déportée de 17 ans qui resurgissent telles des bouffées de douleur. Mais une douleur transmise.
    En deuxième partie du livre, Alain Genestar publie l'intégrale de la longue interview que lui a accordé Simone Veil au retour de ce voyage à Auschwitz. Des propos où se mêlent la dureté, la tendresse, l'absence de pardon, l'amour des autres. Et la volonté de survivre. « Là-bas, je n'ai jamais pleuré. C'était au-delà des larmes » dit Simone Veil.
    Ce livre est à la fois un document pour l'histoire et un hommage à une femme d'exception qui, avant d'entrer au Panthéon, est entrée dans le coeur des Français.Alain Genestar

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    La famine meurtrière qui frappa l'Ukraine au début des années 30 reste un des chapitres les moins explorés de l'Histoire soviétique. Anne Applebaum répare enfin cette injustice par un livre qui fera date. Elle impressionne par la somme des connaissances rassemblées et commentées  sur ce qui fut une véritable extermination de tout un peuple organisée par le Parti communiste soviétique sous Staline, mais aussi par son talent d'écrivain. Son récit des faits débute par l'histoire de la révolution ukrainienne en 1917 et celle du mouvement national qui en est issu, puis se poursuit par les premières décisions du Politburo sur la politique agricole à mener dans cette province si fertile de l'Union Soviétique jusqu'à la persécution systématique de l'élite ukrainienne. Le tableau brossé par Applebaum nous plonge de manière inédite dans les horreurs de la répression menée par le régime stalinien. Car cette famine «  organisée  » fit plus de 5 millions de victimes - dont 3.9 millions d'Ukrainiens, et l'héritage de cette mémoire que l'URSS a tenté d'éradiquer joue évidemment un rôle considérable dans les relations russo-ukrainiennes au temps présent.
    Famine rouge s'impose par sa documentation incontestable, sa hauteur de vue et les perspectives qu'il dégage, c'est aussi un livre nécessaire pour comprendre un épisode tragique de l'Histoire du XXème siècle autant que la réalité politique actuelle de cette région du monde.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat.

  • "Vaste saloperie" selon André Breton, "mauvais livre" selon le rédacteur en chef de La Croix, qui appelle ses les lecteurs à le brûler, Jeanne d'Arc provoque, à sa sortie, la colère des catholiques et des surréalistes réunis dans un combat pompeux. Amour de la chair, intrépidité, souffle lyrique, rien de tout cela ne pouvait satisfaire ces pouvoirs constitués. A peine cinq ans après la canonisation de la sainte, Joseph Delteil osait montrer une Jeanne humaine.Dans cette biographie hors du commun, il la dépouille des oripeaux de la légende pour nous présenter une "fille de France", qui aime, jure, espère, échoue parfois. Alors, elle est sublime.

  • Dans le Paris de l'Occupation, réduit au périmètre douteux qui va des bureaux du Majestic à l'Omnibus de chez Maxim s en passant par les sous-sols de la rue Lauriston, ce livre brosse une galerie de femmes vénales, exotiques, qui vont vivre sous l'occupation, un étrange conte de fées qui se terminera souvent en cauchemar?
    Russe comme la princesse Tchernitcheff, mannequin et actrice de cinéma, qui devint la protégée du sinistre Lafont, chef de la Gestapo française, et la maîtresse d'officiers allemands influents?
    Grecque comme la princesse Mourousi, lesbienne et morphinomane qui, non contente de doubler les Allemands au marché noir, faisait vider les appartements des juifs pourchassés?
    Espagnole comme la marquise de San Carlos, maîtresse avant guerre du maire de Biarritz, franquiste de la première heure, elle s'acharnait sur les réfugiés républicains qu'elle dénonçait?
    Mais aussi françaises comme Sylviane d'Abrantés ou la comtesse Olinska. La première, maîtresse entre autres de Lafont qui la décrit comme "une chienne et une folle", sera une des grandes courtisanes de l'Occupation. La comtesse Olinska profite de ses trafics d'influence pour tenter de se lancer avec sa petite fille dans le monde du cinéma. Elles vont traverser cette période en reines de toutes les compromissions, portées par la veulerie des hommes en place et les complaisances du système économique instauré par l'occupant.
    Grâce à l'ouverture récente des archives de justice aux historiens, ce livre dévoile pour la première fois les vies extravagantes de celles qu'on surnomma après guerre, les "comtesses de la Gestapo", fleurs vénéneuses dont l'éclat fut peut-être fugitif mais le parfum assez capiteux pour nous fasciner et nous horrifier -encore aujourd'hui.

