Fayard

  • Chacun peut éprouver le vent, sa présence, sa force, son influence. Parfois il crie et rugit, parfois il soupire ou caresse. Certains vents glacent, d'autres étouffent. Si l'homme a depuis l'Antiquité témoigné de cette expérience, il s'est longtemps heurté au mystère de ce flux invisible, continu, imprévisible. Le vent, aux traits immuables, échapperait-il à l'histoire  ?
    Il n'en est rien. Dans cet essai sensible, Alain Corbin nous guide au fil d'une quête initiée à la fin du xviiie siècle pour comprendre les mécanismes d'un élément longtemps indomptable. C'est le temps de nouvelles expériences du vent, vécues au sommet de la montagne, dans les déserts ou, pour la première fois, dans l'espace aérien. Se modifient alors les manières de l'imaginer, de le dire, de le rêver, inspirant les plus grands écrivains, à commencer par Victor Hugo.
    Un champ immense se dessine aux yeux de l'historien  ; d'autant que le vent est aussi, et peut-être avant tout, symbole du temps et de l'oubli.
     
    Historien spécialiste du xixe  siècle, Alain Corbin est mondialement reconnu pour son approche novatrice sur l'historicité des sens et du sensible, auxquels il a consacré de très nombreux ouvrages. Co-directeur d'une Histoire des émotions  (Seuil, 2016, 2 vol.), il a récemment publié La fraîcheur de l'herbe (Fayard, 2018  ; Pluriel, 2019) et Terra incognita. Une histoire de l'ignorance (Albin Michel, 2020).

  • Pourquoi le 18 juin 1901 Picasso est-il « signalé comme anarchiste » à la Préfecture de police, quinze jours avant sa première exposition parisienne ? Pourquoi le 1er décembre 1914 près de sept cents peintures, dessins et autres oeuvres de sa période cubiste sont-ils séquestrés par le gouvernement français pour une période qui dure près de dix ans ? D'où vient l'absence presque totale de ses tableaux dans les collections publiques du pays jusqu'en 1947 ? Comment expliquer, enfin, que Picasso ne soit jamais devenu citoyen français ? Si l'oeuvre de l'artiste a suscité expositions, ouvrages et commentaires en progression exponentielle à la hauteur de son immense talent, la situation de Picasso « étranger » en France a paradoxalement été négligée. C'est cet angle inédit qui constitue l'objet de ce livre.
     
    Pour l'éclairer, il faut exhumer des strates de documents ensevelis, retrouver des fonds d'archives inexploités, en rouvrir, un à un, tous les cartons, déplier chacune des enveloppes, déchiffrer les différentes écritures manuscrites. Alors tout s'organise autrement et le statut de l'artiste se révèle beaucoup plus complexe qu'on ne l'imaginait.
     
    Un étranger nommé Picasso nous entraîne dans une enquête stupéfiante sur les pas de l'artiste surdoué, naviguant en grand stratège dans une France travaillée par ses propres tensions. On le voit imposer au monde son oeuvre magistrale, construire ses propres réseaux et devenir un puissant vecteur de modernisation du pays. Un modèle à contempler et peut-être à suivre.

  • «  Voici le récit d'un épisode incroyable, trop souvent censuré, de l'histoire de France, de l'histoire de l'Algérie et de celle de la Seconde Guerre mondiale.
    1943. Une extraordinaire année de dupes, qui éclaire d'un jour nouveau la situation géopolitique mondiale d'aujourd'hui.
    C'est d'abord l'histoire des Juifs d'Algérie qui reçurent, en 1870, la citoyenneté française et qui subirent ensuite des discriminations plus intenses encore que partout ailleurs en France, trouvant leur apogée dans les trois années de domination pétainiste en Algérie.
    Des Juifs à qui deux gouvernements français successifs retirèrent leur citoyenneté  : un gouvernement collaborant avec les nazis  ; puis un autre, dont on ne parle jamais, collaborant avec les Américains.
    Des Juifs à qui des dirigeants français, hors de toute présence allemande, se préparaient à faire porter des étoiles jaunes et qu'ils s'apprêtaient à enfermer dans des camps de concentration sahariens.
    C'est aussi l'histoire du premier débarquement de troupes anglo-américaines en terre de France pendant la Seconde Guerre mondiale  ; un débarquement qu'on ne commémore pas, parce que des troupes françaises y combattirent des troupes américaines.
    Cet épisode incroyable met en scène des vichystes proaméricains, des Américains pétainistes, des résistants maréchalistes, se battant les uns contre les autres.
    C'est enfin une histoire bien plus vaste, parce qu'en fait les dirigeants français craignaient que permettre aux Juifs d'être français n'ouvre le même avenir à tous les Algériens. Cela concerne aussi tous ceux qui réfléchissent aujourd'hui, où que ce soit dans le monde, à ce qu'est une citoyenneté, une nation, une identité. Pour construire un monde enfin libre et heureux.  »
    J. A.

  • Il est assez curieux ce mot « centenaire  » apposé tout près du nom d'Hélène Berr et avec lequel il ose  même faire la rime. Presque inapproprié ou anachronique tant Hélène Berr est restée cette jeune femme à la grâce altière et d'éternelle jeunesse. 24 ans. 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen, laissant derrière elle son Journal, mais emportant dans le néant toutes les autres promesses d'amour et de créativité qu'elle sentait prêtes à éclore en elle. Pas une année de plus ne viendra égrener le décompte de ce temps qui passe inexorablement, vieillit les visages, mais pas le sien, dessine des projets ou conforte des vocations, mais pas la sienne.
    C'est en réponse à cette injustice qu'est née la volonté d'une publication à l'occasion de cette date symbolique. Un hommage certes, mais un hommage pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, l'une et l'autre toujours aussi vives. Une célébration de son Journal donc, telle qu'elle l'aurait peut-être souhaitée, par des femmes et des hommes de la sphère publique ou non, sans distinction d'âge, d'appartenance sociale ou religieuse et dont le ressenti serait aussi un témoignage pour tous les autres partis avec elle, mais sans laisser le moindre mot ni la moindre trace.
     
    Préface de Mariette Job
    Regards littéraires de Karine Baranès-Bénichou
     
    Contributions de
    Haïm Korsia - Karen Taieb - Ivan Levaï - Antoine Spire - Marcel Cohen -- Isabelle Carré -- Guila Clara Kessous - Jean-Luc Marchand - le Quatuor Girard - Boris Cyrulnik - Vincent Duclerc - Robert Frank - Jérôme Pujol - Julien Coutant et ses élèves Cassandra Lobo et Ornella Neri - Benny Boret.

  • Les garçons sont de retour avec une nouvelle fabuleuse collection de 100 portraits d'hommes brillants et inspirants qui ont prouvé que la vulnérabilité n'est pas une faiblesse, mais une force - et que l'ouverture d'esprit change la vie. Comme dirait Ed Sheeran  : «  Ne vous cachez pas derrière un personnage. Soyez fiers de vos bizarreries. C'est vraiment cool d'être différent.  » 
    AARON FOTHERINGHAM  AKRIT JASWAL  AMROU AL-KADHI  ANDRE AGASSI  ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY  PIRANA NGATA  ARYAN PASHA  AUGUSTE ESCOFFIER   BANKSY  BART WEETJENS  BISI ALIMI   BRASSAÏ   BUN SALUTH   CARL JUNG   CARLOS ACOSTA  CHARLES M. SCHULZ  LES PLONGEURS DE TCHERNOBYL  CHESTER BENNINGTON   CHESTER GREENWOOD  CHRIS MOSIER   CRAIG KIELBURGER  CYRUS LE GRAND  LE 14ème DALAI LAMA   DASHRATH MANJHI   ED SHEERAN  EDDIE NDOPU  EDVARD MUNCH  EDWARD ENNINFUL   EMIL ZÁTOPEK   EMMANUEL OFOSU YEBOAH   ENRICO CARUSO  ERICH KÄSTNER   ERNÖ RUBIK   EVAN RUGGIERO   FRANCISCO TÁRREGA   FRANÇOIS TRUFFAUT   GIORGIO STREHLER   GUS WORLAND   HENRY DUNANT   HRITHIK ROSHAN  IBRAHIM AL HUSSEIN   ISAAC ASIMOV   IVÁN FERNÁNDEZ ANAYA   JACKIE CHAN  JACKSON POLLOCK  L'ÉQUIPE JAMAÏCAINE DE BOBSLEIGH  JAMES MATTHEW BARRIE  JEAN GENET   JEONG KWANG-IL   JIMMY CHOO   JOEL SALINAS  JOHN COOPER CLARKE   JOHN GURDON  JOHN WOOD  JYOTIRAO PHULE  KIMANI MARUGE   KYLIAN MBAPPÉ   LEE RIDLEY   LEOPOLD SOCHA   LITTLE RICHARD   LOUIS KAHN  LOYLE CARNER  MAGNUS HIRSCHFELD  MAHMOUD DARWISH  MAMOUDOU GASSAMA   MATTIE STEPANEK   MICHAEL PHELPS   NOUSHAD AFRIDI & KHITTABSHAH SHINWARI   OLIVER PERCOVICH   OLIVER SACKS   OSCAR EKPONIMO   PETER OSTRUM   PRINCE CARL PHILIP   PRINCE HARRY   RAINER MARIA RILKE   RENE SILVA   SIERRA LEONE'S REFUGEE ALL STARS  RICHARD BUCKMINSTER FULLER   RICHARD & CHERRY KEARTON   RICKY MARTIN   ROBERT CHAN  ROBERT MONTGOMERY   ROBERTO BURLE MARX  RUBÉN FIGUEROA  SAINT NICOLAS  SAMAN KUNAN  SATOSHI TAJIRI  SEEBOHM ROWNTREE  SERGEI DIAGHILEV  SHERIF & TAREK HOSNY   SIMON FITZMAURICE   SOCRATE   TIM BERNERS-LEE   TOBIAS BAMBERG   TOM DALEY  WITI IHIMAERA   XIUHTEZCATL MARTINEZ  YANG HAK-SEON   YVES SAINT LAURENT  ZACHARIAS KUNUK