  • « Moi, Président, je demanderai à Patrick Rambaud de ne pas m'écrire de chronique du règne de François Ier... »
    C'était impossible en effet : François Ier était pris, tout comme le méconnu François II, l'impossible François III. Et François IV fut roi de Modène.
    Patrick Rambaud s'est donc choisi un roi de haut calibre : François le Petit.
    Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée.
    Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confetti, avec son casque à visière, au côté de ses femmes...
    Pour sauver la France et de l'ennui et du médiocre, votez Patrick Rambaud !

  • De Simone Veil, on réduit trop souvent la biographie à quelques dates phares, dont, évidemment, celles du débat sur l'IVG, en 1974. De même de son image et des rares signes électifs qui l'incarnent aux yeux des Français  : un chignon fidèle qu'elle n'acceptera de défaire qu'une seule fois en public, un immuable tailleur Chanel, dont ne varie que la couleur, un collier de perles porté sur une lavallière. A la différence sans doute des simplifications biographiques, cette austérité est délibérée. Elle est aussi comme la cuirasse d'une femme parvenue au sommet de l'Etat, soucieuse d'opposer à la curiosité du public et des journalistes une image qui n'offre aucune prise, aucune perspective personnelle.
    Tout au long de sa vie publique, Simone Veil a soigneusement protégé son intimité familiale et amicale. Antoine, son mari, apparaît parfois au cours de ses campagnes, mais toujours saisi comme une apparition «  officielle  ». De même de ses enfants, photographiés publiquement, par exemple au ministère de la Santé  juste avant les débats sur l'avortement, autour d'une table qui réunit la ministre et son cabinet.
    Certes, depuis sa retraite politique, avec le succès de ses mémoires, l'entrée à l'Académie française et la Panthéonisation, la multiplication des hommages de toutes natures, se sont multiplié les incursions médiatiques dans la sphère privée de celle qui est restée si longtemps une des personnalités préférées du public. Simone Veil ne s'y est jamais prêtée volontiers. Aujourd'hui, ses deux fils ont accepté pour la première fois que soient publiées autant de photographies pour la plupart inédites.
    Cet album fait  comprendre quelles étaient les racines de ses engagements, les figures familières, parents, frère et soeurs, enfants et petits-enfants, amis, lieux aimés où elle se ressourçait. Commentés par ceux-là mêmes qui lui furent si chers, ses deux fils, Jean et Pierre François.

  • Magellan (1480-1521) entreprit en 1519 le premier voyage autour du monde. Il trouva une mort absurde aux Philippines, son exploit accompli. Dans cette formidable biographie, Zweig exalte la volonté héroïque de Magellan, qui prouve qu'« une idée animée par le génie et portée par la passion est plus forte que tous les éléments réunis ». Marie Stuart (1542-1587) reine d'Ecosse puis de France, doit en 1560 se réfugier auprès d'Elisabeth I d'Angleterre après une liaison malheureuse. Celle-ci la gardera captive vingt ans avant de la condamner à mort. Il fallait l'immense talent de Stefan Zweig pour faire revivre la femme et la reine, parée de mille grâces par les uns, peinte comme une criminelle par les autres. Qui était Marie-Antoinette (1755-1793)? Une débauchée futile ? Une icône pour la Restauration ? Nous la suivons de la chambre de son époux, jusqu'au lit de la guillotine. Zweig analyse une âme bouleversée par les événements, qui, sous le poids du malheur et de l'Histoire, se révèle à elle-même. Joseph Fouché (1759-1820) a servi avec zèle la République, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Monarchie. Elève chez les Oratoriens, il devint un pilleur d'églises. Conventionnel modéré, il vota la mort du roi. Fouché, c'est l'art du reniement, la grâce du traître. Stefan Zweig nous fait découvrir, à sa manière, une figure essentielle de l'Histoire.

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