  • Saviez-vous que le hamac, d'origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l'espace  ? Que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse  ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien  ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur  ? Que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines  ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d'acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique  ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d'une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites.
     
    Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.
     

  • Pourquoi la tour Eiffel a-t-elle failli s'appeler la tour Bonickhausen ?
    Quand le bleu est-il devenu la couleur du ciel ?
    Y a-t-il des neurones dans nos intestins ?
    Quels sont les dessous érotiques de l'expression « l'affaire est dans le sac » ?
    Comment un berger aux chèvres insomniaques a-t-il découvert le café ?
    Jusqu'où la Montespan est-elle allée pour l'amour de Louis XIV ?
    Pourquoi Voltaire et Rousseau se détestaient-ils ?
    Qui a inventé la valse ?
    Qui était Lady Lovelace, la pionnière de l'informatique ?
    Quel est le lien entre Google et une faute de frappe ?
    Dalí était-il fou ?
     
    En 250 histoires étonnantes, Sidonie Bonnec et Thomas Hugues revisitent
    la culture générale à travers des détails méconnus et des anecdotes savoureuses.
    Un peu d'histoire, de sciences ou de nature, une dose de géographie ou d'économie, une rasade de sport ou une petite leçon de choses... À vous de les picorer au gré de vos envies !
     
    Sidonie Bonnec et Thomas Hugues sont journalistes. Ils ont animé ensemble pendant six saisons l'émission quotidienne La curiosité est un vilain défaut sur RTL.
     

  • La gauche doit-elle défendre la nation  ? Crise du projet européen, mises en cause des frontières, retour des nationalismes et xénophobie font chaque jour l'actualité. Le dépassement des frontières nationales, qui semblait un temps aller de soi, n'était-il pas une erreur de diagnostic  ? Dans des sociétés plurielles, comment peuvent coexister des populations qui ne disposent pas, à l'origine, d'une histoire partagée  ?
    Toutes ces interrogations furent débattues par la gauche européenne au cours de son histoire. Dans cet essai novateur élaboré à partir du monde germanophone, Jean-Numa Ducange restitue ce grand débat qui occupa les têtes pensantes du socialisme, comme le quotidien des militants. Dans la seconde moitié du xixe  siècle, les premiers partis socialistes durent se confronter à une évidence  : l'extension du marché et du capitalisme, pas plus que les luttes des travailleurs à l'échelle internationale, n'ont conduit à la disparition des nations. Le Parti social-démocrate allemand n'est à l'époque pas seul à proposer des solutions, mais nul n'a alors plus d'influence à l'étranger  : de Paris à Moscou, il fascine. Surtout, lui et son alter ego autrichien sont confrontés aux problèmes posés par la coexistence de multiples nationalités, tandis que la question coloniale s'impose sur le devant de la scène.
     
     
    Jean-Numa Ducange est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Rouen Normandie (GRHIS) et membre junior de l'Institut universitaire de France. Il a notamment publié La Révolution française et la social-démocratie (PUR, 2012) et Jules Guesde. L'anti-Jaurès  ? (Armand Colin, 2017).
     

  • Au début du xxe  siècle, quatre-vingts militaires français accompagnés de six cents tirailleurs envahissent deux puissantes villes du Sahara et du Sahel. La France, comme plusieurs autres pays européens, considère alors les territoires africains comme des espaces à s'approprier. Elle se substitue par la force aux gouvernements existants, au nom d'une supériorité civilisationnelle fondée sur le racisme.
    Depuis le coeur de ces deux villes, grâce à une documentation exceptionnelle, Camille Lefebvre examine comment s'est imposée la domination coloniale. Militaires français, tirailleurs, mais aussi les sultans et leur cour, les lettrés et les savants de la région, sans oublier l'immense masse de la population, de statut servile ou libre, hommes et femmes  : tous reprennent vie, dans l'épaisseur et la complexité de leurs relations. Leur histoire révèle la profondeur des mondes sociaux en présence  ; elle retisse les fils épars et fragmentés des mondes enchevêtrés par la colonisation.
    Les sociétés dans lesquelles nous vivons, en France comme au Niger, sont en partie issues des rapports de domination qui se sont alors noués  ; s'intéresser à la complexité de ce moment nous donne des outils pour penser notre présent.

  • Le vert aurait une vertu apaisante. Et à voir les balcons et les toits de nos immeubles, les trottoirs de nos villes, les citadins d'aujourd'hui tentent d'en tirer leçon. La verdure reprend ses droits, comme pour répondre à un désir, comme pour retrouver des émotions perdues.
    Nombreux sont ceux qui célébrèrent ce pouvoir sensible de l'herbe. De Lucrèce à Pétrarque, de Ronsard à George Sand, de Lamartine à René Char, Alain Corbin dresse un portrait de ces hommages rendus à l'herbe dans tous ses états, en brin ou en touffe, mauvaise ou folle. Et l'on renoue alors avec des sensations familières  : la joie de l'enfant se roulant dans l'herbe, l'invitation au repos après un déjeuner sur l'herbe, les odeurs de foin coupé, le bourdonnement du petit monde des prés, mais aussi l'érotisme d'un lit d'herbe, jusqu'à la paix provoquée par l'herbe disciplinée des cimetières.
    Au gré des citations qu'il éclaire de son regard d'historien, Alain Corbin nous convie à une promenade sensible et verdoyante.
     
    Historien spécialiste du xixe  siècle en France, Alain Corbin est reconnu internationalement pour son approche novatrice sur l'historicité des sens et du sensible, auxquels il a consacré de très nombreux ouvrages. Auteur des Filles de rêve (Fayard, 2014) et de La Douceur de l'ombre (Fayard, 2016), il a récemment dirigé l'Histoire des émotions (Seuil, 2016, 2 vol.).

  • Le métis avec qui Serge Gruzinski dialogue par-delà les siècles est l'exact contemporain de Montaigne. Fils d'un conquistador et d'une Indienne, il est devenu à la fois interprète et homme d'affaires. Il a pris le temps de répondre au vaste questionnaire lancé par la couronne espagnole pour connaître ses nouveaux territoires. Avec un visible plaisir, il s'improvise tour à tour historien et journaliste  : il évoque l'histoire de son pays, parle de ses traditions et de ses croyances tout autant que de ses inquiétudes sur le présent, même si il n'adhère pas à l'idée   alors commune  que la fin du monde est proche.
    Ce document exceptionnel est un témoignage de première main sur la construction de la première société coloniale des temps modernes   le Mexique  mais aussi sur l'essor de la mondialisation ibérique. Serge Gruzinski y puise la matière d'un vrai dialogue, posant à cet homme de la Renaissance des questions que chacun affronte aujourd'hui  : quels repères se forger quand tout change autour de soi et que le passé sombre dans l'oubli  ? Comment s'adapter à un monde qui se globalise  ?
     
    Historien de renommée internationale, Serge Gruzinski enseigne l'histoire en France (EHESS), aux États-Unis (Princeton) et au Brésil (université du Para, Belem). Il est spécialiste de la mondialisation ibérique au xvie  siècle et l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Quatre Parties du monde  : histoire d'une mondialisation (La Martinière, 2004), La Pensée métisse (Fayard-Pluriel, 2012), L'Aigle et le Dragon (Fayard, 2012), L'Histoire pour quoi faire  ? (Fayard, 2015) ou encore La Machine à remonter le temps (Fayard, 2017).

  • Shoah

    Claude Lanzmann

    Il n'est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s'expliquer. Nous avons lu, après la guere, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d'extermination; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd'hui l'extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n'avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l'affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction, ni documentaire Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante économie de moyens: des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d'exprimer l'indicible par des visages.
    C'est une composition musicale qu'évoque la subtile construction de Shoah avec ses moments où culmine l'horreur, ses paisibles paysages, ses lamentos, ses plages neutres. Et l'ensemble est rythmé par le fracas presque insoutenable des trains qui roulent vers les camps.
    La construction de Claude Lanzmann n'obéit pas à un ordre chronologique, je dirais _ si on peut employer ce mot à propos d'un tel sujet _ que c'est une construction poétique.
    Jamais je n'aurais imaginé une pareille alliance de l'horreur et de la beauté. Certes, l'une ne sert pas à masquer l'autre, il ne s'agit pas d'esthétisme: au contraire, elle la met en lumière avec tant d'invention et de rigueur que nous avons conscience de contempler une grande oeuvre. Un pur chef-d'oeuvre.
    SIMONNE DE BEAUVOIR

  • Jean-Christophe Brisard a retrouvé dans les archives militaires russes un document historique majeur de la Seconde Guerre mondiale  : le livre d'or d'Hitler.
    De janvier 1939 au 20 avril 1945, année après année, les invités des grandes cérémonies du régime, principalement des diplomates, y ont apposé leur signature comme autant de preuves de leurs liaisons dangereuses avec le Reich. En mai 1945, tous ceux qui n'avaient pas quitté Berlin ont été capturés par les Soviétiques et envoyés à Moscou pour y être interrogés.
    En croisant ce document exceptionnel avec les rapports des services secrets soviétiques et des sources diplomatiques internationales, Jean-Christophe Brisard retrace dans ce récit passionnant les destins de ces hommes qui furent plus que tout autre confrontés à leur conscience. Car si beaucoup firent preuve de compromission, de lâcheté et d'opportunisme, quelques-uns se comportèrent comme des héros.
    Une plongée inédite dans le Berlin des années de guerre, à hauteur d'homme.
     
    Grand reporter, Jean-Christophe Brisard a réalisé de nombreux documentaires d'investigation géopolitique, principalement sur les dictatures. Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont  Enfants de dictateurs  (First Histoire, 2014) avec Claude Quétel. Il a plus récemment publié chez Fayard  La mort d'Hitler. Dans les archives secrètes du KGB  (2018) traduit en 17 langues.
     

  • Meseberg, Allemagne, le 1er  juillet 2020  : Angela Merkel et Emmanuel Macron réaffirment, lors d'un déjeuner abondamment photographié par la presse européenne, une entente franco-allemande qui n'a pas toujours coulé de source.
    Hélène Miard-Delacroix, historienne française, et Andreas Wirsching, historien allemand, nous racontent de leur point de vue l'histoire tumultueuse qui a lié ces deux grands pays au coeur de l'Europe. Des siècles durant, soupçons, jalousies, humiliations et craintes des deux côtés du Rhin ont engendré de sanglants conflits, de la guerre franco-allemande de 1870-1871 aux Première et Seconde Guerres mondiales.
    Après 1945, les deux nations ont su mettre en place une relation d'amitié et s'accorder grâce à nombre de protagonistes dont les couples politiques -  d'Helmut Kohl et François Mitterrand à Angela Merkel et Emmanuel Macron.
    Si ces deux voisins singuliers veulent encore aujourd'hui jouer un rôle dans l'Histoire en imposant une coopération franco-allemande dans l'Union européenne, ils devront mettre leurs passifs de côté. Ce livre stimulant et accessible à tous montre à quel point la connaissance du passé commun est importante pour qu'il en soit ainsi.
     
    Hélène Miard-Delacroix est professeure à Sorbonne-Université à Paris. Ses travaux de recherche portent sur l'histoire allemande et l'histoire des relations franco-allemandes. Andreas Wirsching est directeur de l'Institut für Zeitgeschichte et professeur d'Histoire contemporaine à l'Université Ludwig-Maximilian de Munich.

  • S'il n'est jamais superflu de rappeler que les sociétés africaines sont faites de la même étoffe historique que toutes les sociétés, c'est parce que les passés de l'Afrique sont restés longtemps méconnus. Être historien ou archéologue de l'Afrique, dès lors, consiste à désencombrer le passé autant qu'à en saisir la diversité  : richesse de la littérature orale et de la documentation écrite, pluralité des langues et des religions, inventivité technique et sociale, cohabitation des formes politiques. Attentif aux multiples trajectoires historiques qui s'y manifestent, François-Xavier Fauvelle invite à écouter ce que nous apprend l'histoire de l'Afrique.
     
     
    François-Xavier Fauvelle a dirigé le Centre français d'études éthiopiennes à Addis Abeba, de 2006 à 2009, et le laboratoire Traces à l'université de Toulouse Jean-Jaurès, de 2013 à 2017. Depuis 2019, il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'Histoire et archéologie des mondes africains.

  • L'histoire du Caucase contemporain, ancienne région de contact entre les empires, est un parcours au fil d'un siècle de relations entre Russie, Turquie et Iran. Des premières années du xxe  siècle aux conséquences de la chute de l'Union soviétique, ces territoires de confins furent l'objet d'enjeux politiques et militaires, mais aussi économiques, culturels et migratoires exacerbés par cet ancrage géographique à la croisée des influences.
    Comment la densité d'un espace frontalier turbulent se retrouve-t-elle au coeur de politiques qui visent à l'homogénéiser et à l'intégrer dans des espaces de plus en plus nationaux  ? Comment passe-t-on d'une frontière ouverte, vécue de manière fluide par les populations, à ce lieu de confrontation, politique ou idéologique  ?
    Tandis que la question de la circulation des hommes a pris ces dernières années un caractère dramatique, Étienne Peyrat livre les clés pour comprendre la nature même des frontières et de leur évolution dans le monde contemporain, entre jeu des puissances et vie des sociétés.
     
    Étienne Peyrat est maître de conférences en histoire contemporaine à Sciences Po Lille et chercheur à l'IRHIS (Université de Lille). Ses recherches portent sur l'histoire des relations internationales et des circulations entre Europe de l'Est, Russie et Moyen-Orient.
     

  • Le Mossad est considéré aujourd'hui comme l'un des meilleurs services secrets du monde. L'histoire d'Elie Cohen, espion d'exception qui infiltra Damas pendant la guerre de Six jours, demeure l'un des événements fondateurs de sa légende.  En juin 1967, la défaite que l'armée israélienne inflige, en un temps record, à trois armées arabes prouve au monde entier l'efficacité des services de renseignements de l'État d'Israël. Derrière cette victoire éclair se cachent l'audace et l'intelligence hors-normes d'un seul homme : l'agent Elie Cohen, alias Kamal Amin Taabes, qui a fourni des renseignements décisifs au Mossad.De son service militaire à sa formation d'agent secret, de la création de sa couverture à son implantation en Syrie, jusqu'à sa traque sans merci et sa pendaison sur la place publique de Damas en 1965, ce livre retrace le parcours extraordinaire d'un espion qui a, trois ans durant, infiltré les plus hautes sphères du pouvoir politique et militaire syrien.

  • L'étonnante fortune dont jouit aujourd'hui encore l'oeuvre de Clausewitz (1780-1831), l'auteur du fameux traité De la guerre, présente un caractère quelque peu paradoxal. Du point de vue de son objet propre, la guerre, la pensée de Clausewitz correspond en effet à une période historique précise - le concert des grands Etats européens aux XVIIIe et XIXe siècles -, et l'on peut juger que cette époque est à présent révolue du fait de l'avènement de l'arme nucléaire, du fait aussi des effets de la mondialisation sur l'autonomie et la consistance des Etats. Pourtant les oeuvres de Clausewitz présentent bien davantage qu'un intérêt historique.
     On peut d'abord y trouver les fondements d'une théorie générale de l'action dans le milieu de l'incertitude et du risque ; mieux, toute doctrine qui prend pour axiome premier la souveraineté de l'individu et qui essaie de construire sur cette base le social, le politique ou l'historique est nécessairement amenée à penser la vie sociale sur le modèle de la guerre ; dès lors, elle a tout intérêt à se tourner vers Clausewitz, où elle trouvera une description, à ce jour inégalée, des formes générales que prend le conflit lorsqu'il oppose des volontés à la fois intelligentes et passionnées.
    C'est à l'étude de la genèse de cette pensée et à l'évaluation de sa validité dans les conditions de l'action politique et sociale contemporaine que s'est attaché Emmanuel Terray dans cet essai.
     Emmanuel Terray est anthropologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.Parmi ses derniers livres : La Politique dans la caverne (1992), Une passion allemande (1994) et Ombres berlinoises (1996). 

  • Un terrain de basket-ball dans la jungle des Philippines ; une statue de la liberté à Taïpei ; des camions livrant du Coca-Cola dans les rues de Lahore ; un campus Rockefeller à l'université de Lyon ; un McDonald's à Alexandrie : autant de signes de la dimension planétaire de l'empreinte états-unienne. Nés au XVIIIe siècle, et ayant connu un développement extraordinairement rapide, les États-Unis sont sans doute le premier pays, dans l'histoire contemporaine, à avoir eu à la fois l'ambition et les moyens de rayonner à l'échelle de la planète et de la reconfigurer, tant sur le plan économique que politique ou culturel. Y sont-ils parvenus ?
    Du cinéma à l'exportation de la démocratie en passant par la consommation de masse ou la peinture abstraite, Ludovic Tournès offre la première analyse totale du processus d'américanisation. Examinant son évolution et ses transformations, mais aussi ses limites, aux États-Unis comme ailleurs, depuis plus de deux siècles, il renouvelle notre compréhension d'un phénomène bien plus complexe qu'il n'y paraît.
     
     
    Ludovic Tournès est professeur d'histoire à l'université de Genève. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels New Orleans Sur Seine. Histoire du jazz en France (Fayard, 1999), L'Argent de l'influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens (Autrement, 2010), ou encore Les États-Unis et la Société des Nations (1914-1946) : le système international face à l'émergence d'une superpuissance (Peter Lang, 2015).
     

  • De la Grèce classique à la Rome impériale, de la première modernité à la grande saison du capital et du travail, l'idée d'égalité s'est élaborée au coeur de l'identité de l'Occident, entre égalité formelle des droits et égalité substantielle des conditions de vie. Mais la transformation technologique avec la fin de la grande industrie et la crise des anciennes structures de classe dans les pays les plus avancés ont mis à mal les fondements culturels, sociaux et économiques des paradigmes modernes de l'égalité et laissé un vide qui met en péril les sociétés occidentales contemporaines. Comment s'en sortir  ? Nous avons besoin d'opérer un changement radical dans notre façon de nous concevoir, loin des mythes du «  social  » et du «  collectif  », tout en laissant place à la révolution que nous sommes en train de vivre.
    Quand l'histoire se fait clé de lecture d'une idée nouvelle, capable de donner sens à notre temps.
     
    Historien de renommée internationale, Aldo Schiavone a dirigé l'Institut italien de sciences humaines. Il est l'un des plus grands spécialistes du droit romain et son ouvrage Ius  : l'invention du droit en Occident (trad. fr. Belin, 2009) est une référence. Il a plus récemment publié chez Fayard un remarqué Ponce Pilate (trad. fr. 2016, réimpr. 2020).
     

  • Chacun croit savoir, pour l'avoir appris à l'école, ce qu'était la philosophie antique  : la naissance de la Raison, avec la critique du mythe et de la religion  ; l'invention de l'éthique, avec le «  souci de soi  » et les «  exercices spirituels  »  ; et bien sûr une galerie de bustes blancs vénérables  : Socrate, Platon, Aristote, etc.
    Pierre Vesperini propose de mettre en suspens ce «  grand récit  », et d'aller directement aux sources, en leur posant une question simple  : qu'appelait-on philosophia dans l'Antiquité  ? Tout d'un coup, le musée laisse place à un territoire luxuriant de couleurs et d'histoires, où le familier retrouve son étrangeté, où l'inconnu fait son entrée.
    L'histoire ici, loin de s'opposer à la philosophie, la déplace. Car en proposant une reconstitution de l'expérience antique de la philosophia, du «  temps des sages  » à la christianisation, l'auteur invite aussi à prendre conscience de ce qui a été perdu, pour inventer d'autres façons de concevoir le savoir et la pensée.

  • Histoires de la mer

    Jacques Attali

    «  On ne raconte jamais l'histoire des hommes vue de la mer. Et c'est pourtant là que l'essentiel se joue. C'est en lien avec la mer que se sont faites l'essentiel des innovations ayant bouleversé les sociétés humaines. C'est par la mer que circulent, depuis des millénaires, idées et marchandises. C'est en s'assurant le contrôle des océans que les empires se sont hissés au sommet de leurs ambitions. C'est quand ils perdent le contrôle des mers qu'ils déclinent. À l'avenir, c'est encore par et grâce à la mer que surgiront les plus grandes superpuissances.
    L'importance de la mer devrait donc s'imposer à nous, d'autant plus qu'on commence à comprendre son rôle écologique fondamental et la gravité des menaces qui risquent de la condamner à brève échéance. Nous devrions tout mettre en oeuvre pour la protéger. Pourtant, il n'en est rien.
    Que peut-on faire  ? D'abord, raconter l'histoire de la mer depuis les premiers instants de l'univers jusqu'à après-demain, prendre conscience de son rôle dans la perpétuation de la vie et dans l'histoire de l'humanité. De ne plus être à son égard dans une attitude de consommateur, mais de partenaire, respectueux et émerveillé.  »
    J. A.

  • Événement majeur de la découverte des Amériques, la conquête du Mexique, du Guatemala et du Pérou est ici reflétée comme dans un miroir à faces multiples par les récits croisés des Indiens survivants et des Espagnols conquérants. Avec le souffle d'un poème épique, ce livre restitue la stratégie des vainqueurs et le désastre des vaincus, à la lumière de la sensibilité et du savoir historique contemporains. La mutation de nos perceptions des conquistadores - héros devenus bourreaux  - n'empêche pas d'être encore surpris par l'audace et l'intelligence de ceux qui n'avaient d'autre alternative que la mort ou la victoire.
     
    «  Je trouve lucide et équilibrée votre appréciation sur les événements presque incroyables de Mexico et de Cuzco. Tous mes compliments.  » Jacques Soustelle
     
     
    Géopoliticien et poète, Gérard Chaliand a enseigné à l'ENA, à l'École de guerre ainsi qu'à Harvard, Berkeley et Singapour. Il est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à la guérilla, dont il a une connaissance de terrain sur trois continents, et au terrorisme.
     

  • " A la recherche de la peur ", l'historien Jean Delumeau a réussi une peinture sans précédent de l'Occident du XIVe au XVIIIe siècle, tout à la fois histoire des mentalités, histoire de la vie quotidienne.
    L'auteur dépeint:
    I. " Les peurs du plus grand nombre " (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.);
    II. " La culture dirigeante et la peur " (l'attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents _ le juif, la femme _, la sorcellerie...).
    Né à Nantes en 1923, agrégé d'Histoire, Jean Delumeau est depuis 1975 professeur au Collège de France. Il a derrière lui une oeuvre importante, marquée par des ouvrages qui lui ont valu une réputation internationale. Sa thèse sur Rome au XVIe siècle a été rediffusée dans une collection pour le grand public. La Civilisation de la Renaissance a obtenu le prix Gobert de l'Académie française en 1968. Les deux livres de la " Nouvelle Clio ", Naissance et affirmation de la Réforme et Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, ont ouvert de nouvelles voies à l'historiographie religieuse. Enfin, Le Christianisme va-t-il mourir? continue de connaître un grand succès. Jean Delumeau est directeur de la collection " Les Temps et les Hommes " (Hachette) et codirecteur de la " Nouvelle Clio " (P.U.F.).

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